ARMES
Quand on examine cè malade, on constate qu'il présente au niveau de la région latérale gauche du cou une tumeur un peu plus volumineuse que le poing, qui s'étend en hauteur depuis le creux sus-claviculaire jusqu'au dessus de la région rétro-angulo-maxillaire empiétant en avant de la région sous-maxillaire. La peau à la surlace de la tumeur est normale et parfaitement mobile ; la consistance. de la tumeur est uniforme, assez molle, donnant une sensation de résistance pâteuse. |
La tumeur est peu mobile, latéralement immobile dans un plan vertical : la percussion révèle de la matité sur toute son étendue.
Ce malade présente depuis quelque temps quelques signes fonctionnels, il a souvent des suffocations ; il se plaint de ne pouvoir ouvrir largement la bouche, et il accuse des céphalées lancinantes dans l’hémicrâne gauche.
Le malade est opéré le 18 avril par M. le professeur Forgœue. L'ablation de la tumeur est particulièrement difficile ; en effet, sa partie interne est absolument adhérente au paquet vasculo-nerveux du cou, et en particulier à la veine jugulaire dont il est impossible de la séparer. Aïnsi l’ablation de la tumeur ne peut être effectuée qu'en réséquant la veine sur une étendue de 3 à 4 centimètres.
Les suites opératoires ont été simples : réunion par première intention.
Examen macroscopique. — A l'ouverture de cette tumeur qui est franchement kystique, s'écoule un liquide blanchàtre et épais, analogue à un pus bien lié et crémeux. Ce liquide est fluide, ne renferme aucune concrétion, aucun corps étranger.
La paroi du kyste apparaît constituée de la façon suivanle :
Elle est formée de deux parties :
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Une partie externe fibro-adipeuse et une partie interne qui sc détache très facilement, véritable membrane propre dont l'aspect vu par la face interne est le suivant : Elle a une coloration blanc rosée, mais sa surface n’est point lisse ; elle est parsemée de petits sillons étroits très rapprochés les uns des autres, qui lui donnent un aspect chagriné tout à fait caractéristique analogue à un revêtement cutané.
Mais ce qu'il y a de tout à fait particulier dans cette paroi cest qu'elle n'est point partout d’égale épaisseur. En certains points, sa surface présente de petits épaississements localisés, des saillies bourgeonnantes plus ou moins volumineuses : les unes ont le volume d’un pois et leur surface n’est point lisse mais granuleuse comme si la nodosité étail formée par une série d'élevures plus petites qu'une tête d’épingle.
En d’autres points, ces saillies sont plus volumineuses, plus étendues, et quelques-unes donnent une impression analogue à celle -d’une grosse plaque de Peyer hypertrophiée à la surface d’un intestin typhique. Ces saillies sont toujours granuleuses.
En un point de la paroi kystique, plusieurs de ces plaques saillantes sont très rapprochées les unes des auires formant là une masse végétante d'épaisseur assez considérable.
En aucune région de cette paroi n'existent ni poils, ni formation osseuse ou cartilagineuse visible macroscopiquement.
Plusieurs fragments de la paroi kystique sont prélevés, les uns pris au niveau des points où la paroï est mince, les autres au niveau des épaississements.
Examen histologique. — (Coloration hématéme, éosine, hématoxvline, Van Gyesson.
TI. Préparation au niveau des parties minces de la paroi. — La zone tout à fait superficielle de la paroi vue à un faible grossissement apparaît constituée par plusieurs couches de
cellules épithéliales qui revêtent d’une façon précise le type des cellules de l’épithélium de la peau. Ces cellules forment une bande qui tranche par sa coloration et son aspect sur les tissus sous-jacents de structure différente.
Vues à un fort grossissement, ces cellules présentent tous les caractères des cellules de l’épiderme. Celles qui occupent la couche moyenne sont régulièrement polygonales el présentent des filaments de ce passage ; ce sont des cellules malpighiennes indubitables.
À mesure qu'on s’avance vers la cavité du kyste, les cellules s’aplatissent de plus en plus, subissent une transformalion cornée, et dans les plus superficielles, complètement dégénérées, le noyau ne se colore plus. Parmi les cellules les plus profondes il en est quelques-unes qui présentent un protoplasma vacuolaire et un noyau vésiculeux mal coloré par les réactifs. Ces cellules sont en train de subir un processus de dégénérescence muco-hyaline. Dans les points que nous venons de décrire, où l'épithélilum pavimenteux stratifié est absolument net, existe comme dans une muqueuse dermo-papillaire une couche basale de cellules cylindro-cubiques. |
En certains points le revêtement épithélial est considérablement aminci : à ce niveau le processus de dégénérescence cellulaire que nous avons mentionné atteint son maximum. Plusieurs cellules malpighiennes voisines ont subi la transformation muqueuse et ainsi se constituent au sein de l'épithélium aminci des cavités à contours irréguliers remplies par du mucus et des détritus nucléaires. En certains points ième l’épithélium disparait complètement et les couches sous-Jacentes sont à nu dans la cavité kystique.
Immédiatement au-dessous de cet épithélium existe une mince couche formée par des fibres conjonclives fines qui délimitent des espaces dans lesquels apparaissent déjà quel-
étre
ques cellules rondes, cellules conjonctives jeunes de type embryonnaire. À mesure qu'on s’avance vers la prolondeur, ces derniers éléments deviennent prépondérants et bientôt il n'apparaît plus qu'une infiltration diffuse dans un tissu réticulé de cellules rondes qui ont un noyau volumineux, très riche en chromatine, et qui sont induhitablement des cellules lymphoïdes. Il s’agit bien là d'un tissu adénoïde.
Dans la région sous-jacente à celte bande de tissu adénoïde le tissu conjonctif apparaît à nouveau formé de fibres épaisses ; au sein de ce tissu conjonctil fasciculé existent de nombreuses fentes Ilymphatiques dilatées dont l’endothélium a proliféré et qui déjà sont remplies par des cellules lymphoïdes en voie de prolifération active, semblant ainsi pousser des prolongements dans le tissu conjoncüf : en d'autres points existent des lobules adipeux avec des vaisseaux épaissis dont la, paroi externe est infiltrée de cellules rondes. On voit même en certains points des fibres vasculaires lisses
formant de petits faisceaux isolés disposés principalement
autour des grandes fentes Iymphatiques.
IT. Préparation répondant aux épaississements de la paroi. — À ce niveau la couche épithéliale forme en certains points des papilles extrêmement nettes, s’amincit en d’autres par suite du même processus de dégénérescence muqueuse.
Mais ce qu’il y a ici de tout à fait parliculier, ce sont les caractères de la couche lymphoïde sous-épithéliale ; elle forme une masse épaisse constituée uniquement par des cellules lymphoïdes en voie de prolifération active, mais celte bande présente des points d'épaississement tout à fait particuliers : c'est dans ces points, en effet, que l'on voit des ombres dont les contours sont arrondis, qui tranchent nettement sur le reste du tissu et qui sont formées de cellules lymphoïdes plus volumineuses à protoplasma plus clair en
voie de prolifération plus active. Ces zones sont habituelle-
ment séparées par une limite nette du tissu ambiant ; il s'avit là de véritables centres germinatls, et les masses de issu adénoïde revêtent ainsi en certains points la structure exacte des ganglions lymphatiques. Signalons encore, au sein de ce tissu lymphoïde, la présence de vaisseaux nombreux dilatés et gorgés de sang.
En résumé nous avons affaire à un kyste dont le revêlement épithéhal pavimenteux est doublé d'une couche lymphoïde qui présente de véritables follicules et en certains points la structure typique du ganglion lymphatique.