LUTTE CONTRE LE MILDIOU
C'est en 1885 que furent employés pour la première fois les sels de cuivre (56) dans la lutte contre le mildiou. Actuellement encore, la bouillie bordelaise tient la première place parmi les produits anticryptogamiques ; MiLLrARDET eut l’idée géniale d'associer dans sa composition le sulfate de cuivre à la chaux.
Autrefois, dans sa préparation, on versait le lait de chaux dans la solution de sulfate de cuivre, puis en Suisse, en Allemagne on pratiqua le procédé dit « inverse » qui consiste à verser le sulfate de cuivre dans le lait de chaux ; la méthode fut employée en France dès 1883, puis oubliée ensuite. Actuellement c'est elle qui donne les meilleurs résultats.
La bouillie bordelaise a une action préventive car elle s'oppose à la germination des spores, mais elle est inefficace contre les champignons qui ont déjà pénétré dans les feuilles ; lion
cuivre joue certainement le rôle essentiel dans la protection anticryptogamique car il est éminemment toxique pour les conidies du Plasmopara.
Les auteurs sont d'accord pour préconiser une première pulvérisation au début de la végétation, dès que la troisième feuille se développe ; elle doit se faire sur les feuilles, les jeunes rameaux et les bourgeons.
Un deuxième traitement est nécessaire dès le développement de la jeune grappe sur le bourgeon ; celui-ci sera suivi d’une troisième opération effectuée aussitôt avant la floraison ; dans ce cas la pulvérisation à l’aide de bouillie bordelaise sera complétée par un soufrage qui permettra de lutter contre l'Oïidium.
Dix à quinze jours après la floraison, une quatrième pulvérisation des jeunes pousses et des grappes donnera les meilleurs résultats. Enfin on indique généralement une cinquième pulvérisation quinze jours ou trois semaines après les précédentes : elle sera accompagnée d'un soufrage. Quelquefois des poudrages sont pratiqués entre le quatrième et le cinquième traitement et après le cinquième, au moyen d’une poudre à base de fiuosilicate de Baryum et de poudre cuprique.
Les appareils doivent être strictement adaptés aux besoins de la culture. VERMOREL indique que le premier traitement devant être fait dès le débourrement, peut être pratiqué au moyen de l'appareil à dos et à pompage continu. Pour le troisième traitement et les suivants, les appareils à grand travail sont préférables ; la distribution de la bouillie doit se faire sur les faces supérieures et inférieures des feuilles. VERMOREL recommande les formules suivantes :
J) Eau : 100 litres.
Sulfate de cuivre : 3 kilogs.
Chaux : 2 kilogs.
Caséine fou autre produit fixant) : 80 grammes.
IT) Eau : 100 litres.
Sulfate de cuivre : 1 kilog 500.
Chaux : 2 kilogs.
Arséniate de plomb : 800 grammes.
Caséine (ou autre produit fixant) : 80 grammes.
III) Eau : 100 litres.
Sulfate de cuivre : 2 kilogs.
Chaux : 2 kilogs 750.
Arséniate de chaux : 1 kilog. Caséine (ou tout autre produit fixant) : 80 grammes.
IV) Eau : 100 litres.
Sulfate de cuivre : 2 kilogs.
Chaux : 2 kilogs.
Arséniate d'alumine : 1 kilog.
Caséine {ou tout autre produit fixant) : 80 grammes.
La Bouillie bourguignonne est beaucoup moins efficace que la bouillie bordelaise et présente certains inconvénients (brûlures fréquentes).
Le Verdet cause aussi des brûlures.
Parmi les affections de la vigne justiciables de la bouillie bordelaise, citons l’Anthracnose de la Vigne, le Blak-Rot, le Mil-
diou.
LUTTE CONTRE L'OIDIUM.
L'emploi du soufre remonte à l’année 1846 ; le remède avait été trouvé empiriquement par un jardinier du nom de KyLe. En 1848, l'Oidium ayant fait apparition dans les environs de Paris, DUucHARTRE eut l’idée d'expérimenter le soufre et 1l pût conclure à son efficacité dans la lutte contre l’Oïdium. Au moyen de ce
produit, durant les années 1852 et 1853 les vignes de Chasselas, de Thommery furent entièrement préservées ; c'est une substance anticryptogamique de choix, mais son action dépend des conditions météréologiques et en particulier de la température ; il n’agit que par temps chaud ; c’est ce qui explique son efficacité plus certaine dans les régions méridionales alors qu'elle est moins marquée dans nos régions du Nord ou de l'Est ; il convient d'opérer le soufrage lorsque les plantes soni encore recouvertes de rosée ou après un mouillage artificiel (afin d’augmenter son adhérence). Pour le répandre on emploie divers instruments dont la hotte à pompe.
Sous le nom d'Héliones, TRUFFAUT a proposé d'utiliser des mélanges de colorants avec des substances mouillantes qui permettent l’adhérence de la solution de colorant aux filaments mycéliens ; les colorants les plus indiqués semblent être l’auramine, le violet cristallisé, le vert malachite et l’orangé d'acridine. Ces substances remplacent avantageusement le soufre et présentent l’avantage d’être actifs quelle que soit la température et l’état hygrométrique de l’air. Ils ont donné de bons résultats contre l'Oidium et aussi contre le Wildiou ; on peut les employer en faisant suivre le traitement d'une pulvérisation à la bouillie bordelaise.
Comme on le voit par ce court exposé, la lutte contre les parasites cryptogamiques de la vigne, en dehors des mesures prophylactiques se réduit à l'emploi de la bouillie bordelaise d’une part et du soufre, de l’autre. Nous devons ces armes efficaces aux recherches laborieuses et patientes poursuivies par nos savants qui se sont donnés pour objectif la protection rationnelle du vignoble français contre ses pires ennemis ; on doit leur en être profondément reconnaissant car ils ont voulu conserver à la France l’un des facteurs les plus importants de son économie nationale.
Vu, Strasbourg, le 6 Février 1939.
Le Président du Jury :
A. SARTORY.