ET
che ascendante et continue de la paralysie, le malade, effrayé, s'était transporté à l'Hôpital civil de Mustapha où il arrive le 29 juillet et nous l’examinons le lendemain matin.
On se trouve en présence d'un malade dont l'état général est sérieusement touché et qui est atteint d'une paralysie flasque des membres inférieurs et du trone : lé malade est, en effet, incapable de faire le moindre mouvement dans les membres inférieurs, la flexion et l'extension du trone sont aussi impossibles, le malade reste absolument immobile dans son lit, l'abdomen est {rès météorisé, la constipation absolue, il existe aussi de la rétention d'urine. Déjà les mains s’engourdissent et deviennent malhabiles, la respiration commence à être gênée el le malade qui se rend compte de la gravité de son état, nous interroge anxieusement sur le sort qui lui est réservé.
Les masses musculaires sont flasques et amaigries sans atrophie localisée ; les réflexes cutanés et tendineux sont abolis dans les territoires paralysés, seuls les réflexes plantaires persistent, mais se produisent en extension des plus nettes. Anesthésie complète au tact, à la piqûre, à la chaleur jusqu’au niveau d’une ligne passant à peu près par la pointe sternale. Fait remarquable, la sensibilité profonde (sensibilité musculaire et osseuse) est conservée ; le malade a nettement la sensation de la position de ses membres et les mouvements passifs qu'on leur imprime sont nettement perçus et correctement interprétés. Les veux ne présentent rien d’anormal ; l'intelligence est intacte ; la rate n’est porceptible ni à la palpation, ni à la percussion (le météorisme abdominal rendant particulièrement difficile Fexamen de cet organe) ; le foie et le cœur sont normaux, pouls régulier à 75 ; les urines de densité normale ne renferment ni sucre, ni albumine, ni plomb ; pas de température. Tel est l’état de notre malade le 30 juillet.
Le lendemain 31, septième jour de la maladie, à notre grande surprise, nous constatons une légère amélioration, le facies est meilleur, la sensibilité au contact semble revenir ; on pratique une ponction lombaire qui donne issue à un liquide d'apparence normale, ce liquide ne renferme
Er
pas de microbles, ni à l'examen microscopique direel, ni après sa mise en culture (1) ; il ne contient pas de trace de plomb, mais il existe une réaction lymphocytaire des plus nettes.
Le 1% août, l'amélioration est manifeste ; de légers mouvements volontaires sont esquissés dans la jambe gauche ; la rétention d'urine a disparu ; la sensibilité à la piqûre reparaît ; le malade sent jusqu'au niveau de l’ombilie, le météorisme a diminué ; le malade a peu de fièvre et se plaint de légers maux de tête.
Le 2 août, le malade réussit à détacher sa jambe gauche du plan du lit et à remuer ses doigts de pieds ; du côté droit, une légère adduction et une légère abduetion de la cuisse sont permises. Le malade peut s'asseoir sur son lit ; la sensibilité à la piqûre et au tact à reparu dans les mem bres inférieurs ; le réflexe rotulien réapparaît dans la jambe gauche.
Le 3 août, le retour à la sensibilité est complet ; le réflexe rotulien a reparu des deux côtés, abolition de tous les autres réflexes, persistance du signe de Babinski des deux côtés.
Le 5 août, vers midi, subite poussée de fièvre avec violents maux de tête sans frisson ni sueurs, le thermomètre accuse 39°8 dans l’aisselle, apparition d'herpès naso-labial. Le malade ayant eu antérieurement des accès de paludisme semblables à celui-ci, on prend plusieurs lamelles de sang dont l'examen a été fait après coloration au Giemsa ; on y trouve de nombreuses formes amiboïdes intra-globulaires d'hémalozoaires. Le malade nous apprend, en outre, que c'est un accès semblable qu'il avait ressenti le jour même du début de sa paralysie. À partir de ce jour, on donne au malade un gramme cinquante de quinine par jour en 6 cachets de 25 centigrammes espacés dans la journée, pendant trois jours.
Le 7 août, la paralysie continue à rétrocéder ainsi que
(4) Toutes les recherches de laboratoire ont faites par le D' Lemaire médecin des Hôpitaux.
les phénomènes sensitifs ; le signe de Babinski persiste des deux côtés ; la paralysie intestinale a spontanément disparu ; la rate est nettement perceptible à la palpation.
Le 8 août, l'état général est très amélioré et le malade demande déjà à sortir.
Le 17, le signe de Babinski, seul vestige de l'affection, disparaît à gauche ; il persiste encore à droite, mais il disparaît le lendemain 18.
Le 20 acût, le malade, guéri, est parti de l'hôpital marchant seul sans qu’il ait été possible de le retenir.