INTRODUCTION
La plupart des microorganismes (bactéries et champignons), lorsqu'ils sont examinés alors qu’ils se trouvent réunis en amas plus où moins compacts, paraissent presque toujours colorés. Les causes de cette illusion d’optique résident ordinairement dans la présence de matières grasses à l’intérieur des cellules.
Cependant on réserve le qualificatif de chromogènes aux microorganismes qui sont vraiment colorés, c’est-à-dire qui présentent une teinte même lorsqu'ils sont examinés sous une faible épaisseur. Toutefois, il peut arriver qu’une cellule colorée paraît incolore lorsqu'elle est examinée seule, ceci à cause de sa petitesse.
Les nuances de ces pigments sont extrêmement variées : le rouge plus où moins foncé s’observe beaucoup chez les bactéries (Micrococcus prodigiosus, Spirillum rubrum). Le jaune est assez commun (Sarcina lutea, Siaphylococcus aureus) ; cette couleur varie du jaune pur au jaune orangé. Le bleu est assez rare: (Bacille du lait bleu, Bacillus pyocyaneus). Van TIEGHEM a pu mettre en évidence un pigment vert chez le Bactérium viride et le Bacillus vireus. Ie Bacillus chlororaphis a le pouvoir de produire dans certains milieux des houpettes cristallines colorées en vert.
En ce qui concerne les champignons inférieurs, ces teintes sont aussi multiples. On peut signaler dans les rouges et les jaunes les pigments des Urédinées, du Calocera viscosa, du Nectria cinnabarina. Les levures aussi donnent des pigments rouges ou jaunes orangés (Cryptococcus glutinis, Levures roses de Kocx). On connaît la teinte brun violet de l’Eygot de seigle, noire de l’Aspergillus nger.
On doit distinguer les pigments qui colorent les microorganismes et ceux qui, excrétés par ceux-ci, diffusent dans
le milieu de culture sans que pour cela l’organisme soit coloré. Les couleurs pigmentaires vraies sont les résultantes de l'élaboration par la matière vivante végétale ou animale de substances spéciales. On est donc amené à distinguer des pigments endogènes lorsqu'ils restent inclus dans la cellule qui les a formés et des pigments exogènes lorsque, après leur production par un être vivant, ils sont amenés et fixés sur un organisme ou une substance secondaire intervenant comme fixateur et non comme élaborateur. Les bactéries et les champignons inférieurs croissant sur divers milieux, lorsqu'ils sont chromogènes, communiquent presque nécessairement à ce substrat des colorations spéciales. Avant la découverte des infiniment petits on rapportait les changements de couleur d’une matière organique à une modification de la nature de cette substance sans aller plus loin.
Le changement de coloration de l’eau, des matières alimentaires, des substances inertes ont été observés dès les temps les plus anciens mais les causes, le mécanisme de ces phénomènes sont restés longtemps inconnus. A vrai dire, les résultats n’ont pas toujours été satisfaisants; les connaissances sur ce point n’ont guère fait de progrès depuis les recherches des précurseurs dans le domaine chimique et bactériologique.
La question des pigments végétaux n’a pas tenté un grand nombre de savants sans doute à cause des difficultés nombreuses qui en jalonnent le chemin. Cependant la fonction chromogène des êtres vivants, des végétaux en particulier, est primordiale : que de faits expliqués, que d’hypothèses vérifiées ou détruites par l’étude de l’hémoglobine, de l’hémocyanine chez les animaux, par les recherches approfondies sur la chlorophylle, l’anthocyane et les pigments assimilateurs végétaux. On se rend compte de l’utilité de l’étude des difiérentes significations fonctionnelles qui peuvent être attribuées aux pigments. Les unes participent des propriétés propres aux pigments, les autres interviennent dans des phénomènes secondaires, dans les processus vitaux: il est alors facile de comprendre l'interprétation théorique que l’homme en fait, se basant uniquement sur les faits physiologiques ou biologiques qu’il lui a été donné d’observer, sans pouvoir apporter des preuves réelles sur leur fonction.
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On comprend donc tout l’intérêt d’une semblable question, quand il s’agit d’êtres privés de chlorophylle et qui, à un moment donné de leur évolution secrètent une matière colorante. Quelle est la nature de ce pigment ? quels sont les processus chimiques et cytologiques de cette génèse et les conditions physiologiques qui la règlent ? enfin quelle est la signification fonctionnelle et le rôle de cette couleur pour la conservation ou la défense de l’espèce ?
Pour élucider ces différents problèmes un grand pas en avant a été réalisé par les travaux remarquables, relativement récents de GESSARD, MoriscH, LASSEUR, THIRY, CHAMOT et VERNES; ces auteurs ont apporté en effet dans cette voie un certain nombre de faits nouveaux qui orientent nettement cette partie de la science vers des idées concrètes. De plus, l’école de WILISTÆATTER et celle de WREDE ont réussi à résoudre après des recherches difficiles et patientes, certains problèmes de la genèse pigmentaire organique et à expliquer par l’analyse et la synthèse Ia constitution chimique de ces substances plus ou moins complexes.
Sur les conseils de notre cher maître, monsieur le Professeur À. SARTORY, nous avons essayé d’affronter ces problèmes délicats et d’apporter ainsi une contribution à l’étude des pigments végétaux par nos recherches sur des microorganismes intéressants à la fois par leurs propriétés chromogènes et leur pouvoir eventuellement pathogène.
Nous envisageons principalement ici l’étude des levures chromogènes ; notre travail se divise en deux parties : dans la première nous exposons l’historique de la question, réservant le premier chapitre à l’étude des levures et de leur place dans la classification cryptogamique. Le deuxième chapitre est consacré à l’histoire des levures chromogènes et dans le troisième nous envisageons les propriétés et la classification relatives aux pigments des microorganismes.
La deuxième parte comprend l’exposé de nos recherches personnelles : tout d’abord l’étude morphologique, biologique et biochimique de deux nouveaux organismes isolés au laboratoire : d’une part Cryptococcus corallinus et de l’autre Cryptococcus radiatus. Ie troisième chapitre constitue l’ensemble de nos recherches sur les pigments de ces deux cham-
pignons inférieurs et sur les propriétés de ces matières chromogènes. Enfin dans le dernier chapitre nous nous livrons à une étude comparative des principaux pigments des levures.
Ce travail a été élaboré et mis au point dans le Zaboratoire de Bactériologie et Cryptogamie de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg: nous prions notre cher maître, monsieur le professeur A. SARTORY, de bien vouloir agréer ici l'expression de toute notre reconnaissance. Sa haute compétence dans la matière et sa longue expérience ont grandement facilité notre tâche et aplani bien des difficultés
Nous adressons également l’expression de toute notre gratitude à monsieur le professeur JADIN, doyen de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg ainsi qu’à monsieur le professeur LOBSTEIN, qui ont accepté tous deux de faire partie de notre jury de thèse.
Notre reconnaissance et nos sincères remerciements à monsieur René SARTORY, Chargé de cours et J. MEYER, Assistant à la Faculté qui avec amabilité et bienveillance ont bien voulu nous guider dans nos recherches; leurs connaissances en matière de cryptogamie nous furent une aide particulièrement précieuse.
Nous dédions ce travail à la mémoire de notre oncle vénéré, Ernest MONAI, pharmacien de 1'e classe, ancien chef des travaux chimiques et bactériolog giques à la Faculté des Sciences de Nancy.
Nous l’offrons en hommage reconnaissant et dévoué à notre cher oncle monsieur Emile Monar, docteur en pharmacie.
Ils ont guidé nos premier pas dans l’art pharmaceutique et ont éveillé en nous le goût de la recherche scientifique.