OBSERVATION V
(Patru : Revue médicale de la Suisse Romande, ?9 mai 1893)
Madame Marie G..., âgée de 62 ans, est reçue à la.clinique gynécologique le 18 février 1891. Ses antécédents héréditaires n’offrent à rélater qu'une mort par cancer du sein chez une tante.
Madame G... a eu 4 enfants : l'aîné a 45 ans, le çadet 28. Couches faciles, suites normales. Ménopause survenue à 48 ans, sans amener aucun trouble. Vie pénible d'ouvrière de campagne. Excellente santé habituelle.
Ily a5 semaines, madame G... s'est aperçue qu'elle avait des pertes,tantôt jaunâtres, tantôt roses, offrant une légère fétidité, sans que ce symptôme fut accompagné de douleurs, ni d'un. mauvais état général. Elle consulta pourtant un médecin qui l’envoya de suite à l'hôpital avec le diagnostic de cancer de l’utérus.
18 février 1891. On constate une forte irritation de la vulve et du vagin. Le col, atrophié, est dirigé du côté gauche. La lèvre antérieure est effacée ; la postérieure fait une légère saillie ; la muqueuse est rouge, saigne facilement. — L'utérus est mou, difficile à limiter, douloureux a la palpation bi-manuelle. Rien aux annexes. La cavité utérine, agrandie dans toutes ses dimensions, est longue de 8 centimètres. L'introduction de l'hystéromètre est douloureuse et donne issue à un mélange de pus et de sang, de mauvaise odeur, Le toucher rectal ne fournit aucun renseignement spécial.
20 février. Une petite curetle est introduite dans la cavité utérine et retire une certaine quantité du mélange de sang et de pus observé la veille. Irrigation intra-utérine de sublimé.
26 février. La cavité utérine s'est déjà considérablement rétrécie ; on y introduit avec peine une fine tige de laminaire.
27 et 28 février. On continue la datation
1% mars. On curette vigoureusement la cavité utérine que l’on tamponne ensuite avec une bande de gaze iodoformée. Ce pansement est renouvelé les jours suivants.
&, 5 et 6 mars. Injection intra-utérine de teinture ‘d’'iode pure.
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7 ne La malade quitte l'hôpital ; la suppuration est tarie.
Six semaines après, survient une récidive qui nécessite un nouveau curretage.
Dès lors, madame G... revient à peu près toutes les trois semaines ; le pus se forme assez rapidement. Des injections intra-utérines de sublimé, d'acide phénique, de teinture d'iode, ne paraissent pas avoir une influence très favorable. C’est le nitrate d'argent à 10 0/0 qui agit le mieux. La malade se fait à domicile des injections de propreté ; son état général se maintient bon. En octobre de la même année, on lui propose un nouveau curettage qu'elle refuse.
Nous allons la visiter dans son village en décembre 1892. Elle nous raconte que, depuis les traitements qu’elle a subis, ses pertes ont beaucoup diminué. Tous les 15 jours environ, se produit une petite débacle, une perte de plus, mélangé à du sang qui ne dure qu'un jour. Elle est suivie d’un sentiment de soulagement qui remplace celui de pesanteur dans le bas-ventre caractérisant la période de préparation. Le pus évacué est tantôt fétide, tantôt sans odeur. La malade n’en est pas autrement incommodée ; elle continue les injections. Son état général est bon; le teint est un peu jaune; elle n’a pas maigri et travaille comme par le passé : La guérison temporaire survenue et la grande amélioration actuelle permettent d'éloigner touteidée d’un néoplasme.