DESCRIPTION CLINIQUE DE L’ENGORGEMENT LACTÉ
Le tableau clinique de l'engorgement des seins est assez varié. Le plus souvent, il s’agit d’une femme, jeune et vigoureuse, allaitant un nourrisson fort et bien portant. Dans ces conditions, on le comprend, la sécrétion lactée chez cette femme est très active, et l'interruption brusque de l’allaitement n’est pas assez vite suivie par la diminution dans la quantité de lait sécrété, pour éviter l’engorgement.
- La plupart des femmes qu'il nous à été donné d’observer dans ces conditions venaient des Basses-Pyrénées, principalement de la région de Bayonne. A l'heure où nous les examinions, c’est-à-dire vers dix heures du matin, elles avaient quitté leur nourrisson depuis vingt-quatre heures, même trente heures, et avaient exécuté un voyage fatigant, de jour et de nuit, pour venir à Paris, où elles étaient arrivées le matin même.
Habituées qu’elles étaient à voir leurs seins régu-
lièrement vidés, — car, quand pour une raison ou
l'autre, leur nourrisson vient à leur manquer, €es femmes se font téter par de petits chiens, pratique que nous retrouvons éitée un peu partout en France — elles souffraient beaucoup de cet état de choses.
C'est alors que l’on pouvait étudier ces seins engorgés, dont les caractères fondamentaux se retrouvent toujours, à travers quelques variantes individuelles. Chez les femmes aux seins adipeux, on les distinguait moins nettement que chez celles, meilleures nourrices d'ailleurs, dont la glande elle-même constituait la majeure partie du sein : ce sont ces dernières que nous prendrons comme type de notre description.
Le sein engorgé se présente sous la forme d’une masse dure, plus où moins considérablement augmentée de volume par rapport à l’état normal. L'inspection révèle à elle seule, sans autre examen, la tension dont la palpation rend ensuite mieux compte. « Le sein, dit Velpeau, est comme collé sur le thorax, endurci, criblé de bosselures ».
«€ La glande mammaire, dit notre maître Variot, dans une de ses conférences (1), se tuméfie dans son ensemble, la peau qui la recouvre se tend, les veines sous-cutanées deviennent plus apparentes, les contours des seins forment un rebord saillant souvent irrégulier : on voit se dessiner les lobules périphériques de la glande, surtout dans la région axillaire. Il arrive même que chez les femmes un peu âgées, de 35 à 45 ans, chez lesquelles le pannicule adipeux fait défaut, on distingue une lobulation générale des glandes, au tra-
{1} Clinique Infantile 12° juillet 1910.
vers de la peau amincie, Ce gonflement glandulaire accentue dans leur ensemble les différences morpholoviques des seins suivant les races, etc.
Quelquefois la peau prend une teinte rosée à la surface des seins, comme s’il y avait un début de lymphangite.
L’engorgement lacté physiologique, surtout après 24 heures, produit une sensation de pesanteur pénible ; les seins deviennent très sensibles dans leur ensemble, même à la pression légère, Les nourrices poussent parfois des cris lorsqu'on tente d’extraire un peu de lait de leurs glandes engorgées, elles prennent de grandes. précautions pour ne pas se heurter les seins en ôtant leur corset ou leur chemise. |
Il n’est pas rare que du lait s'écoule spontanément par l’un ou l’autre sein; certaines femmes sont obligées de se traire pour diminuer la tension dont elles souffrent,
Ces troubles temporaires de la sécrétion lactée ne paraissent pas retentir d'une manière notable sur les autres fonctions de l'organisme et disparaissent en 24 heures, si les femmes redonnent le sein, Cependant on a noté dans ces circonstances un certain degré de lactosurie. Une petite quantité du lactose sécrété est donc résorbée et passe dans le sang et l’urine. »
M. Lavialle, en effet, recherchant le lactose dans les urines de nourrices qui se trouvaient dans ces conditions d’engorgement, en a noté des quantités bien plus élevées que celles que l’on trouve généralement chez les femmes qui allaitent d’une façon régulière.