D. = voit passer la main 0 m. 10 centim
O0: G. — 1/3 Sa.
Les réflexes lumineux et aécommodaleurs sont conservés à gauche ; ces mêmes réflexes existent à droite, mais ils sont incoordonnés. Les yeux sont emmétropes. Pas de lésions ophtalmoscopiques. Cet enfant voyait très bien, jusqu’à il y a six semaines. À cette époque, il se plaint, un matin, d’avoir reçu quelque ordure dans l’œil droit, qui était rouge et pleurait un peu. Mais ce n’est que depuis dix jours environ qu’il n’y voit plus rien.
Pas d’antécédents personnels, sauf des vers intestinaux à l’âge de 6 ans, avec accès fébriles. Pas de syphilis ni de tuberculose dans la famille. L'enfant n’a jamais ressenti ni céphalés, ni vertiges, ni diplopie,; le père de l'enfant, qui l'accompagne, n’a pas remarqué de changementdu caractère. Le père et l’enfant affirment énergiquement qu'on n’a mis aucun collyre dans lœil maläde.
A défaut d'explication plus plausible, on fait un diagnostic d'attente : amblyopie réflexe par vers intestinaux et on ordonne de la santonine et du calomel. Nous donnons rendez-vous au père dans trois jours : l'effet du médicament devait servir de pierre de touche à la justesse du diagnostic.
94 décembre. — L'état de la vue est resté le même. L'enfant affirme même ne plus voir passer la main à 0 m. 10 cm. Le Dr Fieuzol songe alors à la simulation possible et fait faire l’examen par les verres colorés.
L'épreuve de Stilling révèle qu’il voit de l'œil droit. Cette épreuve a dû être recommence plusieurs fois et il a fallu user
Lu SRA NT
d'artifice (cacher les verres au moment où on les portait devant l’œil) pour arriver à ce résultat. L'enfant se doutant, en effet, qu'il ne devait lire que la série de lettres teintées d’une même couleur, a réussi à nous tromper deux fois.
Restait encore à expliquer la mydriase. A force d’insistance, nous apprenons enfin par le père qu'un médecin de la Barre a été consulté il y a quinze jours et a ordonné des frictions au pourtour de l’œil avec une pommade à la vératrine.
Le Dr Fieuzol apprend au père que son enfant simule. Le père est consterné d’abord, mais bientôt après il entre en fureur... contre les médecins de la clinique, qui se moquent de lui, dit-il : il n’est pas possible que son enfant, qui est travailleur, qui occupe le second rang dans sa classe, le trompe. Il nous refuse de laisser examiner son enfant plus longtemps.
Aussi nous a-t-il été impossible de compléter l'examen sur certains points. Quant à l’enfant, voyant sa supercherie découverte, il se mit à pleurer.
Cependant, il nous a encore été possible de relever les points suivants :
L'enfant ne présente pas d’anesthésie de la face ; il n’existe pas non plus d’anesthésie pharyngienne. L’acuité auditive est égale des deux côtés.
La mère serait bien portante et sans tare nerveuse.
Le père nous à paru mal équilibré. En outre pendant que nous cherchions à lui faire comprendre la méthode qui nous permettait d'affirmer la simulation et que nous essayions dans ce but sur lui-même lés verres colorés, nous avons pu nous assurer qu’il était lui-même atteint d’une dyschromatopsie assez marquée pour le vert et le rouge.
En résumé, l’enchaïnement des faits était vraisemblablement le suivant : l'enfant est atteint d'une conjonctivite légère de l'œil droit, qui se prolonge durant un mois environ. Le médecin est consulté alors et ordonne des frictions à la vératrine. La vératrine agit aux bout de quatre où cinq jours, produisant de la mydriase et la chute de l’accomodation, de ce fait, il survient un trouble très marqué dans la vision de près des images par l’œil droit. Cest ce trouble, très réel, qui attire l'attention d’un enfant à la sensibilité délicate, peut-être mal:dive, et qui, exagérée par son imagination, devient de l’amblyopie.