RACE
il absorbait journellement 106 à 12 gr. de ce médicament. Chez ce sujet, aucune euphorie ne se manifeste à l’origine par l’ingestion du chloral. Il en fit abus, à la manière du buveur d’alcool qui désire « noyer ses chagrins », mais l’état de besoin, dans l’abstinence chloralique, apparaît d’une manière précoce et impérieuse, le vouant désormais à l’usage habituel du médicament aux doses précises.
En juin 1903, cinq mois après le début de la chloralomanie, Paul H.. tombe dans un état de dépression extrême avec gâtisme et obtusion intellectuelle très accentuée. Il reste ainsi durant trois jours dans l’incapacité de recourir au chloral. Soudain, à la suite de ce sevrage accidentel, la scène change : à la période de dépression, succède une période d’excitation qui se traduit par une véritable scène maniaque rappelant le delirium tremens alcoolique, accès caractérisé par une agitation incoercible avec tremblement considérable et hallucinations terrifiantes : des sergents de ville vont l’arrêter parce qu’il a commis un crime, on va lui faire du mal, on le menace, des personnages qu’il voit dans les plis des rideaux et de ses habits, lui font des grimaces, etc. Cet accès survient sans qu’on puisse incriminer aucune alcoolisation, mais bientôt l’agitation diminue, le malade ayant pris à nouveau de fortes doses de chloral (12 gr.). C’est alors que la femme de Paul H.…, qui avait depuis plusieurs mois quitté son mari, informée de ce qui s'était passé, survient et le place dans un établissement spécial.
Là un fait intéressant se produit. Ce toxicomane présente à l’arrivée un complexus symptomatique tel qu’on le prend pour un paralytique général.
Mais l'erreur se dissipe bientôt et le malade est traité de sa chloralisation par la méthode de suppression brusque. Il eut alors un nouvel accès maniaque d’une violence extrême, puis des tendances au collapsus et manqua succomber. Après deux mois d’une convalescence longue et diffi-
cile, il sortait amélioré et reprenait le cours de sa vie normale,
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À la suite de nouvelles contrariétés, nouveau recours au chloral pour échapper aux préoccupations et aux insomnies : peu à peu l’état redevient le même qu'avant l’internement et après un accès maniaque au cours duquel il brise un mobilier, Paul H. fait un nouveau séjour de deux mois dans le même établissement en juillet et août 1904.
A la sortie il s’adonne aux études médicales et durant trois mois il s’abstient de toute toxicomanie,
En novembre 1904, bronchite au cours de laquelle il prend de l’opium pour calmer la toux, mais il retourne vite à l’usage du chloral, son calmant préféré. Il en consomme d’abord des quantités faibles (2 gr. par jour), puis il arrive à nouveau aux doses élevées (10 à 12 gr. par jour) absorbant quotidiennement 15 et même 20 gr. de chloral dans les derniers jours qui précèdent le placement à Charenton.
Etat actuel. — A son entrée dans le service le 2 avril au soir, Paul H.… est dans un état de dépression extrême. Il ne répond à aucune question, ne prête aucune attention à ce qui se passe autour de lui et présente un état qui rappelle le tableau du coma alcoolique. On l’alite, la nuit se passe sans incident et le matin la scène change du tout au tout. Puisque le malade est debout, se prête à notre examen et présente comme lors du premier placement précité le « syndrôme fugace de la paralysie générale ».
Voici le 3 avril au matin les résultats de notre examen :
a) Clinique : au point de vue psychique on se trouve en présence d’une oblusion intellectuelle qui paraît en imposer par un état dementiel. Le malade pendant les deux premières minutes de l'interrogation paraît, en effet, désorienté, dans le temps et dans l’espace, avec amnésie très étendue, mais contrairement à ce qu’a lieu dans la démence paralytique, au fur et à mesure que l’interrogatoire se prolonge, l'attention peut davantage se fixer et les réponses deviennent plus correctes, le malade arrivant à donner des détails assez précis sur les faits qu’il paraissait avoir oubliés au début de l’examen.