ROUE
mari. Cependant celui-ci la trouvait en larmes le soir. Pendant une dizaine d'années a eu des maux de tête très
pénibles, tantôt derrière, tantôt devant, tantôt de côté, qui
l’obligeaient à rester au lit sans prédominance nocturne. Ces
maux de tête ont cessé il y a dix ans environ, à son mariage. Mariée à 33 ans. Mari électricien. Pas d’enfants.
Histoire de la maladie. — A la suite d’une discussion pénible qu’elle eut avec son mari, car celui-ci la voyant énervée avait deviné qu’elle avait bu un verre de vin blanc, elle jette une chaise à la tête de son mari. Puis elle veut se coucher, mais finalement, elle partit en pleurant pour Paris pour ne pas entendre ses reproches.
Elle est arrivée à la gare St-Lazare à 1 h. puis de là, elle est allée faire des courses au Printemps. Elle n’y a rien acheté. Elle revient vers la gare St-Lazare vers 3 h. Elle entre dans un café des environs, prend un demi de bière. À partir de ce moment, elle ne se rappelle rien de ce qui s’est passé : « Je sais que je me suis disputée avec quatre bonshommes. Je sais que c’était dans un bureau. J’ai dû en traiter un de boche ». Sur ces entrefaites, elle a été arrêtée et conduite à la Préfecture. Elle n’a pas un souvenir net de cet incident, elle était en colère.
A l'examen. — La malade présente de l’enjouement, syntonie, amabilité, volubilité.
Fonds mental. L’attention est peu soutenue. Elle éprouve de la difficulté au processus de comparaison de calculs, de dates; elle sait la date de sa naissance, mais n’arrive pas à dire quel âge elle avait en 1902. La mémoire est assez bonne,
Le jugement un peu superficiel au cours de la conversation courante, aisance facile. Pas d’application à la critique.
Signes somatiques. Léger tremblement des doigts et de la langue.
Réflexes rotuliens et achiléens normaux. Pupilles paresseuses, légèrement inégales. Exophtalmie légère. Pouls ins-
table : 104; 90 au cours d’un même examen en dehors de causes émotives.
Eréthisme vaso-moteur. Pas de douleurs à la pression des masses musculaires.
Pas de douleur réelle à la zone hépatique. Au moment des règles, surtout, douleurs dans la musculature des membres inférieurs.
Pas de dysarthrie à la conversation courante, Aux épreuves : embarras attribuable davantage à une précipitation volubile qu’à un trouble de l'articulation.
La ponction lombaire montre : tension : 24, Albumine : 0,25. Pandy : +. Cytologie : 1,6 élément par mm#. Bordet- Wassermann : positif. Benjoin colloïdal : 00111. 22210. 00000.
Dans le sang : Bordet-Wassermann : positif partiel; Meinicke : positif.
Au total, la malade a présenté un accès confuso-maniaque après avoir pris un « demi » de bière. D'après l'enquête, on a pu constater que cette malade avait une tolérance très faible, vis-à-vis des boissons. On ne peut cependant, chez elle, en dépit de l’onirisme assez fréquent chez elle, parler d’éthylisme chronique proprement dit. D'ailleurs, cet accès maniaque était symptomatique d’une paralysie générale incipiens révélée par la ponction lombaire. Ainsi, ici encore, la part de l’éthylisme est difficile à reconnaître au milieu du complexe symptoma-
tique.
2° Cas confusto-anxieux.
OBSERVATION XV (Communiquée par le D' DUuBLINEAU).
M... 43 ans, employé de chemins de fer.
« D’après les renseignements transmis par le médecin local et recueillis auprès de Mme M... qui accompagnait son mari, cet agent aurait présenté depuis 6 mois environ un
Op
état dépressif avec tendance progressive à l’aggravation. Les conditions d'apparition de cet état sont assez confus. Il semble, qu’il y ait eu à l’origine quelques contrariétés professionnelles, un sentiment d’insécurité et d’impuissance en présence de fonctions auxquelles, il n’était pas habitué. M. M... avait eu à remplacer provisoirement le chef de canton et ses rapports auraient donné lieu à des critiques qui auraient vivement affecté cet agent par ailleurs dévoué et .scrupuleux.
Déjà cependant s’ajoutaient à ces faits quelques tendances interprétatives. M. M. se sent mal vu de son entourage professionnel.
Le 20 décembre sur un fait de dépression plus intense, depuis deux ou trois jours, apparaît subitement un état d’agitation avec anxiété, insomnies, cauchemars, interprétations multiples, impression qu’une voiture de la Cie allait l'emmener, troubles cénesthésiques, électrisation dans le corps, courant, etc.) et velléités incessantes de fugues « pour modifier les signaux de la voie ».
Hospitalisé du 26 au 27 décembre, le sujet serait revenu très rapidement à un état subnormal. Il demande à reprendre son travail.
Examen du sujet. — M. M... est actuellement encore fatigué par les troubles mentaux récents. Si le délire est parfaitement corrigé, il persiste du moins un certain relachement des souvenirs, une orientation encore imprécise, bref un état de subconfusion qui doit faire considérer qu’il s’agit encore d’un malade.
L'examen somatique met en évidence, un cœur et un foie normaux. Les pupilles sont égales et réagissent (quoique un peu paresseuses). L'examen des réflexes les montre normaux aux membres supérieurs, par contre on constate une vivacité des réflexes rotuliens gauches avec abolition presque complète des réflexes achiléens du même côté. Les réflexes tendineux sont normaux du côté droit. Il n’y a pas de Romberg, pas de troubles de la sensibilité.
L’étiologie des troubles n’apparaît pas nettement. On ne
saurait parler d’éthylisme chronique chez ce sujet. Les renseignements concordent pour affirmer sa tempérance. Néanmoins, M. M. supporte mal la boisson. A 20 ans, de son propre aveu, il aurait présenté à la suite d’un excès pas- Sager un état confuso-anxieux et onirique analogue aux troubles récents.
Par ailleurs, son unique punition à la Compagnie a eu pour motif une ivresse qui paraît avoir été causée par un abus bien modéré.
Il s’agit, par ailleurs, d’un sujet à caractère renfermé et taciturne. On ne note chez lui aucun signe clinique de syphilis.
Au total, 1l faut admettre que M. M... fait un accès confusionnel et anxieux chez un sujet déprimé antérieurement. Il présente, actuellement, un léger reliquat de subconfusion avec abolition des réflexes achilliens gauches.
La part de l’éthylisme est minime. Tous les renseignements recueillis s'accordent à l’affirmer. Mais, c’est d'autre part un sujet qui supporte mal le vin, et, par conséquent, le problème est difficile chez lui.
3° Cas d’un alcoolisme récidivant d’exaltation maniaque.