‹ Contribution à l'étude des limites de certains délirs alcooliquesChapitre 36 sur 55 · À. ETATS CONFUSIONNELS SYMPTOMATIQUES DE PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

À. ETATS CONFUSIONNELS SYMPTOMATIQUES DE PARALYSIE GÉNÉRALE

Ce sont des cas très fréquents. Récemment, dans un article d'ensemble sur les formes cliniques de la paralysie générale, MM. Dupouy et Dublineau rappelaient leur importance. Seule la ponction lombaire met alors, en évidence, une formule de la paralysie générale et permet de rapporter à leur véritable cause les troubles constatés. Divers auteurs, T'argowla, en particulier, ont insisté sur l’aspect de la paralysie générale avec troubles hépatiques pourvant simuler l’alcoolisme.

OBSERVATION VII (L. Liver)

(Résumée)

Mme M... Blanche, âgée de 53 ans, contracta, il y a vingt ans, une syphilis conjugale indubitable. Elle avait eu auparavant deux enfants; depuis, elle ne présente ni grossesse, ni fausse couche. Son mari, paralytique général et alcoolique, mourut après deux ictus.

Actuellement, les signes de la méningo-encéphalite diffuse sont incontestables. Les pupilles sont en myosis et inégales. Elles présentent le signe d’Argyll-Robertson. On constate des tremblements de la langue et des doigts, de l’exaltation des réflexes tendineux et un gros embarras de la parole, Ptosis

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double léger, une plaque de leucoplasie, à la joue gauche des traces d’acariose, des hémoroïdes et une bromhydrose repoussante.

L'examen psychique révèle un onirisme délirant, un affaiblissement global, de la désorientation, des erreurs de vocabulaire, sensiblerie, pleurs, négligence de la tenue, mauvaise humeur habituelle.

La malade habitait le Maroc où elle tenait une parfumerie. Elle eut une attaque avec hémiplégie droite et aphasie transitoire. Depuis, elle eut deux ou trois attaques analogues avec monoplégie brachiale droite. Elle fut obligée de vendre son commerce, car elle ne pouvait plus écrire, elle souffrait d’une amblyopie très intense, avait des cauchemars terrifiants dont elle gardait la conviction durant la journée.

Il y a quatre mois se trouvant à Casablanca, elle vit une nuit, des gens qui venaient la regarder à la porte, quand elle s’approchaïit, ils n’y étaient plus. « J’ai vu, dit-elle, une dame avec sa robe et une ombrelle, j’ai vu un grand soldat couché sur une chaise longue, et puis deux chats ».

« Une autre fois, j'étais couchée. Des dames sont venues et se sont mises à danser, mais vous savez, je n’ai pas été émotionnée. Le lendemain, je l’ai dit au médecin et il m’a fait venir à Paris ».

Les idées délirantes sont un mélange complexe de réalité et d'imagination, d’autres participent plutôt du domaine de l'illusion, d’autres enfin sont entièrement imaginatives.

An début, la malade pouvait rectifier, emprunter ces idées. Les visions avaient lieu surtout la nuit ou dans la période du matin qui suit le réveil, mais la conviction laissait parfois place au doute. Il arrivait encore à la malade de faire appel au témoignage de personnes qui l’entouraient pour rectifier ses troubles sensoriels. Actuellement ces essais de rectification ne sont même plus tentés par la malade.

Nos visites la trouvent en plein onirisme, la figure souriante, l'expression amusée et intéressée, le regard fixé par

ses lucidités.

Des figures de toutes sortes viennent lui rendre visite. Un

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jour ce sont trois jeunes filles et un homme barbu qui a une tête de chien. L’autre nuit un vieillard lui dit qu’elle était la plus belle femme du monde.

Les visions presque toujours ont pour siège le coin de la chambre situé au-dessus de la fenêtre. Un jour elle plaça un parapluie au-dessus de sa toilette pour permettre aux bonshommes du plafond de descendre plus facilement.

Cet état d’onirisme délirant et hallucinatoire se complète par quelques troubles de la sensibilité cœnesthésique. La malade croit avoir sous la peau des fils ou des cheveux qu’elle fait le geste avec ses ongles de retirer de ses doigts ou de ses mains. Elle s’imagine, aussi, être déplacée dans l’espace. Elle croit qu’on transporte son lit d’une extrémité à l’autre de la maison, qu’on l’emmène en voiture.

Au total, chez cette malade l’onirisme est prépondérant (forme onirique de la paralysie générale).

Ces formes étudiées par Raymond et Sérieux, Séglas, Régis et Lalanne, etc., sont d’ailleurs bien connues aujourd'hui. Nous insistons seulement sur l’absence d’alcoolisme dans les antécédents des malades. D'ailleurs, dans un travail récent de T'ruelle et Casalis, on trouve des exemples de délire onirique chez des paralysies générales traitées, qui relèvent d'un état exclusivement hépatique, exclusif de tout appoint alcoolique antérieur.

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