OBSERVATION II
(Thèse Rolland, Montpellier, 1894).
Jules Az..., 25 ans,fortement constitué,sans antécédents patho-
logiques.
Au mois de mai 1884 le malade constate la présence d'une forte tumeur du volume d’une noix placée dans le frein de la
langue.
Elle reste stationnaire puis grossit rapidement dans l'été 1885,
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ne provoquant pas de douleur mais seulement un peu de gène en refoulant la langue en arrière et à gauche. Elle faisait une saillie - notable à la région sus-hyoïdienne.
$ novembre 1885. — Un médecin fit une ponction avec un
É:: trocart à hydrocèle par la voie buccale et évacua environ la moi- De | tié du contenu de la tumeur. Il consistait en un liquide gluant, 2 PEA contenant,dit le malade, des grains de semoule et de fines gouttes 1e d'huile.
de à ,
Une réaction inflammatoire assez vive, avec gonflzment douloureux refoulant la langue et gènant la déglutitioh survint et dura $ ou 6 jours. La tumeur moins mobile, peut être un peu plus mt forte qu’avant la ponction formait une saillie plus marquée
vers la peau, un peu en arrière de la symphyse du menton.
4 : A Des pommades, des badigeonnages iodés furent employés EE. | pendant 2 mois sans aucun résultat.
# LS s mai 18860. — Le malade consuita M. le professeur Tede- : “s LAS nat. ë “ Il était dans l'état suivant : Tumeur du volume d’un œuf de ; poule, située sur la partie médiane de la région sus-hyoïdienne ! peu développée sur le côté gauche. Elle faisait saillie sous la Janne gue et est recouverte par la muqueuse mobile sur la tumeur, D".
sauf à l'endroit où a été faite la ponction qui est marquée par une cicatrice ferme ayant la dimension d’une pièce de 1 franc.
La tumeur semble adhérer à l’os hyoïde dont elle suit le mou-
à vement par unpédicule cylindrique. À cause de cette adhérence de la saïllie externe, plus accentuée de la tumeur vers le tégument M. Tedenat propose l’extirpation par la voie cutanée, qui aura l'avantage de permettre une antisepsie plus sûre. Après rasage et anesthésie chloroformée, incision antéro-posté-
; rieure correspondant au grand axe de la tumeur. Section du raphé
LIFE SO EuSe mylo-hyoïdien, décollement assez facile d'avec les muscles mylohyoïdiens. Section rasant le milieu de l'os hyoïde de l’adhérence sensible avant l'opération. Suture sans drain. Pansement compressif. Réunion immédiate et guérison complète le 20 mai.
La tumeur était constituée par une poche ayant une épaisseur de 2 à 3 millimètres selon les points. L'examen microscopique a révélé la présence de couches épithéliales analogues à celles de la peau, de rares papilles, de nombreuses glandes pilo-sébacées peu développées. |
Le contenu formait une bouillie claire, gris jaunâtre, onctueuse avec débris épithéliaux, goutte de graisse, quelques poils à
peine visibles à la loupe.
} OBSER VATION III
(Thèse Rolland de Montpellier 1894).
Le nommé V. Louis, 21 ans, jardinier, entre le 12 décembre 1893, à l'hôpital suburbain, service de M. le professeur Dubreuil.
Ce jeune homme vient se faire soigner pour une tumeur qui’ est apparue il ya 4 ans, dans la région sus-hyoïdienne, à 2 ou 3 cent. de la ligne médiane. Auparavant ni lui ni personne de son entourage n’avaient remarquer de saillie anormale à cet endroit et c’est tout à fait par hasard, qu’un matin il constate la présence d'une grosseur du volume d’une cerise, mobile, indolente, pas très dure. Depuis, cette tumeur a lentement progressé, est venue d’abord faire saillie dans la région sus-hyoïdienne médiane ; puis
a soulevé peu à peu la muqueuse sublinguale. Cette augmentation
progressive de volume n’a jamais déterminé la moindre douleur,
ni aucun trouble fonctionnel appréciable.
Personne, dans la famille de ce jeune homme, n’a présenté de vice de conformation ni d'affection congénitale d'aucune sorte, IL est lui-même grand et vigoureux et n’a rien dans son casier nosolosique, qu’une fièvre typhoïde bénigne, survenue à l'age de 9 anset une blennorrhagie contractée l’année dernière et qui a facilement et complètement guéri. Il ne présente d'affection congénitale en aucun autre point du corps, à la lèvre, au sourcil, au menton, etc. {
A son entrée à l’hôpital, voici ce que nous observons : La région sus-hyoïdienne est le siège d’une tuméfaction dont le point culminant correspond à peu près à la ligne médiane. À ce niveau, la peau a conservé sa coloration normale, elle est souple, mobile et ne présente aucun des caractères de l'inflammation. La tumeur elle-même, qu’on sent à travers une faible épaisseur de tissus, a la forme et la dimension d’une pomme. Sa surface est unie, régulière et sans bosselure et on ne sent pas par la pression le froissement particulier qu'on nomme la collision crépitante des lipomes. Sa paroi est assez tendue mais sa consistance est molle, pâteuse ; nous cherchons vainément l'empreinte que pourraient y laisser nos doigts : nous ne trouvons pas davantage de cordons fibreux partant de la tumeur et se dirigeant soit en haut du côté du maxillaire, soit en bas du côté de l’os
“hyoïde.
Pendant les mouvemeïts de déglutition, la saillie de la tumeur augmente, mais ne la déplace pas à proprement parler.
Le malade tient la bouche normalement fermée : si nous la lui faisons ouvrir, nous voyons immédiatement, en arrière de lar-
- cade dentaire inférieure un relief sublingual qui affleure son ni-
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veau et remplit à peu près toute la concavité du maxillaire. Nous” n'avons pas de peine à reconnaître par la palpation bidigitale que le relief est formé par le pôle supérieur de. la tumeur qui fait saillie au-dessous dans la région sus-hyoïdienne.
La bouche ouverte, cette dernière saillie diminue, tandis que le relief buccal augmente.
La langue est fortement rejetée en haut et en arrière. Au repos son extrémité antérieure dépasse à peine d’un centimètre le sillon qui la sépare de la tumeur sous-jacente. Le malade ne peut pas la tirer hors de la bouche. La muqueuse sublinguale est opaque et présente une coloration rosée à peu près normale : on peut aisément la faire glisser sur la tumeur. Le raphé médian est lui un peu jaunâtre, et aulieu d’être saillant, il est tendu sur la convexité de la tumeur et y détermine un sillon antéro-postérieur peu profond qui la divise en deux lobes latéraux sensiblement égaux.
Si nous jetons un peu de sel sur ce point, nous voyons immédiatement sourdre la salive par la oslia umbilica où canaux de Warthon. La palpation donne les mêmes résultats qu’à la région sus-hyoïdienne aux points de vue de la forme, de la consistance, de la mobilité, etc. Le doigt explorant tout le pourtour du relief sous-lingual, au niveau des apophyses qui en particulier, ne rencontre pas de cordon fibreux anormal. La tumeur ne présente ni, souffle ni battement et n’augmente pas de volume pendant l'effort.
Le malade n’a jamais éprouvé de douleur à ce niveau et les manœuvres d’explorations n’en provoquent pas davantage. Les troubles fonctionnels n’offrent pas de réelles gravités. Malgré le volume de la tumeur le malade mastique assez facilement : il ne bave pas, mais les coins des lèvres sont'toujours ‘imprégnés de salive : la respiration se fait normalement : la déglutition est à peine
gênée, malgré le renversement de la langue : la voix est un
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peu éraillée et la parole légèrement embarrassée, surtout dans la prononciation des labiales.
M. le Professeur Dubreuil porte le diagnostic de kyste dermoïde du plancher buccal qui est vérifié par une ponction exploratrice faite 25 jours plus tard. Un trocart enfin est enfoncé dans la tumeur : aucun liquide ne s'écoule : en remuant directement l'extrémité du trocart dans la poche on éprouve la résistance fuyante que donnerait une masse de cire molle : la canule en sortant entraîne une petite quantité de matière blanc-jaunâtre analogue à du mastic de vitrier. L'examen microscopique de cette parcelle pratiqué immédiatement, démontre que cette matière se compose surtout de cellules cornées ramollies et déformées, de quelques granulations graisseuses et de cristaux.
$ janvier 1894. — M. le Professeur Dubreuil pratique l’extirpation du kyste par la voie sus-hyoïdienne. Après anesthésie à la cocaïne on incise la peau sur la convexité de la tumeur, puis le muscle mylo-hyoïdien, enfin le raphé médian. On sépare l’un et l’autre des replis hyoïdiens et la face externe du kyste apparaît luisante et nacrée. On déchire tout autour de la tumeur les travées celluleuses lâches qui s’unissent aux tissus voisins. Pas d’adhérence soit avec l'os hyoïde, soit avec le maxillaire. Mais à peine a-t-on commencé d’énucléer la poche qu’elle crève en un point situé en avant,
Par ce trou s'échappe alors, en se laminant le contenu du kyste qu’on ne saurait mieux comparer qu’à la chataigne cuite ou du mastic de vitrier. On évacue par la pression la majeure partie de ce contenu et la poche du kyste est aisément attirée au dehors par une traction lente des doigts de l'opérateur.
Une légère hémorrhagie en nappe se produit, dont on a faci-
lement raison par un tampornement provisoire fait avec des
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compresses antiseptiques. La cavité abandonnée par le kyste pouvait admettre le poing d’un enfant de 15 ans, On y place un drain debout et on suture au fil d’argent le reste de l’iñcision.
Suite des plus simples. Guérison et sortie huit jours après.
M. le professeur Kiener a pratiqué l’extraction hystologique de la tumeur larin ou kyste, étudiées en différents endroits ont une structure très simple. On y reconnaît extérieurement un derme terminé par un corps papillaire très rudimentaire et supportant ce revêtement épidermique dont la couche cornée est très épaisse et en état de desquamation.
Dans l'épaisseur du derme on rencontre çà et :à :
1° Des glandes sébacées très allongées et aplaties s’ouvrant à la surface libre par un court conduit excréteur, sans vestiges de poils et follicules pileux.
2° Des languettes très nettement isolées, composées de grosses fibres musculaires lisses enchâssées dans un strome fibreux.
Quelques leucocytes sont disséminées dans le derme qui est
d’ailleurs pauvre en cellules conjonctives.