CHAPITRE Ier
Caractères généraux des levures; leur place dans la classification
Afin de situer aussi exactement que possible les organismes dont nous avons entrepris l’étude et de leur accorder une place précise dans la classification mycologique, nous passerons en revue les essais systématiques les plus intéressants concernant les champignons inférieurs.
Avant tout, nous nous devons de citer ici la classification adoptée par LINDAU (1) : elle distingue deux groupes prin- Cipaux :
I. Hémiascées : champignons inférieurs ne possédant pas d’asques nettement différenciés.
II. Enascées : champignons inférieurs à asques régulièrement formés.
On divise ce deuxième groupe en trois sous-groupes :
a) Exoascées : chez ces organismes les asques sont nus et libres, rattachés au mycelium;
b) Plectascées : dont les asques sont munis d’une légère enveloppe;
c) enfin dans le troisième sous-groupe on range les formes les plus parfaites, chez lesquelles l’appareïl sexué se
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développe uniquement en des endroits définis du mycelium et se trouve muni d’une enveloppe tout à fait différenciée : ce, Sont:
19 les Discomycètes produisant des périthèces ouverts; 29 les Pyrénomycètes avec des périthèces fermés.
Nous citerons ensuite la classification élaborée par notre cher maître, monsieur le professeur A. SARTORY (2), qui distingue quatre familles :
19 les Hémiascées, intermédiaires entre les Phycomycètes et les Àscomycètes: les asques possèdent des spores nombreuses ;
29 les Pézizacées qui comprennent comme tribus: les Pryotoascées, les Exoascées, les Pezizées, les Ascobolées, les Putellariées, les Phacidiées, les Hystériacées. Dans la première tribu des Proioascées se rangent les Saccharomyces, Cryptococcus, Schizosaccharomyces, Endomyces, etc.
30 les Sphaeriacées: champignons à périthèces toujours clos et s’ouvrant à maturité par un pore. Le périthèce est généralement petit, globuleux, en forme de bouteille, laissant sortir à maturité une sorte de gelée renfermant des ascospores.
4° les Périsporiacées: le thalle se développe dans ia matière organique en décomposition où vit en parasite à la surface de feuilles et de tiges. Il peut se trouver dans la terre où il produit un périthèce; chez certaines espèces on observe la production d’un appareil conidien. Dans cette famille 1 faut citer la tribu des Gymnoascées, dans laquelle l’auteur range les champignons des genres Trichophyton, Microshporum, Achorion, Efrdermophyton constituant le grand groupe des champignons parasites des feignes ; c’est dans la même famille que sont classées les Périsporiées avec les genres Aspergillus, Sterigmatocyshis, Penicillium.
Dans sa classification des Hyphomycètes VUILLEMIN (3) distingue trois groupes : les Conidiosporées qui présentent des conidies bien différenciées dès leur apparition : ces végétaux se divisent en cinq sections : Aleuriosporées, Sporotrichées, Sporophorées, Phalidées et Prophialidées.
Les Thallosporées caractérisés par une reproduction s’opérant au moyen de thallospores, produites par le morcellement du thalle sans aucune différenciation particulière :
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ce groupe est partagé en deux sous-groupes: les Blastosporees où Blasiomycètes et les Arthrosporées où Arthromycètes. Les Blasiosporées qui comprennent les genres Crypiococcus, Monilia, Cladosporium, Malassezia se distinguent des autres Thallosporées par la nature des thallospores appelées ici blastospores : ce sont des globules arrondis ou ovoïdes en forme de levures, naissant par bourgeonnement du pourtour des filaments fongs ou réduits eux-mêmes à des globules. Ies blastospores continuent à se multiplier et il n’y a aucun arrêt dans leur vie végétative, comme cela peut se constater chez les champignons à comidies. Les Arthrosporées avec les genres principaux: Mycoderma, Madurella, Indiella, Epidermophyton et les champignons des feignes possèdent des arthrospores, c’està-dire des thallospores résultant de la desarticulation simple des filaments végétatifs. Coupés carrément à l’origine ces tronçons peuvent s’arrondir, épaissir leur membrane et concourir ainsi à la multiplication de l’espèce.
VUILLEMIN a séparé de ce sous-groupe les Wicrosiphonées caractérisés par leur mycelium continu de calibre très réduit et ténu, se rapprochant ainsi des bactéries et.par leur mode de reproduction au moyen d’arthrospores, des Arthrosporées. Ce groupe renferme les Acfinomyces.
Se basant sur cette classification de VUILLEMIN fondée sur des caractères botaniques nettement définis, GUILLIFR- MOND (4) a tenté d’ordonner le groupement des Thallosporées, en rangeant les divers organismes en familles et sous-familles. 11 distingue tout d’abord deux familles: les Saccharomycétacées et les Non-Saccharomycétacées. Les Saccharomycétacées sont caractérisés par une multiplication aséxuée par bourgeonnement ou cloisonnement et une reproduction séxuée au moyen d’asques et d’ascospores. Cette famille est divisée en cinq groupes : dans le premier groupe GUILLIERMOND range le genre Schizosaccharomyces se multipliant par cloisonnement ; le deuxième groupe renferme les levures bourgeonnantes avec les genres Zygosaccharomyces, Debaryomyces, Schwantomyces, Torulaspora, Nadsonia. Le troisième groupe comporte des levures bourgeonnantes capables d’une reproduction sexuée par ascospores, à pouvoir fermentatif dégradant les matières sucrées avec production d’alcool : dans ce groupe l’auteur distingue lesgenres Saccharomycodes,Saccharomycopsts,
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Saccharomyces et Hansenia. Le quatrième groupe comprend les genres Pichia et Willia, qui sont différenciés par le pouvoir fermentatif, ne donnant généralement pas d’alcool, mais des éthers à partir des matières ternaires. Le cinquième groupe renferme des levures à reproduction séxuée mais à affinités mal connues : on distingue deux genres: Monospora
et Nematospora.
La famille des Non-Saccharomycétacées est caractérisée par des formes levures bourgeonnantes, dépourvues de reproduction séxuée par asques. Cette famille se compose des trois genres : Torula, Mycoderma et Cryptococcus. C’est dans ce dernier genre que rentrent les deux espèces dont nous avons fait l’étude.
OTA (5) dans une nouvelle classification distingue les levures, qui produisent des spores et qui appartiennent à la famille des Saccharomycètes: ces organismes se rapportent aux genres : Saccharomyces, Williu et Debaryomyces. Parmi les levures qui ne forment pas de spores, il distingue :
19 les Cryplococcus ne présentant jamais de forme filamenteuse;
20 les Cryplococcus présentant parfois des formes filamenteuses et montrant des formes de transition entre Îles genres Cryptococcus et Monilia;
3° les Momilia qui offrent toujours des formes filamenteuses assez développées en même temps que des aspects levures. L'auteur distingue par conséquent dans un premier essai de classification deux groupes :
a) groupe des Saccharomycètes ;
b) groupe des Levures ne sporulant pas, subdivisées en trois catégories, que nous avons vues plus haut.
Dans un deuxième travail OrA (6) reprend ses recherches sur la classification des Blastomycètes anascosporées, il renonce à les répartir comme VUILLEMIN et les autres classiques dans les genres Cryptococcus et Monilia. I1 ne conserve dans le genre Cryptococcus KUTZING 1845 que les levures ne donnant jamais de filaments, ni d’ébauches de filaments. Il crée un deuxième genre qui forme des mycéliums ou des ébauches
de mycélium, englobant les Hyphomycètes blastosporés. Ce genre est appelé par lui Myceloblastanon: 11 est subdivisé en trois nouveaux sous-genres; les Blastodendrion caractérisés par des arbuscules de blastospores qui, par désagrégation donnent des formes ovales ou allongées de levure. Les Mycelorhizodes qui possèdent à la fois des blastospores semblables aux formes Cryptococcus et un mycélium filamenteux. Les Mona sont pris dans un autre sens que celui des classiques : elles présentent dans les cultures à la fois des arbuscules de blastospores et des filaments mycéliens. D'autre part les Hyphomycètes arthrosporées possédant des blastopores se répartissent entre les deux genres Parendomyces de DE BEURMANN et GOUGEROT, qui sont caractérisés par la coexistence de chaînettes d’arthrospores et de blastospores vraies, et les Mycoderma PERSOON qui, à un état précoce de développement, peuvent présenter aussi des blastospores.
Cette classification, par sa complication, ne paraît pas devoir faciliter la tâche des mycologues; aussi croyons-nous devoir nous rallier à celle édifiée par VUILLEMIN qui repose sur des bases scientifiques solides et met en valeur les caractères botaniques des organismes.
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