INTRODUCTION
Durant le cours de nos études médicales, il nous a été donné de nous arréter quelquefois à des observations qui nous paraissaient intéressantes. Mais combien plus élait piquée notre curiosité, lorsque nous nous nous trouvions en face d’un
cas d’une rareté exceptionnelle.
Cette bonne fortune nous l'avons eue dans le service de M. le Professeur Dujardin au dispensaire St-Raphaël à Lille.
Une jeune fille de 18 ans se présenta à la consultation, se plaignant de ne plus voir qu'imparfailement de l'œil droit.
L'année précédente, elle s'était blessée avec la pointe de ses ciseaux. Pendant quelques semaines, il y eut à l'endroit malade, une légère inflammation, puis, ce phénomène disparut. Seule
la vue était restée defeclueuse.
L'examen montra au niveau de la partie supérieure de la cornée un leucome linéaire. La pupille était agrandie en haut.
La chambre antérieure était effacée partiellement par une tumeur à peu près ronde, de coloration grisätre, brillante, siégeant sur l'iris.
Cette tumeur présentait les symptomes non douteux d’un kyste perlé de l'iris, d’origine traumalique.
La malade ayant refusé alors l’énucléation de
ce kyste, elle revint six mois plus tard.
Mais alors pendant cet intervalle, ayant eu de nouvelles poussées inflammatoires occasionnees par un traitement empirique, son kyste, d'un pronostic d'ordinaire si bénin était augmenté de volume, el était accompagné de symptômes inquiétants.
L'extirpation seule du kyste étant devenue inutile, l’ablation totale du globe oculaire fut pratiquée. L’œil fut examiné en notre presence, par M. le Professeur Augier qui en ft alors
l'examen microscopique.
Sur le conseilde Monsieur le Professeur Dujardin,
nous avons conserve les notes prises sur ce cas, et
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elles nous ont servi de prétexte à notre thèse inaugurale.
Avant d'entrer dans le sujet, qu'il nous soit permis d'exprimer notre vive gratitude envers tous ceux qui nous ont aidé et soutenu de leurs conseils
pendant le cours de nos études médicales.
Monsieur le Professeur Dujardin, grâce à qui nous avons eu le sujet de notre thèse, Monsieur le Docteur Thilliez, Oculiste du dispensaire St- Camille, qui nous a aidé de ses conseils éclairés, ont droit à
notre reconnaissance.
Nous n'oublierons pas davantage Messieurs les Professeurs Augier, Duret, Eustache et Desplats qui nous ont formé à l'étude des sciences médicales. Nos Maitres, Messieurs les Professeurs Derville, Delassus el Faucon, avec qui nous avons travaillé plus spécialement, nous ont en outre été d'un
précieux concours el nous les en remercions.
Er quittant le milieu universitaire de la Faculté libre de Lille, où nous n'avons rencontré que des amis, nous nous souviendrons toujours des principes que nous y avons puisés. Nous nous souviendrons que nous avons un devoir à remplir envers la Société,
que les pauvres et les deshérités ont un droit très
not
spécial à nos soins ; nous rappelant sans cesse cette vérilé que dans le corps social, aujourd'hui plus que jamais, la Justice doit primer la Charité.
Notre ami, Monsieur René Courteville, a mis très gracieusement à notre disposition, son talent de dessinateur pour les figures qui illustrent notre
texte, nous l'en remercions ici bien sincèrement.
Que Monsieur le Professeur Tillaux, notre Président de Thèse, veuille accepter l'hommage de notre vive gratitude, pour le grand honneur qu'il
nous fut.
Historique et Définition
La première description bien nette des kystes de l’iris nous est donnée par Mackenzie dans son Traité pratique des maladies des yeux. Voici d’ailleurs comment 11 s'exprime au chapitre des tumeurs non malignes de l'iris: « J’ai vu un kyste se former dans l'iris, à la suite d’une plaie, il était demi-transparent et paraissait rempli de liquide clair... ». : IL présente même plusieurs observations. Mais s’il reconnut les kystes iriens, ilne put en donner alors, ni la nature, dans tous les cas, ni la classification anatomique.
Après lui vinrent d’autres auteurs, qui, soit par des communications, soit dans leurs traités, parlèrent de ces tumeurs désignées spécialement sous le nom général de kystes," ou même de tumeurs non malignes de l'iris.
Delarue parle d’ Cexcroissances charnues »
EL pee
sans doute en étudiant les kystes perlés, mais encore il lui arrivait souvent de décrire, comme étant de même espèce, ce qu'il appelait des
« tubercules scrofuleux ».
Tyrrells en 1840, décrit comme kyste «une tumeur de la dimension d’un petit pois, s’attachant près de la pupille et faisant saillie dans la chambre antérieure. La surface était d'un blanc brillant ressemblant à un tissu tendineux délicat ».
Il s'agissait évidemment d’un kyste perlé bien
que l’auteur ne nous parle pas de son contenu. Ce qui confirme notre opinion c’est que l’opé-
ration se fit « par énucléation et sans ponction »
Warton,en présentant un cas de kyste séreux, apporte son contingent aux premiers travaux commencés sur la question. Il trouve une tumeur délicate faisant saillie de la chambre postérieure dans l’antérieure. Ce kyste est ponctionné, il s’affaisse et se remplit de nouveau. Nous trou-
vons ici le premier cas de récidive.
Dixon et Guépin publient plusieurs observations. L'un et l’autre n’apportent guère de faits nouveaux.
Une chose qui est à signaler chez tous, c’est
la même étiologie. Toujours jusque maintenant on a eu plaie pénétrante de la cornée.
Bostells mentionne un cas tout particulier ou l’existence de toute plaie et de toute lésion externe antécédante est écartée. Le professeur Graefe ne trouve pas davantage l’étiologie dans ses observations de kystes séreux.En outre nous voyons Pamard d'Avignon, Combessis, Staler, Witte-Cooper, Richard complèter la série et former une base presque définitive. Witte-Cooper est particulièrement précis. [Il pose presque une définition dont on gardera l’idée.
Chez lui on trouve en effet cette remarque « la tumeur est d’abord comme une semence de perle, un an plus tard, kyste du volume d’un pois brillant et irisé comme une perle ». Et trois ans après, en 1855, Combessis dans une observation plus complète parle d'une «tumeur ronde, blanchâtre occupant le bleu de l’œil comme une perle enchassée dans l’iris ».
L'histoire des kystes séreux est déjà plus complète et plus affermie que celle des kystes perlés dont nous venons de parler dans ces derniers cas. La cause en est toute dans leur rareté
qui est moindre.
Toutefois, si aujourd’hui on est presque unanimement d'accord sur la pathogénie des kystes perlés, il est loin d’en être de même pour ceux à contenu séreux.
Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à leur étude, nous trouvons en premier lieu M. Wecker. Dans ses travaux sur la « dégénérescence cystoide de l'iris » il a posé sa théorie du plissement qui est acceptée pour bien des cas. Il est vrai que depuis, des observations nouvelles étant venues où il était impossible d'admettre ses idées, de nouvelles causes de pathogénie ont été
mises en avant.
M. Wecker ne donne pas le plissement comme cause exclusive des kystes séreux. Il dit même:«ilest réservé à des recherches postérieures de démontrer si en dehors de tout plissement il peut se développer des kystes séreux dans la
trame irienne elle-même ».
Paget admettait que ce genre de tumeurs peut quelquefois appartenir à la catégorie des tumeurs de nouvelle formation.
Georges Strawbridge en présente justement
un cas où l'examen microscopique exclut totale-
NE
ment la théorie du plissement avec inclusion d'humeur aqueuse.
Plus récemment Schmidt-Rimpler, à la suite d'une observation très intéressante que nous publions d’ailleurs, acquit la conviction qu’un kyste séreux peut se développer d’une autre facon encore : par une rétention observée au niveau des espaces lymphatiques décrits par Fuchs.
Ceci est donc une nouvelle preuve apportée à cet édifice de la pathogénie des kystes séreux qui est si lente à s'établir. Dans cet ordre d’idée nous trouvons encore Eales et Sinclair fournissant un cas dont l’étiologie serait purement de l’inflammation à la suite d’une brülure de l'œil.
Pour les kystes perlés leur histoire est plus claire. Le nom de kyste leur est définitivement laissé depuis 1872, époque dès laquelle on peut les connaitre sérieusement, alors qu'ils étaient encore confondus avec les kystes séreux. Même pour les auteurs qui savaient cliniquement les distinguer les uns des autres, les séreux avaient toujours le nom de kyste, tandis que les perlés étaient queiquefois pris pour autre chose. Mac-
kenzie par exemple, en parlant des néoplasmes
bénins de l'iris dit : « J’ai rencontré deux espèces de tumeurs non malignes de l'iris, les unes enkystées, les autres solides ». Il est évident que le kyste perlé faisait pour lui, et pour beaucoup qui Pont suivi, partie de cette classe de tumeurs solides qu'il sépare nettement des liquides kystiques. Monoyer le 7 Mars 1871, présenta à la société de Mèêdecine de Strasbourg un kyste perlé nettement décrit qu’il nomma « épithélioma perlé de liriso.
C'est à Masse de Bordeaux "que. revient l'honneur d’avoir par ses travaux et par ses expériences, nettement expliqué la pathogénie des kystes perlés.
Ce que nous voulons dans notre travail, c'est en chercher la pathogénie et tenter de classer les différents genres de kystes de liris.
Nous dirons mème un mot des kystes congénitaux dermoïdes dont l'existence était encore douteuse il y a quelques années. L'observation présentée par Mademoiselle von Rozenweig, d’un cas opéré par le professeur Fuchs montre d’après l’examen histologique que c'était un kyste der-
moiïde. Cette tumeur était congénitale.
Bien que à proprement parler il n’y ait pas
do
toujours kyste au point de vue anatomo-pathologique, nous garderons avec les auteurs le nom de kyste, nous le définirons ainsi: toute cavité close plus ou moins régulièrement sphérique constituée par une membrane continue avec l'iris et dont le contenu liquide ou mou n'a que des rapports de contiguité avec la paroi.
Cette membrane peut être une néoformation constituée par le tissu irien lui-même. Nous reviendrons sur celte question en traitant l’ana-
tomie pathologique.