MODIFICATIONS DE LA DENSITÉ DU SANG DILUTION SANGUINE OÙ HYDRÉMIE
Il existe beaucoup de procédés pour étudier la densité du sang. Le plus connu est celui d'Hammerschlag : il est basé sur ce fait que, quand un corps reste
en équilibre au sein d’un liquide, son poids spécifique est égal à celui de ce liquide. On mélange d’abord dans une éprouvette bien propre du chloroforme et de la benzine en proportions telles que le poids spécifique du mélange soit 1.057, c’est-à-dire la densité du sang normal. On se sert ensuite d’une mince pipette avec laquelle on recueille le sang du malade et, après avoir introduit cette pipette dans le mélange, on souffle de façon à en faire sortir une goutte de sang. Si la goutte de sang va au fonds, on ajoute goutte à goutte du chloroforme pour augmenter la densité du liquide ; si au contraire elle reste à la surface on ajoute un peu de benzine jusqu’à ce que la goutte reste en suspension. On filtre alors et on mesure avec l’aréomètre de Beaumé la densité du mélange qui est aussi celle du sang étudié.
Les procédés employés par les anciens auteurs (Fano-Roy, Lloyd-Jones) sont basés sur le même principe : seul le mélange change. Lyonnet par exemple se sert d’un mélange d’eau et de glycérine. On peut par ces divers procédés mesurer soit la densité du sang total (qui est normalement de 1.056 à 1.060), soit celle du sérum seul (qui est normalement de 1.029 à 1.031); nous les éludierons toutes deux en même temps pour éviter des rediles.
Résultats obtenus dans les néphrites. — Les auteurs qui se sont occupés de la question s’accordent à dire que dans les néphrites la densité du sang est diminuée.
En 1827, Bright, qui base son opinion surles dosages
Le GS =
de Bostock, trouve une diminution marquée du poids spécifique du sérum qui chez un malade n'était que de 1.013, Christison constate que dans les néphrites la densité du sérum est rarement supérieure à 1.029 ; ordinairement, elle est de 1.019 à 1.022; de plus le sérumne contient plus que 6 pour 100 d'extrait sec au lieu de 21 à 22 pour 100 qu'il contient normalement.
Rayer, Bartels, Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier font des constatations analogues et trouvent toujours la densité du sang diminuée, entre 1.018 et 1.029. Frerichs pense que le poids spécifique et l'extrait sec du sérum sont à peu près normaux au début du mal de Bright, puis diminuent quand l’albuminurie augmente et que l’anasarque apparaît. Hammerschlag qui a fait de nombreuses recherches sur la densité du sang et du sérum, n'a pas trouvé dans la néphrite interstitielle de grandes variations de la densité, et malgré la pâleur de la peau, celle-ci est normale. Dans la néphrite parenchymateuse, il a trouvé une diminution de la densité, surtout dans les cas ou il y avait des œdèmes étendus. — En comparant la densité du sang et sa teneur en hémoglobine, ila vu que la densité était plus faible que ne le ferait supposer la teneur en hémoglobine ; ily a donc outre la diminution de l’hémoglobine, un autre facteur, c’est une plus grande richesse du sang en eau, ou hydrémie. Au moment de l'aggravalion de la néphrite, on voit la densité diminuer peu à peu ; donc cette diminution a une importance pour le pronostic.
Plus tard de nombreux travaux paraissent, aboutis-
ST en sant tous à la même conclusion. Scholkoff, Capeman, Hoch et Schlesinger, Siegl, Peifer, notent tous une diminution de la densité plus marquée dans les formes avec œdèmes. Lloyd-Jones, dans une longue étude parue sur ce sujet, conclut que dans les néphrites aiguës la densité du sang est normale, ou un peu inférieure à la normale; dans les néphrites chroniques, elle est ordinairement abaïissée, parfois à 1.034 ; dans la néphrite interstitielle elle est un peu abaissée s’il y a des œdèmes, normale s'il n’y a pas d'æœdèmes ; mais si, au cours de cette néphrite, 1l se fait une hémorragie cérébrale, la densité s'élève et l’auteur fait de cette élévation un signe pronostique important.
Lyonnet, dans sa thèse, conclut de l'examen de 13 cas que, chez les brightiques, la densité du sang est en général diminuée et est en moyenne de 1.051,6, sauf dans un cas avec hémorragie cérébrale où elle s'était élevée à 1.073. Dans la suite, Biernaki, Jaksch, Stintzing et Gumprecht arrivent à des résultats tout à fait analogues.
La Dilution du sang ou l'hydrémie dans les néphrites. — Cette diminution de la densité, qui est donc constante à une période avancée des néphrites, s’expliquerait, suivant Rayer, par ce fait que l’albumine du sang passe plus où moins dans l'urine. Mais on l'explique ordinairement par une augmentation de la proportion d’eau du sang ; le sang est dilué.
Andral et Gavarret, Hammerschlag, Biernacki, Stintzing et Gumprecht, Askanazy ont montré que la proportion d'eau du sang s'élevait dans les néphrites.
Normalement, pour 1.000 parties de sang, la proportion d’eau est de 790 ; pour 1.000 parties de sérum, la proportion d’eau est de 900. Dans les néphrites, la proportion d'eau pour 1.000 parties de sang peut monter de 790 à 860, et, pour 1.000 parties de sérum, de 900 à 940. De plus, le chiffre de matériaux solides du sérum peut tomber, suivant Andral et Gavarret, de 100 à 61 pour 1.000. Aux périodes ultimes de la maladie, la proportion d’eau est encore plus forte, et Quinquaud et Askanazy ont vu, que la proportion des matériaux solides du sang est d'autant plus diminuée qu'il y a plus d’albumine et plus d'æœdèmes.
Nous ne pouvons insister ici sur les relations de l’hydrémie avec les œdèmes, ce qui nous entraînerait trop loin. Disons que c’est par cette dilution sanguine que s'explique, en partie tout au moins, l’hypoalbuminose du sérum, ainsi que nous le verrons plus loin, et aussi la déglobulisation modérée qui, ainsi que nous l’avons dit dans la première partie de ce travail, est fréquente au cours des néphrites. Cette dilution s'explique-t-elle seulement par une simple rétention de l’eau urinaire ? Lœper pense que, en outre, une certaine quantité d’eau passe des tissus dans le sang pour rétablir l'équilibre osmotique du sang qui a tendance à s'hyperconcentrer à cause des molécules d’urée, etc..., retenues dans l’organisme.
L’hydrémie des affections rénales s’oppose à la concentration normale ou à l'hyperconcentration du sang chez les cardiaques. Lyonnet et d’autres auteurs ont en effet vu que chez les cardiaques la densité du sang reste normale; chez eux il n'y a pas d’hydrémie. Récem-
RTS ment Chiray a de nouveau insisté sur cette différence. L'œdème des brightiques est d’origine osmotique et en relation avec l’hydrémie ; l’œdème cardiaque est mécanique et tient à une augmentation de la pression dans les veines. Et M. Lépine pense (annotation au traité de Bartels, p. 612) que «la constatation de l’'hy drémie est parfois d’un grand secours pour le diagnostic, car dans quelques cas elle est presque le seul moyen qui permette de décider si une dilatation cardiaque est sous la dépendance d’une affection primitive des reins ».
Donc la recherche de la densité et de la dilution du sang peut intervenir dans le diagnostic précis d’un état morbide.