PREMIÈRE OBSERVATION
M. Jean, 15 ans.
C'est un jeune garçon, qui est en traitement pour une grosse émotivité. Ses réactions émotives sont exagérées au point de lui rendre difficile toute sortie. Le fond de son état semble congénital, mais s’est beaucoup exagéré depuis qu'il à failli périr dans un incendie.
La moindre émotion (appel de son nom dans le dos ; coup de sonnette inopiné ; le passage d’un camion dans la rue faisant trembler un peu les fenêtres, etc.), se caractérise par
Une accélération du pouls qui de 80 arrive à 120-140, puis en deux ou trois minutes non seulement revient à la normale mais descend jusqu’à 60 et même 56 ;
Une hypotension artérielle, pouvant aller jusqu’à la syncope ;
Des phénomènes cutanés que nous allons étudier en détail.
Au moment de l’émotion, presque toujours on voit apparaître d’abord une pâleur extrêmement fugace de la face. A cette pâleur succède rapidement une rougeur
nat
diffuse. Cette rougeur, comme nous avons pu nous en convaincre, ne reste pas localisée à la face, mais envahit le cou, la partie supérieure de la poitrine et du dos, une partie des membres supérieurs, en particulier l’extrémité de ceux-ci. Quelques minutes après l’apparition de la rougeur, celle-ci tend à diminuer mais on voit sortir alors de larges plaques urticariennes, surélevées, de contours irréguliers. Elles donnent lieu à une sensation de cuisson au début, puis deviennent franchement prurigineuses. Cette réaction urticarienne dure de une à deux heures puis s’atténue progressivement. Elle atteint le même territoire que l’érythème du début.
Au cours d’un certain nombre de ces petites crises émotives nous avons étudié les réactions cutanées de notre malade. Le fait le plus frappant nous sembla être l’énorme exagération du dermographisme pendant les crises. Alors qu’au repos ses réactions semblaient à peu près normales, lors d’une petite crise émotive, le malade a présenté un dermographisme intense et persistant, même au niveau de la paroi abdominale ou de la face antérieure de la cuisse, c’est-à-dire en dehors du territoire frappé par l’urticaire spontané. Nous avons constaté également que la réaction cutanée à l’histamine était plus intense et plus étendue pendant les crises qu’au repos. Mais là les différences sont moins nettes.
Au point de vue thérapeutique, malgré de multiples essais, deux médicaments seuls ont semblé modifier quelque peu les crises de notre malade : le gardénal semble avoir atténué globalement les réactions en élevant le seuil de l’émotivité et l’extrait de lobe postérieur de l’hypophyse
rs
qui paraît avoir une action élective sur les réactions cutanées.
Quand le malade était sous l’influence du gardénal, des excitations qui auraient dû déclancher une crise restaient sans effet. Des excitations un peu plus fortes arrivaient à déclancher une crise à peine moins intense que d’habitude. Par contre, avec l’hypophyse le senil des excitations ne semble pas s’être modifié. Ce qu’on observait c’est l'absence de la réaction urticarienne. Souvent tout s’est borné à un érythème diffus durant quelques minutes, alors que sans médicament la réaction urticarienne était la règle.
D’après les renseignements que nous avons pu avoir, l’état du jeune malade s’est beaucoup amélioré depuis un an et actuellement ses réactions émotives ont beaucoup diminué d’entensité et de fréquence.