‹ Contribution à l'étude des métrorragies des jeunes fillesChapitre 19 sur 26 · PAR · texte numérisé non relu

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mode d’action, pense que « l'ovaire sécrète une substance qui agit sur le grand sympathique. A l'état normal, cette sécrétion a lieu surtout au moment de la ponte, périodiquement, et agissant sur les vaso-dilatateurs de l’utérus, déter-

mine le flux menstruel... »

On conçoit donc que des modifications de cette sécrétion

entraînent des perturbations de l’état général, des troubles du flux menstruel.

On arrive ainsi à la notion d insuffisance ovarienne. Mais, jusqu’en 1900, comme altération de la menstruation, seules l’aménorrhée et la dysménorrhée avaient été considérées comme pouvant dériver de l’insuffisance de cette glande.

Jayle, en 1900, dans son article sur l'insuffisance overienne, dans la Presse Médicale, le premier donne comme troubles menstruels pouvant résulter de l'insuffisance ovarienne, outre l’aménorrhée et la dysménorrhée, la métrorragie.

I1 cite les observations de jeunes femmes, présentant des signes d'insuffisance ovarienne, due soit à des lésions anatomiques, soit à de simples modifications physiologiques, atteintes de métrorragies et très améliorées par l’opothérapie ovarienne. Ces cas, il est vrai, ne rentrent pas dans notre cadre.

Une de ces observations cependant, l'observation V, rapporte le cas d’une jeune fille âgée de 22 ans, ayant, depuis la puberté, des règles abondantes alternant avec des périodes d'aménorrhée, et présentant des signes d'insuffisance ovarienne. L’opothérapie donna chez cette jeune fille des résultats excellents.

Et Jayle ajoute : « Cette notion des rapports entre la métrorragie et les troubles de la sécrétion ovarienne paraît juste. On peut citer les métrorragies de la formation et de la ménopause comme étant fonction de la sécrétion ova. rienne. J'ai eu l’occasion de soigner avec succès une enfant de 13 ans, atteinte de métrorragies ; elle était considérée comme anémique eb prenait du fer qui n’agissait pas. Regardée comme insuffisante ovarienne, elle fut soumise à l’ovarine et guérit ».

Et ce cas nous amène à parler de suite de l’alternance si fréquente des métrorragies avec des périodes d'aménorrhée. Ilwest pas rare, en effet, de voir chez une jeune fille jusque là aménorrhéique survenir des règles très abondantes et fréquentes, pendant quelques mois ou même plusieurs années, ces métrorragies étant suivies à leur tour d'une nouvelle période d'aménorrhée plus ou moins longue.

« À la puberté ou à la ménopause, c’est-à-dire au moment où l'ovaire commence ou termine son rôle principal qui est celui de sécrétion externe, il n’est pas rare de voir survenir une sorte d’ataxie ovarienne ; on observe alors des modifications de la menstruation ». Jayle, Revue gynécologique 1901.

Ce trouble de la fonction ovarienne peut, pour Jayle, être lié àune prédisposition congénitale ou à une dégénérescence de l’ovaire acquise sous l’inflaence d’une cause morbide. Cette cause est l’intoxication de l'organisme, soit par produits chimiques, soit par toxines microbiennes, les toxines agissant tout spécialement sur les ovaires, qui sont des glandes peu résistantes.

Cependant, à la formation, les ovaires, même chez des

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femmes bien constituées peuvent ne pas fonctionner régulièrement.

Si les métrorragies peuvent être dues à une insuffisance de la sécrétion interne de l’ovaire, elles peuvent aussi résulter d’un excès de cette sécrétion. Ce sont alors des métrorragies par hyperovarie.

Dalché, dans la Gazette des hôpitaux de 1906, donne l'observation d'une jeune fille de 15 ans réglée précocement, à l’âge de 10 ans 1/2,ayant toujours eu des règles très abondantes, et plus tard de véritables ménorragies. Il n’y a chez cette jeune fille aucune lésion locale, ni aucune affection d’un organe essentiel ou maladie générale ayant pu agir à distance sur ces phénomènes utérins.

Elle présente d’ailleurs divers signes indiquant un fonctionnement de l’ovaire précoce et excessif, et on est done bien obligé de conclure, avec Dalché, à une simple hyperovarie.

Il faut, dit-il, aujourd’hui ajouter la conception d’hyperactivité, hyperfonction, hypersécrétion ovarienne par oppo” sition à l'hypoactivité, hypofonction, hyposécrétion. L'hyperovarie s’observe d’ailleurs moins fréquemment que l'hypoovarie.

Cette hyperovarie est peut-être un simple trouble foncetionnel sans lésion organique, trouble de la sécrétion interne de l'ovaire que l’on tend à attribuer au corps jaune. La sécrétion interne de l’ovaire produirait 1 hémorragie, en amenant une dilatation des capillaires utérins.

L’hyperfonction, provoquant des ménorragies, mène à Panémie et achève de fournir le tableau trompeur de la

chlorose ménorragique.

LE CrEe

Nous croyons utile de rappeler l'observation de Dalché, dans tous ses détails :

15 ans, entrée le 22 février. Réglée à 10 ans 1/2, avec douleurs violentes et gonflement du ventre ; douleurs prémenstruelles et menstruelles. Durée des règles : 8 jours, très abondantes, presque ménorragiques. Suivies d’une leucorrhée profuse. Règles durant toujours 10 à 15 jours.

Depuis 6 mois, règles deviennent encore plus abondantes, se rapprochent, ne laissent plus que 15 jours d’intervalle, Dans . l'intervalle, leucorrhée augmente, et se teinte de sang. Depuis le 27 janvier, perte ininterrompue, abondante.

Etat général bon. Développement très avancé ; précocité physique et intellectuelle. Tous les caractères de sexualité féminine sont très marqués. Petit corps thyroïde, Tachycardie, Léger souffle anémique dans l’artère pulmonaire.

Examen génital : légère sensibilité des culs-de-sac latéraux, Foints ovaricns sensibles au palper abdominal. Névralgie iléolombaire double.

Urives : hyperazoturie, hyperphosphaturie.

Ant. Héréd. et Collatéraux. — Mère réglée à 11 ans, a eu 10 enfauts ; a encore ses règles à 56 ans.

Une sœur à eu à 16 ans des pertes de sang si abondantes qu’elles ont nécessité un curettage. D'ailleurs les pertes ont continué depuis:

Traitement : repos au lit. Irrigations chaudes.

XXX gouttes matin et soir d'extrait fluide de senecio vulgaris.

Irrigations plantaires (ont provoqué de très vives douleurs abdominales). Immersions répétées des mains dans l’eau chaude,

Diminution des pertes. Durée des dernières règles: 12 au 17 avril, Plus de sang dans la leucorrhée intermeustruelle.

Remarquons aussi en passant que la mère de cette jeune

fille, dont nous venons de citer l'observation, âgée de 56 DENIS. 4,

ans, est encore réglée, depuis l’âge de 11 ans, époque de l'apparition de ses premières règles. Une sœur de la malade a eu, à 16 ans, des pertés si abondantes qu’il a fallu faire un curettage.

Nous avons déjà parlé, plus haut, de la fréquence de ces hémorragies familiales. Citons encore, à ce sujet, ce cas de Courty d'une femme réglée à 11 ans, ainsi que ses 9 filles; celui de Gendrin qui observe trois générations de filles, atteintes d'hémorrhagies irrégulières dès l’âge de 6 à 9 ans; enfin l’observation de Dalché, fort intéressante, d’une mère réglée encore à 64 ans, qui accoucha à 56 ans. Sa fille fut réglée à 9 ans, une de ses nièces présenta un écoulement sanguin à 2 mois.

Le rôie de l’hérédité ne peut ici être nié; il existérait, dans ces cas, un sens génital particulièrement développé et

précoce.

. Altérations thyroidtennes

Dalché a noté dans son observation que le corps thyroïde était peu développé. Ce n’est pas la première fois que l’on soupçonne des phénomènes de suppléance entre le corps thyroïde et l’ovaire. Ici, l'hyperfonction ovarienne aurait évité peut-être l'augmentation du volume de la thyroïde si fréquente à la puberté.

Déjà, en 1901, Jayle avait mentionné les rapports entre la glande thyroïde et l'ovaire, et avait parlé de compensation possible dune de ces glandes par l’autre, expliquant

que, dans quelques rares cas, exceptionnels il est vrai, l’équi-

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libre normal persiste alors même que la glande ovarienne est complètement détruite.

Depuis, de nombreux travaux ont été faits sur le fonctionnement du corps thyroïde et les résultats de l'opothérapie thyroïdienne. Léopold Lévi et Rothschild, dans leur endocrinologie (1907) puis dans leurs nouvelles études sur la physio-pathologie du corps thyroïde donnent les résultats de leurs longues études sur les modifications de la sécrétion interne de cette glande, et se basent sur l’action de l’extrait thyroïdien pour conclure aux troubles de la thyroïde dans des syndromes dans lesquels le rôle de cette glande était resté jusqu'ici insoupçonné.

En particulier, ils insistent sur les relations de cet organe avec les autres glandes endocrines, et surtout avec l’ovaire ; soit que ces organes se trouvent, en même temps, atteints par une même cause morbide {au cours de la tuberculose, ou de la syphilis, par exemple), soit que l’un d’eux sécrète des produits chimiques ou autres capables d'agir sur les di.

-verses glandes endocrines. Il s'établit alors une véritable réaction interglandulaire, mettant en jeu des synergies et des antagonismes.

Quel que soit le mode de relation existant entre ces glandes, dès cette époque, il n’apparaît plus douteux que l'ovaire subisse le contre-coup des altérations thyroïdiennes. Madame Collard-Huard à consacré sa thèsé aux rapports de l’insuffisance ovarienne avec l'insuffisance thyroïdienne ; et, quelques années auparavant, Jardry étudiait déjà la synergie thyro-ovarienne.

Nous n’avons pas l'intention entrer dans le détail très

complexe et jusqu'ici très obscur de l’action réciproque des

glandes à sécrétion interne les unes sur les autres. Qu'il nous suffise d’insister une fois de plus sur la concordance, facile à apprécier cliniquement entre les phénomènes thyroïdiens et ovariens. Les modifications apparentes de la thyroïde, aux divers moments de la vie génitale sont bien connues. Son volume augmente assez brusquement au moment de la puberté, pendant les règles, dans le cours de la grossesse, ce phénomène pouvant s’exagérer au point de devenir pathologique ; c’est ainsi que le goitre apparaît quelquefois pendant la grossesse, et les époques menstruelles sont, en général, chez la femme dont le fonctionnement thyroïdien laisse à désirer, l’occasion d’une recrudescence des phénomènes d’instabilité thyroïdienne.

On discute encore pour savoir si ces deux glandes ont une action parallèle ou opposée; s’il y a, en un mot, entre elles, synergie où antagonisme Se basant tantôt sur les ménorragies qui sont loin d’être exceptionnelles au cours de la maladie de Basedow, tantôt sur l’arrêt de ces accidents par le traitement thyroïdien, les auteurs arrivent aux conclusions les plus opposées.

Lévi parle de l’antagonisme de la thyroïde et de l’ovaire, et cite, à ce sujet, une observation particulièrement démonstrative.

Il s’agit « d’une crétine à hyperovarie exceptionnelle. Elle est réglée à 5 ans et simultanément se développent des poils au pubis et aux aisselles, sans parler de lhypertrophie des glandes mammaires. Or, le traitement thyroïdien, en même temps qu’il provoque accroissement physique et intellectuel de l'enfant, fait cesser les règles, flétrit les seins,

et détermine la chute des poils pubiens et axillaires ».

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Il rappelle l’affirmation d'Hertoghe ; il existe un antagonisme habituel entre la glande thyroïde et l'ovaire. Plus les fonctions thyroïdiennes sont diminuées, plus les fonctions ovariennes sont exagérées, et inversement.

Lévi et Rothschild disent que, lors d'insuffisance thyroidienne, il y a règles prolongées et souvent avancées; il se produit parfois de véritables ménorragies ; celles-ci peuvent ; céder très rapidement au traitement thyroïdien. L’hyperthyroïdie se traduit, au contraire, par des règles peu abondantes et souvent retardées.

Cette loi ne nous paraît pas aussi absolue ; et nous croyons, au contraire, qu'on peut, dans chacun de ces cas, observer justement le symptôme inverse, Actuellement, il est de plus en plus démontré,et c'est ce que Madame Collard-Huard a prouvé dans sa thèse, que les divers syndromes peuvent s'associer de la façon la plus variée. On verra aussi bien l'hypothyroïdie s’associerà l’hypoovarie qu’à l’hyperovarie, de même que l’hyperthyroïdie peut s'accompagner, elle aussi, d'hypo ou d’hyperovarie. Cliniquement, et au point

de vue particulier que nous étudions, on pourra donc

‘observer des métrorragies,aussi bien chez des hypothyroï-

diennes que chez des hyperthyroïdiennes.

Dans bien des cas, il est difficile de dire si l’origine de ces troubles siège dans l’ovaire ou dans la thyroïde, en un mot, si ce sont des troubles thyro-ovariens ou ovaro thyroïdiens. Cependant il semble que la thyroïde agisse sur l'ovaire plus souvent que l’ovaire sur la glande thyroïde.

On sait que la thyroïdectomie précoce empêche le-déve-: loppement pubéral, en particulier, l'établissement de la menstruation, et arrête | le développement des caractères

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