DESCRIPTION CLINIQUE
Il nous parait difficile de dresser un tableau clinique com mun à toutes les métrorragies. Les cas qu’il nous a été donné d'observer se présentaient sous les formes les plus diverses, que nous pouvons grouper en trois types prineipaux.
Certaines jeunes filles à l’aspect le plus florissant, obèses même, donnaient une telle impression de santé qu'on les aurait difficilement soupçonnées de consulter pour des hémorragies répétées. D’autres, au contraire, étaient maigres et sèches, de petite taille souvent, d'apparence chétive, anémiées par leurs pertes répétées.
Les dernières, enfin, présentaient avec leur teint pâle, leurs muqueuses peu colorées, leur embonpoint relatif et leurs tissus un peu bouffis, l’aspect typique des lymphatiques.
Quel que soit leur habitus extérieur, ces jeunes filles ont été, le plus souvent,atteintes de troubles menstruels dès la puberté. Tantôt les premières règles, quelquefois très précoces, ont été d’emblée très abondantes, prolongées, d'une durée dépassant 8 à 10 Jours, laissant entre elles sou-
vent 10 à 12 jours d'intervalle seulement ; tantôt, ce n’est qu'après plusieurs menstruations presque normales ou même peu abondantes, que les premières ménorragies se sont produites. Plus tard, surviennént souvent des hémorragies intercalaires, de véritables métrorragies, si prolongées quelquefois que la malade perd constamment.
Nous tenons à faire remarquer, de suite, la fréquence des périodes d'aménorrhée alternant avec des règles très abon: dantes. Telles jeunes filles même seront restées complètement aménorrhéiques jusqu’à un âge dépassant de plusieurs années l’époque normale de la puberté, pour présenter subitement alors des pertes dont l'abondance altère gravement l’état général.
On voit donc qu’aussi bien au point de vue de l'intensité des phénomènes lotaux que des modifications de l’état général, on peut rencontrer les aspects les plus divers.
Il nous à d’ailleurs souvent paru difficile d'établir la limite exacte entre l’état morbide et l’état parfaitement physiologique. Pas plus qu'aucun phénomène biologique, le processus menstruel n’est absolument superposable d'une femme à l'autre. Aussi bien que, chez la femme mariée, on peut observer des différences considérables de durée et d'abondance dans les règles, alors même qu’on n’envisage que des sujets absolument normaux, aussi bien peut-on voir, chez des jeunes filles, de très grandes variations quantitati-
vés du flux menstruel. Certaines d’entres elles ne présentent qu'un léger écoulement sanguin pendant deux ou trois jours, alors que d’autres, que nous ne croyons cependant pas pouvoir qualifier de pathologiques, ont des règles abondantes,
pendant 5 ou 6 jours. Nous ne croyons pas cependant qu'on
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doive considérer comme seuls pathologiques les cas dans lesquels existent des altérations de l’état général. Bien au contraire, souvent des menstruations abondantes nous semblent rentrer dans le cadre des métrorragies, alors même que la santé n’en paraît nullement altérée. Et la meilleure preuve, à nos yeux, est l’action d’un traitement approprié dans ces différents cas.
Beaucoup d'anciens auteurs ont signalé la douleur comme symptôme concomitant. À vrai dire, rien de plus inconstant : s’il nous est arrivé quelquefois d'observer des douleurs précédant où accompagnant les pertes, le plus souvent, au contraire, elles faisaient totalement défaut. Peut-être y aurait-il lieu de penser que cette dysménorrhée, lorsqu’elle existe, est liée à la présence de lésions locales. Elle est, en effet, constamment signalée, comme symptôme de la métrite virginale, dans les travaux de Bouton, Schmid, Castan, Pozzi, de même que la leucorrhée dont, selon nous, lapparition est aussi inconstante.
Rien n’est plus variable aussi que les modifications du pouls, de la tension artérielle, qui suivent celles de l’état général, de même que les petits signes secondaires décrits par Pozzi : dyspepsie, toux,constipation,qui, lorsqu'ils existent, pourraient même, dans certains cas, être considérés
comme la cause, et non comme l'effet (Castan).
Nous venons donc de voir que beaucoup de ces métrorragies, le plus grand nombre même, ne comportent en soi aucun caractère de gravité. Ce n'est donc pas tant la marche
et le pronostic de cet accident qui doit nous préoccuper que
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son étiologie. Ce phénomène n’est souvent qu'un symptôme, et. quelquefois même un symptôme secondaire d’unétat pathologique plus ou moins latent, et bien des .ménorragies, jusqu'ici qualifiées des termes vagues d’idiopathiques ou d’essentielles paraissent de plus en plus nettement liées à des états morbides divers. |
Peut-être sommes-nous en droit d’espérer que certaines hémorragics dont l’étiologie nous paraît encore obscure seront rattachées, dans un avenir prochain, à des symptômes
dont nous n’avons pas encore su jusqu'ici les rapprocher.
ETIOLOGIE
La plupart des auteurs ont fait une large place, dans l'étiologie des métrorragies, aux causes locales. Elles ont été particulièrement bien étudiées par Pozzi, Dauchez ; puis par Siredey, et ce dernier a insisté, il y a quelques années, sur les lésions à type adénomateux de la muqueuse utérine, constatées chez plusieurs jeunes filles ménorragiques (Congrès de Toulouse, 1910. Siredey et Lemaire).
Nous nous bornerons À Pétude, déjà très vaste, des métrorragies existant en dehors de toute lésion locale appréciable. Il nous serait peut-être cependant permis de nous demander, si, à la longue, une muqueuse utérine primitivement normale sountise à des poussées congestives excessives, ne peut pas, de ce fait, présenter des altérations histologiques. « Lesfausses utérines deviendraient ainsi de vraies utérines » (Dalché).
Nous éliminerons également les métrorragies passagères universellement connues, survenant dans toutes les maladies infectieuses, l’épistaxis utérin de Gübler, épiphénomène en tout comparable aux hémorragies diverses qui peu-
vent survenir dans les mêmes cas.