‹ Contribution à l'étude des maladies simulées chez les enfantsChapitre 24 sur 47 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

(Millard. Simulation d’une ankvlose, avec flexion forcée de la cuisse droite, chez un jeune mendiant espagnol, prétendu cul-de-jatte depuis | un an et demi. (Société méd. des hôpitaux, 1885, p. 431) — citée p. M. Dufestel. Th.)

M...,13 ans, vagabond espagnol, salle Saint-Louis, hôpital Beaujon. Lundi dernier, à la visite du matin, nous trouvons accroupi, blotti dans un lit, un garçon de 13 ans, vagabond, infirme et espagnol, qui, la veille au scir, à la suite d’une journée d'aventures et de libations, avait dû à la commisération de l'interue de garde de venir échouer dans notre salle. Sauvage et méfiant, inquiet de notre examen et ne comprenant pas un mot à nos questions, il manifestait seulement une irrésistible envie de s’en aller; à le voir acoroupi ainsi, de grands yeux noirs malicieux, sous ses cheveux sales, on eût dit un mendiant de Murillo évadé de son cadre. Il n'avait pour tous droits à nos soins qu'une ancienne altération de la jambe droite, quelque paralysie infantile, ou autre lésion analogue à éclaircir. Le genou entièrement fléchi, le pied porté en-varus sous l'ischion gauche, et assis sur un euir, il se trainait sur le sol,

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employant comme propulseur sa jambe gauche et ses deux mains chaussées de sabots.

Deux nuits et un jour, il resta immobile dans son lit, ne s’essayant même pas à remuer, le genou droit obstinément fléchi, et manifestant une vive crainte à toute tentative d’extension. Nous le fimes interroger par un médecin espagnol ; on le pressa de questions auxquelles il évitait de répondre, cherchant toujours quelque tangente pour se dérober. On tenta alors lPextension de la jambe ; d’abord impossible, elle commença ensuite à se faire, mais à grand’peine; déjà cependant l’ankylose supposée du genou semblait près d’être complètement vaincue, quand le jeune malade ennuyé de toute cette

curiosité, sauta à bas de son lit, et se sauva à l’autre bout de

la salle, exécutant une course absolument physiologique. Le premier moment de stupeur passé, on parvint à lui faire avouer son histoire si triste qu’elle nous fit lui pardonner sa supercherie. :

Un jour, il y a cinq ans de cela, sa mère, sans ressources, incapable de le nourrir désormais, le met dehors avec son fils aîné. Trois ans et demi ils rodent en Espagne quand l’idée leur vint d'aller à Paris, ils se joignent à un groupe d’autres Espa-

-gnols. Ceux-ci ordonnent à M... de contrefaire l’infirme afin

d’implorer la charité publique. Il cherche à résister, on lui fléchit le genou droit, ramenani le pied sous la fesse gauche ; on le ficelle, on l’attache su’ un Cuir, et ainsi transformé en cul-de-jatte, on le force à se trainer des Pyrénées à Paris. Au début, de temps en temps, son frère le délivrait de ses entraves et lui permettait de mendier debout; mais le frère demeura en arrière ; M... resta seul sous l’active surveillance de ses compagnons. En somme il simula dix-huit mois le cul-de-jatte. Quand l’enfant marche nous ne nous douterions pas du tout du métier qu'il exerce. À peine sa cuisse droite a-t-elle un centimètre de tour de moins que la gauche, peut-être la couche graisseuse est elle un peu plus épaisse du côté pseudo-estropié, ce qui peut faire croire à une diminution des volume de muscles ; encore y a-t-il sur le mollet droit une large et profonde brûlure qui pourrait très bien expliquer cette atrophie. Cependant la force musculaire mesurée au dyramomètre est notablement

inégale d’un côté à l’autre.

Claudication. — « La boiterie simulée, dit M. de Saint-Germain, n’est pas fréquente chez les jeunes gens ; elle est en revanche plus facile à observer chez les demi-adultes, les apprentis, les collégiens que des raisons plus ou moins variables, mais dont le mobile est toujours la paresse, engagent à feindre une affection dont le premier moyen de traitement, le repos, leur assurera quelques loisirs. » (Cité par Dufestel).

Comme le fait remarquer M. Broussolle dans sa thèse, (Paris 1886-87), la claudication chez les enfants est presque toujours consécutive à une douleur réelle: « Ils ont été pris, dit M. Broussolle, dans le membre inférieur, de douleurs qui les ont empêchés de mettre le pied à terre, et une fois cette douleur disparue ils continuent à prétendre que la, marche est impossible ; ils marchent mal, mais ne savent pas boiter, car ils exagèrent l’irrégularité de la marche, et leur boiterie ne répond ni à celle des coxalgiques, ni à celle des affections douloureuses.

OBSERVATION XXIII Claudication simulée. — Fille de 9 ans

(M. Broussolle. — Th. Paris 1886. p. 87. — Dufestel, loc. it.) $ « Une fillette de 9 ans entre dans le service de M. le docteur Ollivier (hôp. des Enf. Mal.) boitant depuis six jours, mais ne souffrant nullement de la jambe. Cette boiterieinexpliquée ne tarda pas à devenir suspecte pour plusieurs raisons ; lorsque

l'enfant se mettait à marcher, c’est à peine si les deux premiers pas étaient irréguliers, mais au deuxième et troisième, la boiterie apparaissait exagérée. Cette claudication était au maximum le matin au moment de la visite et elle 8e caractérisait facilement, à l'examen, par le défant d'extension du genou, les autres mouvements étant nets. Il n’en fallait pas davantage pour édifier sur la nature de cette claudication,qui d’ailleurs ne dura que quatre jours et se termina brusquement. »

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