‹ Contribution a l'étude des Lésions des Nerfs de la Queue de Cheval et du Cone TerminalChapitre 13 sur 60 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

La symptomatalogie des affections du cône terminal et des neris de la queue de “cheval peut relever soit de lésions médullaires, soit des nerfs radiculaires ou des deux à la fois.

Nous étudierons successivement leurs différentes manifestations.

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ. — Douleurs. — Quelle que soit la cause morbide, elles ne font jamais défaut; spontanées, elles occupent, de préférence, la région lombaire ou sacro-coccygienne avec irradiations possibles dans les membres inférieurs : aux aines, à l’hypogastre, dans les fesses, descendant jusqu'aux genoux ou jusqu'aux chevilles. Leur trajet correspond plutôt à celui du sciatique qu'à ceux du crural ou de l’obturateur. 3

On les voit aussi quelquelois assez vives au niveau de la vessie ou de l’anus, amenant de véritables crises vésicales ou rectales. Elles sont sourdes ou lancinantes, paroxystiques, peuvent disparaître par intervalles.

Leur intensité peut être telle qu’elles privent le malade de sommeil, comme dans le cas de Laquer (obs. LXXVI) et dans une de nos observations.

Elles affectent parfois la forme de crampes dans les muscles, accompagnées de soubresauts fort pénibles. Dans un cas de Lange (obs. LXXXVII, où il s'agissait, à l’au-

topsie, d’un sarcome de l'extrémité du rachis; on crut le malade tabétique.

Leurs irradiations ne sont pas toujours symétriques ; elles sont plus marquées d’un côté que de l’autre, n’envahissant quelquefois les membres que l’un après l’autre.

La percussion de la région lombo-sacrée augmente souvent la douleur, surtout dans les cas traumatiques où persiste longtemps un point sensible à la pression au niveau et autour de la région lésée.

La marche, les mouvements du tronc ou des membres (flexion de la cuisse sur la jambe), la station debout ou assise, un peu prolongée, les accentuent notablement, à tel point que, dans certains cas, l’impotence ne relève que d'elle.

Point important à signaler ; seule, la pression au niveau de la région lombo-sacrée réveille la douleur, et ne la provoque pas sur le trajet des nerfs des membres.

Suivant la cause de la maladie, les douleurs ont une évolution différente.

Dans les lésions exclusivement limitées au cône terminal (hématomyélie), elles ne sont que de courte durée ; intolérables au début, s’accompagnant même d’ictus, mais disparaissant rapidement. Dans les cas traumatiques, elles cèdent relativement vite, mais laissent presque toujours après elles une région sensible dans la zone traumatisée.

Enfin s’il s’agit de tumeurs ou de méningite, on les voit souvent marquer le début de la maladie, et acquérir une intensité considérable qui ne se ralentit pas pendant tout le cours de la maladie (pseudo névralgies des para plégiques).

Hypéresthésie. — En même temps que les douleurs proprement dites, on peut observer des zones d’hypéres-

thésie au niveau du sacrum, du coccyx, sur les membres inférieurs, les pieds; l’hypéralgésie se produisant par un simple attouchement,

Il existe une hypéresthésie moins marquée, moins douloureuse, très-importante pour le diagnostic: c’est celle que l’on trouve au-dessus des régions anesthésiées. Il semble, d’après les observations, qu’elles soient le signe d’une lésion exclusive du cône terminal. Elle acquerra une grande importance si, en rapport avee une anesthésie du membre inférieur, elle existe au niveau de la région antérieure de la cuisse, qui, innervée par le crural et l’obturateur, relève d’un segment médullaire supérieur à celui de la face postérieure des cuisses et des jambes. Elle sera nettement alors l'indice d’une lésion du renflement lombaire.

Anesthésie. — Les troubles de sensibilité objective ne manquent pour ainsi dire jamais, bien qu’ils puissent être fugaces et n'être plus perçus lors d’un examen tardif. Cependant, même dans ces cas, on trouvera souvent des traces de leur existence antérieure, tels que cicatrices anciennes de brûlures faites aux pieds par des bouillottes trop chaudes qui n’ont pas été senties (obs. LX, Tuffier et Haïllion et une de nos observations).

L'anesthésie varie, depuis la plus légère hypoesthésie jusqu’à la disparition complète de la sensibilité.

Le passage d’une zone anesthésiée à une zone saine est souvent insensible ; il n’y a pas de séparation brusque enirésles/denx,

Ces troubles portent, en général, sur tous les modes de sensibilité: la dissociation a été signalée chez le malade de Bazy obs. CIN, de Gerster obs. XXXVI; mais bien que,

comme le dit M. le Professeur Raymond « On trouve mentionnée la prédominance de l’analgésie », il n’y a pas lieu de tenir grand compte de cette dissociation qui n'existe que dans des territoires peu étendus.

M. Jean Charcot (1) l’a d’ailleurs noté dans des cas de lésions nerveuses périphériques et il n’est par suite pas étonnant de la rencontrer ici.

L’anesthésie occupe des surfaces symétriques, où est plus marquée d’un côté.

Si l’on se reporte à notre schéma des zones de sensibilité, fig. 1 et 2, il est facile de voir que la languette tout à fait externe des parties antérieure et postérieure de la cuisse, innervée par les deux premières racines lombaires, ne sera jamais intéressée.

Ceci est cependant trop schématique, et il faut compter, dans la réalité, avec les nombreuses anastomoses périphériques.

Cette réserve étant faite, les régions anesthésiées pourront comprendre, ainsi que l'indique le schéma, toutes les cuisses, les jambes, les pieds, l’anus, le périnée, les muqueuses ano-rectales et vésico-uréthrales ; enfin le scrotum et le pénis, où la présence des rameaux des première et deuxième racines lombaires, expliqueront quelques faits de simple hypoesthésie,

En haut et en avant, la limite sera au pli de l’aine : en arrière, la limite pourra atteindre et dépasser le bord supérieur des fesses.

Suivant la distribution de cette anesthésie, les cas

habituels rentrent dans une des quatre catégories suivantes:

(1) Société de Biologie, 1892,

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