CHAPITRE II
NÉPHRITES CHRONIQUES
La plupart des traités classiques adoptent actuellement la classification suivante des néphriles chroniques :
1° La néphrile chronique parenchymateuse répondant anatomiquement au gros rein blanc ; elle se caractérise par une albuminurie assez marquée et des œdèmes assez étendus, ce qui justifie le nom de néphrite hydropigène par lequel Castaigne a désigné cette forme clinique.
Le cœur n'est ordinairement pas gros; il n’y a pas, ou du moins peu, d'accidents urémiques, parce qu'il y aurait dans ces cas un excès de perméabilité rénale. Cette forme a souvent une évolution subaiguë.
2° La néphrite chronique interstitielle. Cette forme répond anatomiquement au pelit rein granuleux, Elle se caractérise par la lenteur de son évolution, par son retentissement sur l'appareil cardio-vasculaire et par sa tendance à aboutir à l’urémie : c'est pour cette raison que Castaigne désigne cette forme sous le nom de néphrite urémigéne.
Les œdèmes, pendant longtemps, sont peu marqués ou n'existent qu'à l'état d’ébauche; ils apparaissent souvent à une période avancée. La mort survient soit par urémie, soit par insuffisance cardiaque.
Avec Chauffard et Lœderich, nous pouvons distinguer plusieurs formes cliniques de néphrite interstitelle : :
a) La néphrite interstitielle commune des artérioscléreux, survenant chez des sujets déjà âgés;
b) La néphrite interstitielle des jeunes sujels, à laquelle on doit rattacher le chloro-brightisme de Dieulafoy. On a affaire à des femmes ou à des jeunes filles présentant tous les attributs de la chlorose, y compris l'hypoglobulie et l’abaissement de la valeur globulaire. Mais, dans ces cas, l’examen clinique montre une série de symptômes brightiques qui, joints aux mauvais effets de la diète carnée et aux bons effets du régime lacté, trahissent la lésion rénale, La néphrite se dissimule derrière le masque de la chlorose;
c) Parfois on a signalé des cas d’anémie pernicieuse
développés au cours de néphrites chroniques; ces cas sont d'une interprétation délicate et nous leur consacrerons un chapitre spécial. On peut y adjoindre ce qu'on a appelé la forme cachectique des néphrites chroniques; on a affaire à des individus qui maigrissent, se cachectisent; on croit à un cancer latent, alors que l'exploration méthodique des fonctions rénales dans quelques cas et, dans d'autres, l'autopsie, montrent une néphrite interstitielle.
Nous allons tout d’abord relater nos observations assez nombreuses de néphrites chroniques avec examen hématologique.