‹ Contribution à l'étude des leucémies à monocytesChapitre 9 sur 60 · LEA ONE · texte numérisé non relu

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La première publication de Virchow date de 1847 et c’est seulement dans les années suivantes qu’il établit une division décrivant : |

Une forme liénale : caractérisée par l’hypertrophie constante de la rate et fréquente du foie, s’accompagnant d’une augmentation considérable du nombre des globules blancs proprement dits ou leucocytes.

Une forme lymphatique, caractérisée par l’hypertrophie des ganglions, des glandes et de l’intestin, sans altération du foie ni de la rale et s’'accompagnant d'une augmentation, non pas de leucocytes proprement dits, mais d'éléments analogues à ceux du parenchyme des glandes lymphatiques.

C'était, en somme, une division basée essentiellement sur les manifestations cliniques de l'affection, car les progrès hématologiques n'étaient pas encore assez avancés pour permettre une division ayant comme éléments de base le caractère morphologique des cellules sanguines.

C'est Erlich, en 1891, qui par sa méthode de coloration des leucocytes avec les colorants à l’aniline, mit en évidence leurs granulations spécifiques, donna une classification de ces cellules en : granulocytes et asranulocytes suivant qu’elles contenaient ou non des granulations, et apporta ainsi une nouvelle lumière à la question des leucémies, en permettant de décrire à chaque type une formule hématologique caractéristique.

A la leucémie lymphatique correspondait la forme lymphogène.

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À la leucémie liénalecorrespondaitla forme myélogène.

Mais on avait remarqué qu’à côté de ces formes de leucémies à évolution habituellement chronique, on rencontrait en clinique des formes dont l’évolution était beaucoup plus rapide, quelques semaines. Ebstein réunit en 1889 ces cas sous le nom de « leucémies aiguës » et Fraenkel en 1895 précise leur caractère en donnant la formule hématologique, dans laquelle il décrit comme caractéristique une cellule particulière « la cellule primordiale ou indifférenciée ».

Vers la fin du xixe siècle un nouveau mouvement se dessine, les schémas hématologiques apparaissant incomplets.

A. Erlich et son école, qui soutenaient le dualisme morphologique et philogénique — cellules granulocytes et agranulocytes dérivant, les premières, du tissu myéloïde, les secondes du tissu lymphoïde — s’opposaient les unicistes avec Hayem, Dominici, Ranvier, Mallassez, soutenant que les globules blancs dérivaient d’une souche unique.

Mais on décrivait en plus, une série de cellules mononucléaires, qui ne pouvaient trouver leur place dans aucun des deux systèmes précédents et que les partisans des deux doctrines se disputaient tour à tour. Ces cellules différemment intitulées suivant ceux qui les décrivaient : « Formes de transition d’Erlich, cellules dites de Turck, de Rieder, polyblastes de Maximov, lymphoïdocytes de Pappenheim, etc. », restaient la pierre d’achoppement des divergences embryogéniques et histologiques.

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Les choses en étaient là, lorsque Michaelis et Wolf en 1902 introduisent en hématologie la méthode de coloration indiquée par Romanowsky, méthode qui ne tarda point à porter ses fruits car grâce à elle on découvrit la présence d’un mononucléaire, à granulations spéciales « les granulations azurophiles ». On conclua à l'existence d’une nouvelle lignée de cellules constituée par les grands mononucléaires granuleux que de nombreux auteurs appelaient encore « monocytes », et on lui rattacha les cellules restées primitivement en marge de toute classification.

La théorie trialiste naquit. |

Banti et Patella émettent l’hypothèse que ces cellules dérivent des cellules endothéliales, mais c’est surtout en France, Rieux et en Allemagne, Schilling-Torgau qui soutiennent l’autonomie du grand mononucléaire et des formes de transition, défendant le trialisme leucocytaire. Rieux pense que ces cellules doivent se manifester du point de vue clinique d’une façon particulière. Schilling en donne la preuve éclatante, publiant avec Reschand, en 1913, le premier cas de « leucémie pure à monocytes ».

A côté des arguments cliniques et morphologiques qu'on invoquait pour soutenir le trialisme, manquait l'argument philogénique. Il fallait prouver l'origine embryologique, autonome, du monocyte.

Sur ces entrefaites intervint une donnée nouvelle, d'importance fondamentale. Ce fut la découverte du système « réticulo-endothélial » par Aschoff et Landau, 1910, qui englobent dans un même système les cel-

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lules vasculaires et réticulo-ganglionnaires. Ce système réticulo-endothélial, ainsi présenté, relie les tissus au milieu sanguin. Ses éléments ont pour point commun, leur similitude fonctionnelle; l'aptitude de subir, à l'exception de toutes les autres cellules de l'organisme, l'imprégnation par les colorants vitaux.

A la même époque un auteur japonais Kiyono, reconnaît qu'aux cellules précédentes il y-avait lieu d'ajouter certaines cellules, leucocytes tissulaires, qu’il dénomme histiocytes, et, d'autre part, il voit que ces histiocytes sont les mêmes cellules que les monocytes du sang. Il conclut que les monocytes ont leur origine dans le système réticulo-endothélial, ce que confirment ultérieurement les travaux de Schittenhelm, Mme Sabin, Mori et Sakaïi, Merklen et Wolf en France.

L’argument embryologique encore nécessaire à Schilling pour affirmer l'autonomie du troisième système leucocytaire, et comme corollaire la réalité d’une leucémie à monocytes, existait.

On pouvait affirmer l’autonomie de cette leucémie

spéciale car elle se manifestait :

a) cliniquement : par un syndrome morbide comparable à celui des autres leucémies.

b) hématologiquement : par l’augmentation globale et relative d’un leucocyte à caractères morphologiques particuliers, le grand mononucléaire ou monocyte.

c) anatomiquement ; par l’hyperplasie diffuse du tissu hématopoiétique réticulo-endothélial,

chargé de la production des monocytes.

À la lumière de ces nouvelles données, d’autres observations, de plus en plus nombreuses, de « leucémies à monocytes » furent publiées surtout en Allemagne, Italie et France où Merklen et Wolf deviennent les défenseurs absolus du trialisme leucocytaire, lui consacrant de très importants travaux.

Récemment, 1933, dans Le Nouveau Traité de Médecine, Ch. Laubry, R. Giroux et G. Marchal donnent « droit de cité » dans le volume consacré à l'étude des maladies du sang et des organes hématopoiétiques à la « leucémie à monocytes ».

Ayant eu l’occasion, pendant notre externat dans le service de clinique médicale de notre Maître M. le Professeur M. Labbé, d'observer et de suivre un cas typique de leucémie à monocytes, nous croyons intéressant d'en faire un exposé surtout clinique,aussi complet qu'il nous sera possible. Nous nous sommes aidé — en les résumant — d’une partie des observations antérieures recueillies dans la littérature médicale.

Nous tenons à remercier ici M. le Professeur M. Labbé de nous avoir fait le grand honneur de présider ce travail, et son collaborateur M. le Professeur agrégé R. Boulin qui nous a donné l'idée de cette thèse et aidé de ses précieux conseils.

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