INTRODUCTION
Bien que les résultats de LAGERCRANTZ aient représenté un très gros progrès par rapport à ceux de ses devanciers, ils n’offraient pas un pouvoir de résolution suffisant ; aussi, nous basant sur ses travaux et sur nos expériences antérieures, avons-nous cherché à améliorer sa méthode, en dirigeant nos efforts sur deux points particuliers :
l’un de l’autre dans le thermostat, donc sensiblement à même température, les variations de petite amplitude de cette dernière doivent être sans action appréciable sur l’équilibre du pont.
20 Nous avons procédé à une étude pratique et théorique du pouvoir de résolution, et avons pu l’accroître grâce à certains dispositifs auxiliaires, qui nous ont permis de faire correspondre un point d’inflexion sur le diagramme conductimétrique à chaque ménisoue visible sur le diagramme optique.
Néanmoins, il semble bien que, quel que soit le degré de perfection atteint par un diagramme conductimétrique de ce type ; les points d’inflexion en sont des éléments difficilement décelables ; la décomposition en courbes élémentaires relatives à chaque constituant, l'équivalent de la décomposition en courbes de Gauss d’un diagramme optique, est pratiquement malaisée. Aussi, nos derniers travaux ont porté sur le tracé de diagrammes conductimétriques dits « dérivés », et nous ont fourni des résultats comparables à ceux de l’optique.
DisPOSITIFS EXPÉRIMENTAUX
Fig. 11. — Diagramme conductimétrique obtenu par LAGERCRANTZ
avec un sérum humain normal à 2 % (en-dessous, le diagramme optique).
19 L’inconstance de température de sa cellule ne lui permettait que d’exploiter très incomplètement les possibilités de son appareillage électrique de haute précision ; en effet, pour obtenir une conductance avec une précision de 0,01 %, il faut une stabilité de température de l’ordre de 0,01°C, pratiquement irréalisable dans un thermostat d’Électrophorèse. Nous avons pensé réduire considérablement ce facteur perturbateur en remplaçant la résistance étalonnée du pont de mesures par une cellule de conductivité de type classique, de constante voisine de celle des électrodes de la cellule d’Électrophorèse, et remplie de la solution tampon ; ces deux éléments, montés en opposition, remplis de liquides de coefticients de température voisins, placés à proximité
Réalisation d’une cellule spéciale
Constitution de la cellule. — Notre cellule affecte la forme d’un tube en U en glaces collées, à branches inégales, dont l’une, longue et plate, est destinée aux mesures. La connection avec les vases à électrodes est assurée par des rodages sphériques normalisés. La face externe de la branche d’expérience est percée de rodages coniques, pour recevoir divers accessoires ; l’autre face porte un rodage conique, épaulé par une collerette. La partie supérieure comporte un petit compartiment isolé, percé de trois rodages, servant à constituer, suivant les besoins, la cellule à conductivité auxiliaire.
Considérant les rodages à partir du bas, nous trouvons un premier tube capillaire (diamètre interne
appareillage.
nsemble de l
& ÉTUDE DES MESURES DE CONDUCTIVITÉ DANS L’ÉLECTROPHORÈSE DES PROTÉINES 15
0,5 mm.) débouchant au ras du fond de la cuve, et destiné à y introduire la protéine. Les deux tubes capillaires suivants (diamètre 0,3 mm.) permettent de constituer une surface de séparation à deux niveaux différents, celui du bas, en vue d’électrophorèses montantes longues, et celui du haut, en vue de séparations montantes rapides et de séparations descendantes. Nous trouvons ensuite, face à face, des emplacements pour les électrodes de mesure, que nous
décrirons bientôt. Enfin, le compartiment supérieur.
présente en regard deux rodages porte-électrodes, le troisième servant à fermer de façon étanche.
Le reste de la verrerie ne présente rien de particulier vis-à-vis d’un ensemble classique. L’un des vases à électrodes peut être mis en relation avec le tube auxiliaire, où l’on suit le déplacement de la colonne liquide lors de la compensation. Les électrodes amenant le courant continu sont en toile d’argent chloruré, l’anode baignant dans du KCI en solution saturée, pour éviter les dégagements gazeux.
Fixation des électrodes. — L’agencement des électrodes de mesure représente une part considérable du travail de mise au point.
Longtemps, nous avons utilisé des tubes de verre rodés, dans lesquels les électrodes étaient mises en place dans un bouchon de liège ; après platinage et chauffage au rouge, une cire était coulée de manière à affleurer leur surface sans la souiller ; la saillie à l’intérieur de la cellule était minima. Mais nous avons été amené à penser que des infiltrations se produisaient entre leur face interne et la cire, ce qui entraînait une modification de leur constante ; de plus, une solution d’une certaine composition qui s’était infiltrée à un moment donné, pouvait ensuite diffuser dans des couches nouvelles et affecter les mesures.
Nous avons donc abandonné cette disposition d’électrodes collées à la paroi, à laquelle LAGEr- CRANTZ semblait pourtant avoir attaché beaucoup d'importance. Il ne nous a pas paru prohibitif de faire saillir nos micro-électrodes au sein même de la colonne liquide : les surfaces de séparation n’en sont pas affectées, au regard d’un minutieux examen du diagramme optique en cours de compensation, à la vitesse à laquelle est opérée cette compensation.
De façon à minimiser encore les infiltrations possibles à la base des électrodes, nous les avons enserrées dans une perle de verre, ce qui assurait la permanence de la surface utile plongée au sein du liquide (cf. fig. 13, ID).
Cependant, des faits plus graves se produisaient : au bout d’un certain temps, le ciment fusible se décollait de la paroi de verre, et la porte était ouverte
à de larges infiltrations dans le tube-sonde. Une expérience simple nous convainquit que la cause de cet accident résidait dans le brusque abaïssement de température au moment de la mise dans le thermostat. Une plus grande souplesse du ciment ne pouvait être obtenue qu’au prix d’une plus grande aptitude à la déformation lente, et un compromisapparaissait difficile.
Fig. 13.
Nous avons alors eu recours à des tubes-sondes en plexi-glass, qui furent finalement adoptés. Initialement nous y introduisions par perçage à chaud nos fils de platine, qui s’y trouvaient en quelque sorte scellés, mais l'opération était assez aléatoire, et nous devions compléter l’obturation en coulant du plexigum. L'ensemble ainsi préparé était mis à l’étude pendant au moins 24 heures ; mais il fallait doser convenablement le plexi-gum pour éviter le ramollissement du plexi-glass, qui acquérait alors la consistance du caoutchouc.
Actuellement, nous perçons le plexi-glass de part en part à un diamètre légèrement supérieur à celui de la perle de verre enserrant les électrodes ; l’ensemble est introduit dans le trou, et maintenu en place par un ciment consistant en du talc aggloméré et intimement pétri avec un vernis au polystyrène. Après une journée complète à l’étuve, on arase soigneusement la surface au pied des électrodes, et y applique successivement plusieurs couches de ce vernis, avec séchage à l’étuve entre chaque couche. L'ensemble est parfaitement étanche; la perle de verre, dépassant légèrement, assure la définition nette du pied des électrodes, qu’il est commode de chauffer rapidement au rouge avec un minuscule chalumeau avant le platinage.
Nous examinerons en détail la structure même des électrodes au cours de l’exposé de nos méthodes de mesure successives.
NOTES SUR QUELQUES PROCESSUS EXPÉRIMENTAUX Il nous paraît essentiel d’insister sur des détails
expérimentaux qui ont une grande importance pour la bonne marche des expériences.
16 JEAN VERGNOLLE
Remplissage. — Le remplissage de tout l'appareil avec la solution tampon est effectué une fois rempli de protéine et débarrassé de bulles d’air le tube débouchant au bas de la cuve : on obtient ainsi dès le début de la montée de la protéine un front net.
Une fois le ménisque arrivé au niveau du capillaire où l’on se propose de le parfaire, la meilleure méthode consiste, les niveaux dans les entonnoirs des vases à électrodes étant égalisés, à ouvrir leurs deux robinets et à faire écouler le liquide par le capillaire ; on obtient ainsi la finesse maxima, mais nous avons finalement préféré opérer de la façon suivante : si l’électrophorèse doit être montante, on fait écoulerpar le capillaire en laissant monter la protéine, et le ménisque se forme à quelques dixièmes de millimètre au-dessus ; si l’électrophorèse doit être descendante, il est préférable, une fois la surface de séparation montée au-dessus du capillaire, de fermer l’arrivée de protéine, et d'ouvrir le robinet d’entonnoir du vase à électrode correspondant pour faire écouler par le capillaire ; le ménisque se forme alors un peu en dessous. Les détails de cette procédure ont pour but de laisser le capillaire rempli d’une solution d’une composition voisine de celle de la couche liquide qui demeurera à son niveau au cours de l'expérience ; sinon, des extra-gradients peuvent prendre naissance.
Par ailleurs, si le déplacement de la surface de séparation au cours de sa formation s’est opéré trop rapi- ‘dement, les couches liquides voisines de la paroi ont suivi avec un certain retard, ce qui a pour effet d’étaler anormalement le ménisque au bout d’un certain temps.
Compensation. — Notons enfin que, lors de toutes nos expériences, la compensation s’est effectuée en faisant monter la colonne liquide par adduction de protéine, et en la faisant défiler devant les électrodes de mesure placées à la partie supérieure.