‹ Contribution à l'étude des levures roses: Essais d'isolement et de caractérisation chimique et physique de la substance chromogène oxycétonique secrétée par deux levures du genre CryptococcusChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les champignons chromogènes

Chez les cryptogames ce sont surtout les couleurs jaune, orangé et rouge qui prédominent; parfois elles sont dues à des carotinoïdes qui s’y sont développés en l’absence de la chlorophylle qu’ils accompagnent chez les végétaux verts. Cette catégorie de pigments est assez bien connue.

Les autres matières colorantes nous sont encore obscures : ce sont des composés ffavoniques et anthraquinoniques, des porphyrines, des substances solubles dans le chloroforme du groupe de l’indol par exemple.

La plus grande partie des champignons pigmentés en jaune-orange et en rouge renferme des substances appartenant au groupe des carotines. Si l’on en croit ZOPF (7) les pigments jaunes rougeâtres qui apparaissent chez les Phycomycètles (Pilobolus, Mucor) se rapporteraient aussi au groupe des carotines; chez ces organismes le pigment revêt le forme de petites gouttelettes oléagineuses.

La pezizaxanthine que SorBy (8) a décrit dans Awrelia aurantiaca est sans doute identique à la carotine.

Zopr (9) plus tard indique que la carotine provenant des Hypocréacées n’a pas le caractère de la carotine du Daucus ; c'est ainsi que le Polvstigma rubrum renfermerait deux pigments dont le rouge est prédominant. Le Polystigma ochraceus WAHLENB contient une substance qui est une carotine jaunâtre, cristallisable, se distinguant nettement de la précédente. On connaît la matière colorante jaune et le pigment rouge extraits tous deux du Nectrina cinnabarina. Le pigment du Ditiola radicata est identique à la carotine trouvée dans le Calocera.

Zorr a appelé les carotines jaunes: lipo-xanthines; il a donné le nom de lipo-rhodines aux carotines rouges.

Ce même auteur (1) classe la polystigmine et la nectriine dans le groupe des carotinines ou carotines oxydées. Chez les Myxomycètes ZoPr a démontré la plupart du temps la présence de carotine particulièrement pour les Séemonitis et les Lycogala. En ce qui concerne ce dernier genre la caractérisation du pigment se fait par la présence dans le spectre de quatre bandes d’absorption caractéristiques; cette matière colorante fait partie de la série jaune des carotines.

Des travaux sur les Saccharomycétacées ont également démontré chez ces levures la présence de carotines; le premier mémoire semble être celui de DEMME (11) sur le Saccharomyces ruber, espèce trouvée dans le lait; on l’a incriminée dans le processus pathologique de la diarrhée infantile.

Mais à vrai dire, c’est FRESENIUS (12) qui, le premier, mentionne dans ses « Contributions à l’étude de la Mycologie » une levure rouge: le Crypiococcus glutinis. Après lui SCHRÔTER (13) a signalé en 1872 une levure rose, dont les membranes et le contenu cellulaire sont incolores, mais qui a le pouvoir de teinter le milieu de culture en rouge. Nous devons ici citer les quelques recherches publiées par KoCx et ses élèves sur des levures roses : les auteurs ont étudié ces organismes au point de vue morphologique et biologique, mais les travaux serrés et détaillés sur ce point sont dus à HANSEN (14) et LINDNER (15).

ELFVINGS (16) a décrit un Saccharomyces rouge se développant dans une solution aqueuse de sulfate de magnésie et de nitrate de potassium en présence d’une trace de chlorure de fer et sous l’intluence de la lumière. L'auteur tente de démontrer que la vie de cette espèce n’est possible dans des radiations solaires, que grâce à l’existence du pigment rouge qu’elle élabore. LAURENT (17) a pu isoler une forme évolutive du Cladosporium herbarum provenant de myrtilles sèches: cette espèce présente l’aspect d’une levure rose. Le colorant n’a fait son apparition qu’en la présence de la lumière. A l'obscurité aucun phénomène de chromogenèse n’a pu être observé. Deux levures rouges : Mycoderma humili et Mycoderma rubrum sont décrites en 1892 par LascHà (18). Chez ces organismes, dans les cultures, le voile superficiel est teinté en rouge et la coloration est plus foncée en milieu acide qu’en

milieu légèrement alcalin. A l’examen minutieux, ces deux espèces semblent se trouver en proche parenté avec la Torula n° 36 décrite par JANSEN et MERTENS (19). Cet organisme est aussi très sensible à l’action de la lumière: à l’obscurité les cellules qui constituent le voile sont hypertrophiées et le voile même est moins coloré. Les cellules situées à la périphérie du voile sont les plus colorées; elles constituent un anneau qui se colle aux parois; leur protoplasme est bourré de corpuscules très réfringents à aspect graisseux et dont la teinte est rouge-orangée. Ce champignon, tout comme le Plastoderma salmonicolor décrit par FISCHER et BREBECK (20), a la propriété de donner une coloration saumon dans sa végétation superficielle; on a vu que ce phénomène était dû a un pigment du groupe des carotines.

WEHMER (21) et VUILLEMIN (22) de 1900 à 1902 fournissent des observations très intéressantes, relatives au Mucor rouxir, champignon de la levure chinoise qui, cultivé sur riz, produit un pigment jaune orangé très caractéristique qui apparaît sous forme de gouttelettes à l’intérieur de la cellule et qui peut être obtenu à l’état cristallisé. Le même colorant se forme en outre si l’on cultive ce champignon sur milieu de pomme de terre en présence de bactéries saprophytes.

Sur des solutions sucrées le champignon reste incolore.

On trouve dans les travaux de MILBURN (23) sur l’Hypocrea rufa et de BESSEY (24) sur différents genres de Fusarium un grand nombre d'observations qui intéressent les variations du pigment sous l’influence des facteurs extérieurs.

PRINSEN-GEERLIGS (25) et BOORSMA (26) font l’étude du pigment rouge très intense produit par le Monascus purpureus ; cette matière colorante est soluble dans l’alcool, l’éther et le chloroforme.

Le pigment foncé des conidies de l’Aspergillus niger, appelé aspergilline est, d’après les recherches de LINOSSIER (27) une substance soluble, donnant une coloration brun rougeâtre aux solutions ammoniacales et aux solutions alcalines diluées.

Le colorant brun violet de l’ergot de seigle a été examiné par VAUQUELIN (28) et plus tard par DRAGENDORFF (20).

Sur les matières colorantes cryptogamiques rouges les travaux concernent surtout les champignons supérieurs : A. Waiss (30) effectue l’analyse des pigments de plusieurs espèces de Russula; REINKE (31) étudie la mycoporphyrine cristallisable du Penicilliopsis clavariiformis ; PHILIPSON (32) s’attache à la rubérine de l’Agaricus ruber, GRIFTITHS (33) établit la formule de l’amanitine TAYLOR (34) détermine le pigment rouge carmin des Luctaires, BACHMANX (35) examine le colorant violet du Lactarius deliciosus.

Zopr (36) a pu isoler un pigment rouge chez certaines Téléphoracées; il a obtenu la matière colorante à l’état cristallisé. Le même auteur retire des genres de Bulgaria la bulgariine et la bulgarcoeruléine, pigments rouges et bleus. OUDEMANS (37) étudie l’acide rhizopogonique provenant du Rmzopogon rubescens.

STAHLSCHMIDT (38) obtient à l’état cristallisé l’acide polyporique colorant des Polypores. THIRY (30) examine le colorant rouge de l’Aciinomyces mordoré.

A. SARTORY et G. BAINIER (40) isolent en 1911 deux espèces d’Aspergillus, qu'ils appellent À. disjunctus et À. sejunctus qui produisent un pigment rouge particulier. La matière colorante est très soluble dans l’alcool fort, la glycérine, l’éther, le chloroforme, le sulfate de carbone, la benzine. La même année les deux auteurs précédents (41) découvrent un Penicillium nouveau qui sur milieux peptonés (bouillon, gélatine ou gélose) secrète un pigment vert émeraude correspondant à la teinte n° 326 du code des couleurs.

Ce pigment résiste aux acides minéraux et organiques. L'eau de chlore, le bisulfite de soude, les hypochlorites alicalins, l’eau oxygénée ne provoquent aucune décoloration.

En 1912 A. SARTORY et BAINIER (42) étudient deux penicillium : P. divergens et P. citricolum qui secrètent un pigment que les auteurs ont examiné chimiquement et spectroscopiquement. L'un d’eux : celui du P. citricolum a pu être obtenu à l’état cristallisé. Tous deux sont solubles dans les dissolvants des graisses et peuvent être rangés dans la classe des Hpochromes de Zopr.

En 1914 SARTORY et ORTICONI (43) font l’étude d’un Cryptococcus et d’un Oidium secrétant des pigments roses.

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À. SARTORY et BAINIER (44) isolent du Pemicillium petchir un pigment jaune. Signalons ici l’Aspergillus mutabilis (45) des mêmes auteurs qui doit son nom à la facilité avec laquelle il passe par toute une série de colorations: jaune serin, jaune ochracé (n° 165 du code des couleurs), jaune plus foncé (n° 161 du code des couleurs), jaune vert (n° 253 du code des couleurs), vert foncé (n° 258 du code des couleurs), vert noir (n° 305 du code des couleurs). Cette espèce secrète un pigment rouge qui est insoluble dans l’eau ordinaire, soluble dans l’eau alcalinisée au moyen de la potasse ou de la soude en très légère quantité. Il est insoluble dans tous les réactifs des corps gras. I/Aspergillus repandus a une coloration verte au début, qui fonce (n° 210 du code des couleurs) avec apparition de teintes violacées par places vers la fin de la végétation. L'organisme secrète un pigment rouge soluble dans l’alcool . Ce pigment n’est pas détruit par l’acide azotique. Sa couleur est avivée par l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique. Avec l’ammoniaque et la soude il vire au bleu.

A. SARTORY et BAINIER (46) dans un mémoire décrivent l'Aspergillus Scheeleï qui tire son nom de la couleur vert, laquelle jaunit un peu vers la fin de la végétation. Il produit un pigment jaune soluble dans les principaux dissolvants des graisses. Celui-ci n’est pas soluble dans l’eau. Les acides azotique, sulfurique, chlorhydrique sont presque sans action sur lui. Il en est de même des alcalis. Les auteurs font rentrer cette matière colorante dans la classe des Hpochromes de Zopr. ],Aspergillus umbrosus est d’un vert noir, voisin de la nuance n° 209 du code des couleurs.

Les mêmes auteurs ont pu passer en revue quelques champignons appartenant au genre Citromyces (47), dont plusieurs sont producteurs de pigment: le Ciéromyces ramosus produit sur gélatine et gélose un pigment de couleur rose, puis fleur de pécher; ce caractère est constant. Le Cifromyces cesiae trouvé dans une galerie de cesia apiformis creusée dans un peuplier. I1 secrète un pigment d’un rouge intense qui rentre dans la catégorie des kpochromes de Zopr. Le Citromyces musae donne un pigment rouge identique au précédent. Le Citromyces cyaneus produit deux pigments’ l’un jeune ver-

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dâtre, l’autre rouge. Le Citromyces Bruntzii secrète un pigment mauve particulier. Enfin À. SARTORY et BAINIER ont pu mettre en évidence chez le Trichoderma Deroschii un pigment rouge violacé et chez le Diplocladium elegans un pigment rose; ce dernier était soluble dans l'alcool, l’éther, l’acétone, la benzine, le sulfure de carbone, insoluble dans l’eau et l’alcool amylique. La couleur du pigment est avivée par addition d’une trace d’un acide minéral. Il est décoloré par les alcalis et les décolorants habituels (eau de chlore, brome, iode).

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