‹ Contribution à l'étude des maladies simulées chez les enfantsChapitre 27 sur 47 · RAR, TT · texte numérisé non relu

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muette comme dans une sorte d’hébétude et d’anéantissement, ou bien elle répondait par oui où par non. Quand on lui demandait si elle avait commis telle faute, c'était toujours oui, Ainsi, un jour il manquait un livre de classe, l’institutrice accuse Marie de l'avoir pris, celle-ci l'avoue, et on lui demande ce qu’elle en a fait : elle répond qu’elle l’a déchiré et qu’elle en a mâchonné les feuillets. On l'en punit par une douche, l'enfant supporte tont sans se plaindre, sans témoigner de colère.

A mesure qu’on put l’étudier, on reconnut qu’elle était hbypocrite et sa dissimulation calculée et fixe. Elle témoignait de l'affection à ses supérieures, elle les embrassait, faisait de faux rapports sur ses camarades ; mais elle n’avait pas d’affection vraie, réelle pour personne ; elle obéissait mais n'avait point de dévouement.

Le besoin de sucer le sang ne se faisait pas bien sentir ; on lui confiait de petits enfants dont elle aurait pu facilement sucer le sang. Quand une de ses camarades se piquait ou se coupait, elle n’en-éprouvait aucune impression, et quand on le lui faisait remarquer, elle répondait avec empressement : « Oh oui ! j'aime bien le sang ! » Mais il était facile de voir que c'était feint, que c'était un devoir et non un bonheur pour elle.

Elle était détestée, à cause de son hypocrisie, de toutes ses compagnes, elle n’avait pas de camarades, elle n'avait d’abandon pour personne, aimait à rester seule, mais se rendait utile au ménage, et en classe, son intelligence la plaçait à la tête des autres enfants de son âge ; elle devint moniteur, et, après dix-huit mois de séjour dans la division, elle obtint le prix de bonne conduite. C’est depuis cette époque que nous la connaissons. La petite Marie avait à cette époque un peu plus de dix ans, sa taille était de 1 m.2925, ses muscles étaient grêles, elle avait peu d’embonpoint. Ses téguments étaient d’un rose pâle, son maintien composé, son air réservé et froid, son habitus extérieur n’est pas d’une petite fille de son âge... Les organes des sens fonctionnent régulièrement, de même que les appareils de la vie végétative.

Les facultés intellectuelles sont développées comme chez les enfants les plus intelligents de son àge ; elle est agile, adroite, légère à la danse, souple et active à la gymnasti ue. Toutes ces qualités physiques et intellectuelles manquent cependant

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de sentiment et de grâce; cette petite fille est toujours sombre et inquiète, froide et insensible à tout ce qui ne touche pas sa petite vanité ou son amour-propre. Élle ne fait d’ailleurs d'autre mal que de rapporter de faux propos sur ses compagnes, en feignant un grand étonnement ou la soumission à ses supérieures. Mais elle ne montre ni colère ni emportement ; elle ne vole pas, quoiqu’elle se laisse toujours appeler voleuse et buveuse de sang. Pour avoir une certitude plus grande de ce que nous venons d'avancer, nous convenons avec l’institutrice de cacher un livre et d’accuser Marie de l'avoir volé et déchiré. Celle-ci convient, en effet, qu’elle l’a pris et anéanti. En lui montrant le livre intact et en lui prouvant qu’elle ne la pas volé, elle persévère dans son dire néanmoins, avec entêtement, soutenant que ce n’est pas le même, et finit par conserver le mutisme absolu.

Jamais, depuis lors, pareille scène ne s’est renouvelée ; cette jeune fille n’a mérité que de l’encouragement dans sa bonne voie et des éloges pour sa conduite. Un jour rnême, en juillet 1853, à la veille de faire sa première communion, à cette époque solennelle où la conscience se dévoile dans toute sa nudité, Marie avoue à l’institutrice que sa belle-mère la maltraitait, que son père la frappait souvent pour lui faire dire qu’elle voulait tuer sa belle-mère et sa sœur, qu’elle avait besoin de sucer du sang; mais Ce n’est qu'un aveu extorqué dans un moment solennel, aveu qu’elle désavoue le lenlemain et qu’elle n’a jamais voulu confesser. Elle avait frémi en le faisant. L'habitude contractée sous l'influence de la terreur semble être devenue une loi naturelle.

Le père qui est resté plus d’un an sans voir son enfant qu'il prétendait tant aimer, le père qui n’est même venu la voir qu'après avoir reçu plusieurs avis de l'administration, feint au dire de tous les spectateurs de faire des caresses à sa fille. Sa visite ne produit pas sur celle-ci cette douce impression, ce bonheur si naturel à un enfant qui n’a pas vu son père depuis longtemps. À la seconde et dernière visite, alors que le père reprend son enfant d’après l’ordre de l’administration, linstitutrice à laquelle il témoigne de la reconnaissance pour le changement qu’elle a opéré chez sa fille, lui répond que Marie a toujours été une élève douce, obéissante et intelligente,

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