AVANT - PROPOS
. On désigne vulgairement sous le nom de levure tout microorganisme qui, placé dans une solution sucrée, dédouble le sucre en alcool et acide carbonique : en un mot provoque la fermentation alcoolique. Le vieux mot de levure (lever) date d’une époque où l’on ne se faisait pas la moindre idée de la signification biologique d’une levure, où l’on ignorait entièrement sa nature vivante. Aujourd’hui, le terme de levure a pris parmi les botanistes une signification plus restreinte. On entend par levure, au sens botanique, tout champignon unicellulaire, quelles que soient ses propriétés biochimiques, de forme ovale ou sphérique, qui se multiplie par bourgeonnement ou par asques et ascospores.
DE Bary, REESS et HANSEN les premiers assimilent asques et ascospores aux asques des Ascomycètes, considérant les véritables levures comme des champignons autonomes qui ne se développent que sous forme de levures et incapables de se développer en mycélium. Cette conception est admise partout.
Les levures constituent une famille d’Ascomycètes connue sous le nom de Saccharomycétées. Disons cependant qu’il existe des levures vraies qui ne produisent jamais d’ascospores. Peut-être n’avons-nous pas encore pu déceler le milieu favorable à ces appareils reproducteurs.
Un assez grand nombre de levures sont parasites. Peu sont parasites des végétaux. C’est souvent chez les animaux et chez l’homme que le parasitisme s’exerce. On connaît depuis longtemps l’'Endomyces albicans qui occasionne la maladie bien connue sous le nom de « Muguet >». REMAK puis ROBIN signalèrent dans l'intestin de divers mammifères une véritable levure pouvant sporuler, qui a reçu le nom de Saccharomyces guttulatus. METCHNIKOFF découvre en 1884 dans la cavité générale des Daphnies une levure qui provoque chez ces Crustacés une maladie spéciale. C’est à propos de cette levure dénommée Monospora cuspidata Metchnikoff que cet auteur a
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pu grâce à la transparence des tissus de la Daphnie découvrir la phagocytose.
Les ascospores avalées par les Daphnies, percent l’intestin et tombent dans la cavité générale, où elles ne tardent pas à bourgeonner en provoquant la mort de l’animal. Des levures pathogènes furent observées plus tard chez les animaux les plus divers. BUTSCHLI et DANGEARD en ont observé chez les Anguillules, SCHAUDINN dans l'intestin du Culex et LINDNER dans les larves de la mouche Corethra plumicorum.
Depuis, le nombre des levures pathogènes s’est notablement accru par la découverte d’un très grand nombre de ces champignons occasionnant les maladies les plus diverses chez l’homme et chez les animaux domestiques et groupées sous le nom de Blastomycose.
Nous n'avons pas l’intention ici de faire l'historique et la nomenclature de toutes les levures pathogènes connues. Nous nous bornerons aux espèces trouvées dans des cas d’affections buccales et pulmonaires et nous décrirons une levure nouvelle isolée de plusieurs cas d’affections laryngées et pulmonaires.
Avant d'aborder l'exposé de nos recherches nous prions M. le Professeur A. SARTORY, professeur de microbiologie à la Faculté de Pharmacie de Paris, Doyen honoraire de la Faculté de Strasbourg qui nous a prodigué ses conseils et ses encouragements de croire à notre respectueux attachement et à notre vive reconnaissance pour les preuves souvent renouvelées de sa bienveillance. Qu'il nous soit permis d'adresser à MM. les Professeurs R. SARTORY, Pierre CORDIER et J. MEYER, Maitre de Conférences, nos vifs remerciments pour avoir bien voulu accepter de faire partie du jury de notre thèse.