‹ Contribution à l'étude des kystes hydatiques de l'orbiteChapitre 17 sur 28 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Evolution. — Pronostic

Dans la grande majorité des cas le kyste hydatique manifeste sa présence dans l'orbite d’une façon lente et insi- ‘dieuse et ce n’est qu’au bout de plusieurs mois et même plusieurs années que son développement est complètement achevé. Cependant il y a des exceptions : dans quelques cas la maladie a évolué en quelques semaines (Bresgen, 1872, 6 semaines), parfois en quelques jours (Wecks, 1888, 8 jours), et même la malade de Kendirdjy (voir l’observation) raconte que le 17 août 1898, étant au deuxième mois de sa grossesse, elle eut une peur violente, et le lendemain même son œil gauche était devenu gros et douloureux.

En général, le premier phénomène qui attire l'attention du malade et de son entourage est l’exophtalmie. Légère au début, elle s’accentue peu à peu et amène au fur et à mesure de son accroissement une gêne fonctionnelle de plus en plus grande et presque toujours accompagnée de douleurs périorbitaires. Ces diverses manifestations du début sont parfois insuffisantes à inquiéter le malade qui les met tantôt sur le compte d’un « coup de froid » prolongé, tantôt sur celui d’une atteinte rhumatismale ou d’une banale conjonctivite. Ce qui l’effraie surtout et le décide à

venir consulter, c’est la diminution de sa vision ou les

proportions énormes de l’exophtalmie qui le défigure complètement. En effet, la plupart des observations constatent un intervalle de six mois, un an et même plus (Mac Gillivary, 1866 : 6 ans. — Lawrance, 1820 : 7 ans) entre le début de l'apparition des premiers symptômes et la consultation.

L’accroissement de la tumeur se fait d’une façon continue et l’œil atteint arrive à prendre des proportions considérables : celles d’un œuf de pigeon dans l'observation de nez dans celle de Gabrielidès (Pr. Essad Pacha), le volume Frugenele, celles d’une tuméfaction atteignant l'aile du d’un poing dans le cas de Weldon. Cependant nous voyons: dans certains cas que la tumeur s’est arrêtée dans son évolution, les phénomènes se sont amendés et l’exophtalmie n'a reparu qu'au bout d’un certain temps (2° cas de Cosmettatos. — Sgrosso). Le kyste qu'a observé Dudon (18737) s'était rompu de lui-même et ne s’est reformé que deux ans après.

A ce stade, l'œil parasité présente alors un aspect caractéristique : en outre de la projection du globe oculaire que: les paupières n'arrivent pas à occlure complètement, on constate du larmoiement continu, une conjonctive rouge avec sécrétion purulente épaisse et chémosis, une cornée trouble et dépolie. De l’œdème intermittent se montre parfois infiltrant les paupières ou les tissus périorbitaires.

Il peut arriver que le kyste s'ouvre spontanément, mais cette éventualité est plutôt rare, puisqu'elle n’a été mentionnée que dans l'observation de Dudon. Il est par contre un accident assez fréquent à conséquences très graves (cas de Blashek) où le kyste suppure soit spontanément (obser-

vation de Chauvel), soit après l’intervention, même con-

duite avec toutes les règles de la technique actuelle. Une nouvelle intervention, à la condition d'être précoce, tarit aisément cette suppuration, sinon l'œil devient le siège d'une réaction inflammatoire intense pouvant aller jusqu’à la panophtalmie avec fonte purulente de l’œil.

Enfin, la mort peut survenir par complications cérébrales ; deux cas en font foi, ce sont ceux de Schmid et de Bresgen, dont nous avons parlé aux complications.

Quant à la résorption de la tumeur kystique sans ponction, il n’en a été fait mention dans aucun des cas observés jusqu’à ce jour.

En résumé, le kyste hydatique étant une tumeur de nature bénigne à un pronostic bénin. Pourtant il peut être assombri par la rapidité avec laquelle évoluent les altérations du fond de l'œil et les possibilités de suppuration ; aussi il arrive souvent que, malgré l'intervention, le malade qui est venu tardivement consulter ne peut recouvrer la vision qu'il avait auparavant et mème parfois garder une cécité complète de l'œil atteint.

En présence d’une tumeur orbitaire qu'on soupçonne

être un kyste à échinocoque, il faut opérer sans retard.

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