‹ Contribution à l'Étude des Manifestations Cutanées d'origine nerveuse et mentaleChapitre 11 sur 16 · LA PEAU DANS LES PSYCHOSES ET DANS LES NEVROSES · texte numérisé non relu

LA PEAU DANS LES PSYCHOSES ET DANS LES NEVROSES

Les manifestations cutanées sont relativement fréquentes au cours des maladies mentales et des névroses. Ces manifestations peuvent se ranger shématiquement en deux catégories :

1° Les processus cutanés déterminés par l’état mental ou Dermatoses Psychogènes ;

2° Les processus cutanés dus à la même cause que la maladie mentale et pouvant coexister ou alterner avec elle : ce sont les Psychodermatoses de JAUSION, CHAMPSAUR et GIARD.

a) LES DERMATOSES PSYCHOGENES

On a pu montrer expérimentalement que la suggestion peut notablement influencer les réactions cutanées. Ainsi DIEHL et HEINICHEN ont pu faire augmenter ou diminuer à volonté des papules urticariennes chez des malades en hypnose. SCHILF et FELDBERG ont montré aussi que la réaction cutanée à l’Histamine variait d’intensité suivant l’état psychique émotionnel du sujet. De

semblables constatations ont été faites par nous dans notre Observation N° I.

Nous avons déjà vu que l’émotion peut créer des modifications cutanées qui sont normalement de l’ordre de la pâleur et de la rougeur, mais qui, dans des conditions pathologiques, peuvent aller beaucoup plus loin : urticaire, herpés, eczéma, etc.

Parmi les créations cutanées du psychisme, un grand nombre furent considérées autrefois, et le sont encore aujourd’hui par beaucoup, comme des faits de simulation. Nous y reviendrons dans un instant pour discuter le rôle de celle-ci dans les dermatoses psychogènes. En attendant, il nous est indispensable d'admettre que certains hystériques peuvent présenter des lésions cutanées souvent fort complexes dans lesquelles la simulation ne joue aucun rôle. On a ainsi décrit des ulcérations cutanées, des éruptions variées, des hémorragies, des phylctènes, des sclérodermies, etc ; (BOLTEN, BUNNEMANN, SCHAMUILOW, anciennement KRAFFT EBING). On se souvient de cette expérience de KRAFFT-EBING qui a suggéré à une de ses malades en hypnose qu’elle serait marquée par une lettre de l’alphabet en papier qu’il a imprimé sur sa peau, en lui faisant croire que c'était un fer rouge. Or, la forme de la lettre est restée marquée sur la peau de la malade sous l’aspect de vésicules.

On a beaucoup étudié à ce point de vue les stigmatisés. Ces sujets présentaient sous forme d’ulcérations, de lésions hémorragiques, ou de vésicules, les plaies du Christ. Or, tous les vendredis ces plaies se mettent à saigner ou à suinter (cas de Thérèse NEUMANN).

Il nous a été donn“ à observer un cas assez curieux à cet égard qui peut donner quelques éléments d’une explication (Observation N° 2). Chez notre malade qui, à la suite d’une tentative de suicide par un barbiturique, a présenté une éruption toxique, cette même éruption est revenue alors qu’il tentait encore de se suicider, mais, cette fois-ci, en s’ouvrant les veines.

Il nous faut immédiatement mentionner une hypothèse qui pourrait être soulevée mais qui n’est pas la nôtre. Il est, en effet, possible que l’éruption scarlatiniforme observée au cours de l’intoxication gardénalique ne soit pas un accident toxique proprement dit, mais un phénomène biotropique. Dans ce cas, rien d’étonnant à ce qu’un choc émotif :cveille le même biotropisme.

En confrontant notre observation avec d’autres assez semblables trouvées dans la littérature, (nous en avons reproduit une pour montrer les analogies : c’est l’observation N° ID), nous sommes arrivés à une explication assez différente.

Nous croyons que tous ces accidents sont basés sur le mécanisme du réflexe conditionnel. METALNIKOV a montré que ces réflexes, que l’on croyait n’intéresser que la sphère toute supérieure de l’activité mentale peuvent atteindre les plus grandes profondeurs de celle-ci. On peut produire de l’immunité, des modifications humorales, etc. à l’aide de réflexes conditionnels.

Il n’y a alors pas de raison que des manifestations cutanées ne puissent se produire par ce mécanisme. Dans le cas, relativement simple, de notre malade, l’idée de suicide était associée à celle d’une éruption, le suicide était

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en quelque sorte conditionnel d’un érythème scarlatiniforme. Une nouvelle tentative devait donc reproduire le même phénomène. Pour les stigmatisés, le réflexe conditionnel s'établit sans doute par suggestion. La contemplation mystique, la méditation sur les plaies du Christ, tout comme la lettre découpée en papier de KRAFFT-EBING, peuvent donner naissance à de véritables lésions cutanées qui évoluent ensuite selon le cycle de la Passion, cycle imposé par la suggestion qui identifie en quelque sorte la personne du stigmatisé avec celle du Christ.

b) LES PSYCHODERMATOSES

La notion de Psychodermatose, créée récemment par JAUSION, CHAMPSAUR et GIARD, est basée sur l’étiologie allergique de certaines maladies mentales. Cette étiologie est surtout applicable à la psychose périodique dont les crises se produisent bien à la suite d’un choc, tout comme l’asthme, l’exzéma ou l’urticaire.

Dans le cas de psychodermatoses deux cas cliniques sont à envisager :

a) L’alternance de la psychose avec la maladie de la peau ;

b) La coexistence des deux ordres de faits.

L’alertnance de la psychose dépressive avec l’urticaire, l’eczéma, certains prurits et dans l’ordre des maladies allergiques non infectieuses, avec l’asthme, la migraine, le rhume des foins, etc., est chose connue. Il est à noter que même lorsqu'il n’y a pas alternance, la survenue d’un

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urticaire au cours de l’angoisse, calme cette dernière. C’est ce que nous avons observé dans notre Observation N° I.

La coexistence de la psychose et de la dermatose:est plus rare. C’est là que JAUSION parle de véritables métastases psychiques. Pour cet auteur le type de la psychodermatose est constitué par la PELLAGRE. II signale dans le même ordre d'idées l’eczéma, l'acné, le psoriasis, les parakératoses, etc.

Il nous reste à envisager un problème qui obscurcit singulièrement la question des manifestations cutanées psychiques. Un grand nombre d’auteurs sont persuadés que presque toutes, sinon la totalité des manifestations cutanées psychiques, sont la conséquence de la simulation. Tel est l’avis de MAYR, de BOTTOLI, etc.

L'existence de la simulation ou, tout au moins, de l’exagération de la maladie est incontestable dans un certain nombre de cas. Notre Observation N° IV nous paraît à cet égard fort instructive. Nous croyons que presque toujours le début du phénomène cutané est spontané, né sous l'influence d’un processus nerveux ou sous celle de la suggestion. Nous avons vu que la suggestion pouvait donner naissance à des lésions cutanées d’une authenticité incontestable, Une fois la lésion constituée, comme l’écchymose dans notre Observation, il arrive très souvent que le malade l’entretien par des procédés divers.

Ce qu’il faut considérer également, c’est que le fait de la simulation fait partie intégrante de la maladie.

KRONFELD a observé, en effet, des cas de gangrène ou de pemphigus hystérique, dans lesquels la pathomimie a joué un rôle incontestable, s’améliorer par la psychothérapie. Le fait de simuler est déjà un symptôme de la maladie.

D'un autre côté, il est évident que les affections cutanées simulées des névropathes sont beaucoup moins intéressantes pour les rapports de la peau et du psychisme. Nous croyons cependant avoir apporté, dans les pages précédentes, quelques exemples qui montrent bien les rapports étroits qui existent entre les deux systèmes.

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