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A) ALCOOLISME AIGU (DELIRIUM TREMENS

Nous insistons avant tout, d’abord sur ses conditions d'apparition.

L'accès du delirium tremens ne se produit pas sans cause.

« Le fusil est chargé, écrit Ball, le coup part, mais il ne part pas tout seul. Il a fallu un choc pour déterminer la décharge ».

Le choc est un excès de boisson (delirium a potu numio) ou peut-être l’abstinence (delirium a potu suspenso), un accident, une fracture, une opération, une infection (pneumonie, erisypèle), plus souvent le surmenage, les émotions, l'insolation, etc.

Au total et en résumé, on retrouve souvent une étiologie précise, immédiate.

L'accès de delirium tremens s'annonce par des prodromes : insomnie, céphalée, agitation, anxiété, parfois sommeil agité avec cauchemar, rêve délirant, précédant le délire de rêve.

L'aspect du malade est caractéristique : le visage est rouge, vultueux, couvert de sueurs. La soif est vive, le regard terrifié.

1) Le délire proprement dit débute généralement dans les premières heures de la soirée pour disparaître au matin. Il se caractérise essentiellement par des hallucinations et

Do

surtout par des illusion visuelles. Le malade prend une fenêtre pour une porte, un objet pour un animal, un meuble pour une personne. L’anxiété, la mobilité, l’accroissement vespéral constituent les principaux éléments du délire.

a) L'anxiété. — Elle est considérable. Illusions et hallucinations sont pénibles.

Le sujet a des visions fantastiques à types zoopsiques (animaux monstrueux, rats, serpents, tigres remplissant la chambre, changeant de forme ou se jetant sur lui. Des flammes l'entourent, des scènes ou des tableaux obscènes se déroulent sous ses yeux. En peu de temps l'agitation est à son comble, l’alcoolique crie, courant sans arrêt après ses fantômes. Des éléments auditifs aggravent ce tableau : menaces d’adversaires auxquels il répond par des injures et des coups. Il fuit et lutte contre les infirmiers. Ainsi paraît-1l évoluer dans un monde imaginaire et fantastique. « Ïl moule son délire sur ses hallucinations » (Fournier). D'où le nom de rêve éveillé donné à ce délire qui prend par moment un type somnambulique. C’est un « rêve en action », un « délire de rêve et d’action ».

b) La mobilité. — Ce délire est rapide, cinématographique. [1 peut être interrompu sur le champ par une injonction impérieuse pour reprendre aussitôt après.

c) L'accroissement vespéral est un signe également considéré comme important. Nous le retrouverons ultérieurement.

2) L'état mental.

Deux traits le caractérisent.

a) La confusion avec désorientation dans le temps et dans l'espace : perplexité, viscosité mentale.

b) L'insomnie. Celle-ci est constante. Sa disparition annonce la guérison qui se produit généralement du 4° au 5° jour.

3) Les signes physiques.

a) Le tremblement est intense et généralisé. Le corps tout entier est en vibrations. Les mains et les bras sont agités d’un mouvement étendu incoercible, la tête entière oscille, la langue est trémulante avec embarras de la parole.

b) Les sueurs. Signe important, le corps est couvert de sueurs profuses, d’ailleurs partiellement, en rapport avec la température.

c) Le pouls est accéléré.

d) La température est de 39° dans les formes moyennes et dans les formes graves atteint 41° et plus.

4) Evolution.

La mort peut survenir au cours d’une pneumonie ou au cours d’une réaction anxieuse (défénestration).

La récidive est fréquente et se fait à l’ordinaire dans les mêmes formes. Enfin le patient perd généralement le sou-

venir de son délire.

5) Formes cliniques.

Nous en isolerons trois.

a) une forme paroxyslique avec accès survenant généralement le soir pour disparaître le matin et récidivant les soirs suivants. Le malade étant normal dans la journée. Ce sont des crises de délire pantaphobique avec anxiété se reproduisant chaque soir avec le ne caractère. C'est à cette catégorie que paraît appartenir la plupart des anxieux

De

fugueurs poursuivis par des malfaiteurs, des ennemis, des policiers.

Cette forme paroxystique avec anxiété prédominante est à diagnostic souvent difficile.

b) une forme rappelant le délire aigu, encéphalite aiguë azotémique de Toulouse, Marchand et Courtois.

Sous ce nom, ces auteurs décrivent un syndrome confusionnel aigu ou suraigu, auquel s’ajoute une azotémie progressive qui fixe en partie le pronostic de l'affection.

Cette encéphalite (délire aigu des classiques) constitue une forme suraiguë du delirium tremens; elle ne diffère en rien des encéphalites aiguës décrites par les mêmes auteurs au cours des autres infections ou intoxications (érisypèle, fièvre puerpérale, rhumatisme articulaire).

Le délire aigu peut ainsi se retrouver dans d’autres intoxications et infections, ce qui rend malaisé son diagnostic étiologique.

c) Enfin citons pour terminer une forme à ivpe assez souvent euphorique dans laquelle les phénomènes visuels ont un caractère agréable et microscopique (hallucinations hlhputiennes) .

B) ALCOOLISME SUBAIGU.

Comme le nom l'indique, les accidents de l’alcoolisme subaigu plus fréquents que le delirium sont moindres à la fois en intensité et en gravité. [ci encore, il s’agit d’un délire confusionnel, dans lequel on retrouve la note onirique et anxieuse à prédominance vespérale. Assez souvent les auteurs insistent sur le caractère professionnel du délire.

D es

Le malade se croit entouré des êtres qui lui sont familiers et se livre en imagination à ses occupations habituelles. Les hallucinations ont une précision et une intensité surprenante.

Mais il ne faut pas confondre le délire, avec le rêve professionnel. On peut voir défiler durant son sommeil tous les actes de sa vie professionnelle sans pour cela être un alcoolique.

Le délire d'occupation a toujours un caractère pénible. Îci nous retrouvons l’anxiété sur laquelle nous avons déjà insisté. Le malade a le regard absent et désorienté. Dans ces états anxieux, l’alcool n’est pas toujours en jeu. En effet de tels délires ne se différencient en rien des délires oniriques d'autre nature; de sorte que la symptomatologie de l’alcoolisme subaigu n'est pas assez spécifique et on peut la retrouver dans d’autres affections non éthyliques.

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