OBSERVATION XXIV
Aberration du sentiment chez une jeune fitle de neuf ans.
(Schnœæpf. — Th. Paris, 1855. — Moreau, de Tours; loc. cit.).
G... Marie, est placée à la Salpétrière le 28 février 1852 avec le certificat suivant : âgée de neuf ans et demi, elle est atteinte de délire partiel datant de dix-huit mois, ayant débuté soudainement pendant la nuit. Dès lors, insomnie, désir de commettre un meurtre pour boire le sang, besoin de déchirer et de détruire. Pas de commencement d'exécution si ce n’est qu’elle cachait un couteau pour tuer sa sœur. Maigreur, céphalalgie, chutes la nuit, émissions involontaires d'urine, pas d'accidents nerveux, pas de maladies antécédentes. — Signé : Lassèguc.
Cette enfant ressemble physiquement à son père. L'extérieur! de ce dernier est froid, méCnant, son œil vif et intelligent n'a: * rien de tendre, sa parole est brève et sévère, son visage terne et maigre ; ses cheveux sont bruns, sa taille petite, ses membres grèles et les téguments qui les recouvrent d’une pâleur livide. Ses gestes sont décidés, ses mouvements prompts; il supporte difficilement les contradictions, est irrascible, emporté, dissimulé. La mère de cette petite fille est morte des suites de couches et le père a pris une seconde femme. Il accuse la première d’infidélités ; aussi il n’a jamais témoigné d'affection à l'enfant qu’eMe lui a laissé. Une tante maternelle prend soin de celle-ci et l'élève dans de bons principes jusqu’à l'âge de sept ans. Depuis son retour sous le toit paternel, Marie supporte les tracasseries, la mauvaise humeur de sa belle-mère et le caractère impétueux d’un père indigné qui veut venger sur l'enfant une fauté dont il croit que la mère a été coupable.
Toutes les caresses sont pour les enfants du deuxième lit; les mauvais traitements, les coups, les reproches sèvères sont
le partage de Marie. Elle conéerve un fond de tristesse et de Chagrin, elle dépérit, elle maigrit; les voisins souvent attendris par leë cris et les gémissements étouffés de cette pauvre enfant, adressent au commissaire de police une plainte contre les parents.
Le magistrat interroge le père qui lui apprend que cette petite fille est douée du naturel le plus perverti, qu’elle ne témoigne d'affection à personnc, qu’elle insulte sa belle-mère, qu’elle la menace de la faire mourir ainsi que sa petite sœur, issue du deuxième lit, et que les punitions les plus sévères ne pro-
- duisent point de changement. De nouvelles tentatives devront être essayées pour faire éclore des sentiments affectifs dans l'âme de la petite fille et pour corriger ses mauvaises impul- Sions.
Les parents se plaignent aux voisins des mauvaises disposisitions de leur fille; ils lui imputent les faits les plus monstrueux ; la petite Marie jette l’effroi dans sa famille ; elle veut couper sa belle-mère en morceaux pour sucer son sang; elle veut couper latète à une petite sœur; elle a un besoin de sucer le sang humain ; elle détruit ce qui est à sa portée ; elle déchire ses vêtements et ceux de ses parents ; il faut la tenir attachée pour l'empêcher d'accomplir ses sinistres projets. Cette enfant ne sait ni lire, ni écrire ; au lieu d’aller à l’école, dit le père, elle va jouer avec les petits garçons. Cest un monstre affreux sous les dehors de la douceur et de la résignation.
Le commissaire de police intervenant, une. seconde fois, après de nouvelles plaintes de la part des voisins, trouve l’enfant attachée au pied d'un lit. Il l'interroge : elle avoue qu’elle voudrait tuer sa belle-mère pour sucer son sang, qu’elle en ferait autant de sa petite sœur parce qu’elle est aimée plus qu’elle ; que préoccupée de ses idées de meurtre elle ne dort ni jour ni nuit; que briser, casser, déchirer est devenu pour elle un besoin. C'est pour éviter ces malheurs qu'on l’attache, etc... Un procès-verbal est dressé de tout cela et la petite fille est placée à la Salpétrière.
Nous apprenons des gens de service, qu’à son entrée cette enfant était maigre, pèle, que Son corps était couvert de contusions, que son visage sombre exprimait linquiètude, la fraveur ; qu’elle baissait les yeux quand on lui parlait, restait