D'OÙ VIENNENT CES MICROORGANISMES PATHOGÈNES
Nous savons par les travaux qui ont été effectués sur ce sujet que les levures sont en très grande quantité dans la nature : il n’y a rien d'étonnant que l’une d’entre elles puisse pénétrer dans l’organisme humaïn ou animal par des voies diverses et devenir pathogènes.
LyYDpIA RABINOWITCH [82] ayant inoculé 50 levures trouvées dans la nature à pu reconnaître le pouvoir pathogène pour les animaux de 7 d’entre elles.
BUsCHKE aurait également trouvé des organismes semblables pathogènes dans la nature. ‘
DE BEURMANN et GOUGEROT [83] en cherchant le Sporotrichum sur des débris de boïs et autres matières végétales, ont isolé une levure proche parente, d’après eux, de l’Oidiomyces de GILCHRIST.
Quant à la voie de pénétration de ces éléments levuriens dans l’organisme humain, BuscHKkE [84] admet que généralement c’est la peau qui est la porte d’entrée des levures.
Il divise les différentes levures par rapport à leur action pathogène de la facon suivante
1° Levures qui ne sont pas nocives, qui végètent à la surface du corps de préférence dans les sécrétions, mais qui pourtant, peuvent acquérir un pouvoir pathogène par les processus chimiques qu’elles occasionnent.
2° Levures qui croissent dans les couches superficielles de l’épiderme et qui produisent en particulier des catarrhes, des érosions et des abcès superficiels.
3° Eléments levuriens qui arrivent à pénétrer à l’intérieur de l’organisme humain et animal et provoquent par leur poussée, des phénomènes pathologiques parfois très graves
a) levures qui agissent simplement ou réellement par leur croissance dans le sang et produisent une sorte de septicémie blastomycétique ;
b) levures qui occasionnent des altérations locales des tissus.
MARzINOWSkI et BoGRow [85], après avoir décrit deux cas de blastomycose cutanée, d’aspect acneiforme, ont recherché les levures sur la peau de 48 individus malades ou sains ; ils en ont décelé 27 fois sur 84 lésions variées d’acné. De leur étude, ils concluent que l’on peut trouver des blastomycètes sur la peau de l’homme sain ou malade et qu’ils abondent dans les régions riches en, glandes sébacées.
Ces organismes peuvent être ou devenir pathogènes ; s’il s’agit de levures saprophytes, elles sont susceptibles de le devenir et c’est cette exaltation de virulence qui engendre les blastomycoses de la peau. L'état général défectueux du sujet peut produire des résultats analogues.
BussE [86] en 1903 contrairement à l’opinion de BUSCHKE, disait que les levures pénètrent dans l’organisme humain ou animal par les portes d’entrée les plus diverses ; d’après cet auteur elles peuvent rester vivantes pendant un certain temps pour se développer ultérieurement quand le sujet est moins résistant et provoquer alors des foyers pathologiques dans les organes quelconques.
Il faut bien avouer, malgré les recherches faites sur ce point particulier, que la porte d’entrée est certes souvent inconnue. Cependant on peut la trouver ou tout au moins la soupçonner. Le poumon semble avoir été le premier lésé dans un très grand nombre de cas où les symptômes les plus précoces étaient pulmonaires et où les levures furent trouvées dans les crachats. En réalité on peut admettre l'infection pulmonaire par l’inoculation ou l’inhalation de poussières convoyant avec elles les blastomycètes.
L’intestin, lui aussi, doit être une voie de pénétration, non pas l’intestin normal, mais l’intestin lésé ou ulcéré par quelque entérite. BUSCHKE dit que l'infection par voie digestive est exceptionnelle. Dans ses expériences, en mélangeant les fragments de verre à la nourriture des animaux, il n’a pu provoquer de blastomycose qu’une fois sur 90 expériences. Dans le cas d'HARTER, il est fort possible que l'intestin a été la porte d'entrée des blastomycètes ; le malade a eu une entérite en Cochinchine et pendant son retour en France il est retombé fortement malade, Puis survinrent des troubles hépatiques,
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enfin des troubles pulmonaires et des symptômes à localisation variée. Cette pénétration de l’épithélium intestinal par les levures à été maintes fois signalée par différents auteurs chez les Invertébrés, notamment par Cao [87] puis par MERCIER [88] chez des blattes dont le tissu adipeux était infecté par une Microsporidie (Plestophora). Ce dernier auteur a trouvé des levures associées aux Microsporidies ; celles-ci seraient entrées par le tube digestif et les éléments levuriens auraient traversé l’intestin à la faveur des ouvertures produites par les Protozoaires.
Le cas de blastomycose intrapéritonéale de BLANCHARD, SCHWARTZ et BINOT paraît indiquer que dans la circonstance la porte d'entrée du microorganisme est l’appendice. L'origine intestinale est encore probable dans le cas de CORSELLI et HRISCO,
Le pharynx, les amygdales sont aussi des portes d’entrée pour l'infection ainsi que le démontrent les observations de A. SARTORY et POTIER.
Quant au mode de dissémination dans les cas de blastomycose généralisée ou disséminée, BUSCHKE admettait que la voie lymphatique était, à l’exclusion de la voie sanguine, celle suivie par l'infection. Dans ses expériences il ne trouvait des levures dans le sang qu’à la période ultime ; il n’y avait pas de lésions musculaires.
Dans le cas d'HARTER, la dissémination semble s’être ‘effectuée surtout par les lymphatiques plutôt que par le sang.
Pour MonTGomERY et ORMSBY, dans la plupart des cas de blascomycoses américaines le mode de dissémination s’est fait comme dans d’autres pyohémies par le sang ; la dissémination large et souvent rapide des lésions à siège profond, la minime ou nulle hypertrophie ganglionnaire, la présence de blastomycètes dans le sang et les vaisseaux dans quelques cas le prouveraient.
Nous croyons qu’il faut être éclectique et qu’il convient de considérer les deux voies comme pouvant disséminer l’affection.
Le sang est peut-être un grand agent d’extension, mais, si les ganglions lymphatiques sont si souvent lésés, c’est qu'ils jouent aussi un rôle des plus importants.
A côté des blastomycoses où les lésions sont généralisées ou multiples, il en existe un certain nombre d’autres cas où les champignons ont provoqué des lésions locales très variées comme siège et aspect.
Les plus fréquentes sont les lésions cutanées ; ce sont souvent par elles qu'ont débuté un grand nombre d’affections généralisées. Puis viennent des blastomycoses du cerveau, véritables méningites ; des blastomycoses de la colonne vertébrale simulant le mal de Pott ; des tumeurs inflammatoires du maxillaire inférieur, des ganglions mésentériques de l’abdomen ; enfin des entérites constituant une véritable blastomycose intestinale.
Nous savons d’autre part que certaines levures sont encore considérées comme les agents pathogènes de certaines lésions buccales, d’angines, d’otites, de conjonctivites et enfin d’inflammation des organes génitaux de la femme.