RÉSULTATS
Cela nous fait donc en tout trente-quatre observations de malades opérés par trois méthodes différentes. Au point de vue mortalité opératoire, notre statistique est blanche. Nous pouvons même dire que jamais il n’a été observé un état de shock pouvant faire craindre une issue fatale, ou tout au moins, inquiéter l'opérateur.
Les suites opératoires ont toujours été très simples, apyrétiques. Un seul de nos malades a évacué nn hématome dans les jours qui ont suivi l'opération. Jamais nous n'avons eu d'élimination de greffon. La fracture des apophyses épineuses n’est nullement une cause forcée de formation de séquestres, comme semble le dire Galvé (169) qui vit la chose se produire chez plusieurs de ses malades traités par la méthode de Hibbs. Il semble qu'une asepsie rigoureuse doit mettre à l’abri de ce genre d'accidents.
Trois de nos malades sont morts plusieurs mois ou plusieurs années après l'opération. Ce sont les malades des observations I-X-XIV. Le premier est mort deux ans après, alors que son résullat au point de vue vertébral semblait devoir être très bon. En tout cas, la cause de son décès est tout à fait indépendante de sa lésion et du traitement opératoire qui y avait été appli-
LT EoMS
qué, puisqu'il mourut des suites d’une encéphalite épidémique. Le deuxième succomba aux suites d'une tuberculose pulmonaire environ deux ans après l'interven- : tion. Déjà au moment de celle-ci, le malade présentait des symptômes de tuberculose pulmonaire au début, et c'est seulement sur son insistance qu'il fut opéré. On ne peut accuser l'intervention d’avoir accéléré la marche d’une lésion pulmonaire qui évolua encore pendant deux ans. Quant au troisième, il mourut cinq mois après d’un méningite tuberculeuse qui l'emporta'en dix jours.
Ce malade eut été opéré par la méthode de Hibbs, qu'on eut peut-être rendu la fracture des apophyses arti culaires responsable de cette complication (Creysel, 229) malgré son apparition tardive, mais justement chez ce malade (obs. XIV) on se contenta de fracturer les apo-
physes épineuses et de placer un greffon dans la gouttière droite, de sorte qu'on ne peut accuser l’opération d'avoir provoqué cette méningile mortelle qui d’ailleurs se déclara brutalement en pleine période de convalescence, alors que le malade commençait. à se lever.
Nous ne tiendrons pas comple des malades qui n’ont
pas été suivis régulièrement, Nous éliminerons également de cette statistique les opérés trop récents remontant à une année ou moins. Ce qui donne en tout 21 observations, puisque nous laissons volontairement de côté les trois observations de malades décédés plus ou moins tardivement, la méthode opératoire ne pouvant être rendue responsable de cette létalité.
Sur ces 21 malades, on compte 20 bons résultats, ce qui donne 95 % de succès. Un seul échec (obs. XL),
J. Gauchet n
LR
et encore est-ce là un véritable échec? puisque dans
ce cas la tuberculose vertébrale améliorée dans les mois qui ont suivi l'opération, a repris son évolution sur un terrain spécifique, chez une malade qu'il n’a pas été possible de traiter au point de vus spécificité. Il serait intéressant de savoir dans ce cas quelle est la part de la tuberculose, et quelle est la part de la spéci-
ficité, et ce qui serait advenu de la lésion si la malade.
avait voulu suivre un traitement régulier. Quoi qu’il en
soit, nous acceptons cet échec qu'il eut peut-être été
possible d'éviter chez une malade plus docile.
Il est maintenant intéressant de rechercher ce qui caractérise ces bons résultats. Chez tous nos malades, il y eut sédation rapide de la douleur et de la contracture musculaire, symptômes qui n'ont d'ailleurs pas réapparu lorsque le corset fut supprimé et la reprise
des occupations autorisée.
Ceite reprise des occupations fut toujours relative-
ment précoce et dans la classe pauvre, ce n'est pas là un médiocre avantage. En aucun cas d’ailleurs, sauf
peut-être chezle malade de l'observation XIX, qui vou- ‘lut reprendre trop tôt un travail trop pénible, il n'y eut à ce moment reprise de la douleur. C'est une chose que ne permet pas le traitement orthopédique, à cause
d'une part de l’immobilisation moins bonne qu’il réa
lise et de l’impotence qu'occasionne le port d'un corset.
. Dans aucun cas les gibbosités ne se trouvèrent dirai:
nuées, comme le prétend Albee. Nous ne voyons d'ailleurs pas bien par quel mécanisme un greffon réussi-
rail à redresser une gibbosité, qui est une lésion cons.
S'HnRee
tituée, et à peu près itréductible. Une malade (obs. XI1) nous signalé la disparition de sa gibbosité, mais il
s'agit d’une disparition plus apparenté que réelle, car
dans ce cas particulier il s'agissait d'une simple saillie : d’uue apophyse épineuse, qui se trouva au cours dé l'in:
tervention sectionnée et rabatlue sur la ligne mé liane commé les apophyses avoisinantes. En tout cas dans aucune de nos observations, il n’y eut pendant les mois qui suivirent augmentation nette de la gibbosité, ce qui
offre déjà un intérêt suffisant,
“Les abcès (obs. IH-IX-XX VII) semblent avoir été heu-
ne influencés par l'immobilisation apportée par-
le greffon. La malade de l'observation [IT à guéri rapidement son abcès, dans les semaines qui ont suivi l’in-
teryention. Lés signes cliniques ebradiographiques d’ab cès'de la fosse illiaque de la malade de l'observation IX
3 CE a , .
disparurent en quelques semaines, sans quil ÿ ait eu besoin dé le ponctionner. L'abcès de la région dorsale
dela malade de l'observation XX VIEIL, abcès bien carac-
térisé sur la première radiographie, se montre bien
Haihdé: à la suile d'un nouvel ekamen fait six mois
après. Une seule fois un abcès est apparu (obs. XIII) tardivement, 5 aus après l'opération ; nous avons donné
déjà les raisons probables de cet échec.
Les signes de compression de la mϾlle (obs. VII-
— XIX) furent améliorés, et chez la malade de l'observa-
tion XXVIIL, il ÿ eut disparition complète de la para-
plégie, et elle aie se lever cinq mois après l’interven-
tion.
En résumé, de l'examen de nos observations, il
résulte. que la mortalité opératoire est nulle. Nous laissons de côté la mortalité tardive, puisque non imputable à l'intervention. Les résultats sont bons, puisque toujours il y eut amélioration de la douleur, ce qui
prouve déjà que l’immobilisation créée par la greffe
était parfaite : les gibbosités ne furent pas influencées, mais n’augmentèrent pas ; dans trois cas sur trois, les abcès furent nettement améliorés, et dans trois cas sur trois également les troubles paraplégiques disparurent. | | ;
Nous ne voulons nullement tirer de ces constatations des conclusions certaines ; nous nous bornons à constater nos résultats, bien persuadés d'ailleurs qu'avec ces méthodes, comme avec les autres, il peut y avoir des échecs soit partiels, soit même complets.
Ces résultats, à notre avis, ne sont d'ailleurs que. la conséquence de l'immobilisation complète réalisée,mieux que par n'importe quel appareil orthopédique, par le greffon et le cal qu’il provoque. Y a:t-il un rôle autre que ce rôle mécanique ? Blanc y Fortacin (130) croit à
un processus biochimique qui agirait sur le foyer de.
tuberculose osseuse, plutôt qu'à l’action directe de l’im-
mobilisation. Même s'il était prouvé que ce processus
existe réellement, nous croyons que son rôle serait secondaire, l'immobilisation étant le facteur primordial des bons résultats. D'ailleurs, peut-être serons-nous fixés sur ce point d'ici quelques semaines, si réelle ment M. Roberston Lavalle arrive à fournir la preuve de la guérison des ostéo-arthrites tuberculeuses par les greffons placés à leur contact.