‹ Contribution à l'étude des modifications du sang dans les néphritesChapitre 9 sur 58 · S 3. — MODIFICATIONS DE LA RÉSISTANCE GLOBULAIRE · texte numérisé non relu

S 3. — MODIFICATIONS DE LA RÉSISTANCE GLOBULAIRE

La résistance des globules rouges a été étudiée par beaucoup d'auteurs dans un assez grand nombre de maladies; dans les néphrites, elle n’a fait l'objet que d'un assez petit nombre de travaux. Les résultats obtenus, d’ailleurs, n’ont pas été très intéressants, et la majorité des auteurs s’accordent à dire que la résistance globulaire reste sensiblement normale au cours de ces maladies.

Comme la recherche de la résistance des globules rouges est peut-être inconnue de beaucoup de lecteurs, il nous paraît nécessaire de dire un mot sur la façon de la mesurer; nous parlerons ensuite des résultats obtenus dans les néphrites par les divers expérimentateurs, et enfin de nos recherches personnelles.

Méthodes d'étude. — Tous les agents destructeurs du sang peuvent servir à mesurer la résistance des globules rouges, d'où une infinité de procédés possibles. Mais deux procédés ont été surtout employés.

1° Procédé de numération. — Dans ce procédé, on

TD — numère les globules rouges avant, pendant et après l'influence de l’agent destructeur.

Chanel, dans le laboratoire du professeur Lépine, Malassez et Urcelay, etc..., Veyÿrassat ont tous employé ce procédé avec de légères variantes. On fait d'abord une première numération dans le sérum de Hayem qui ne détruit pas les globules rouges; puis une deuxième numération dans le sérum de Grancher (solution I) qui détruit presque toujours une petite quantité de globules rouges; une troisième numération dans un mélange à parties égales d’eau distllée et de sérum de Grancher {solution IT) ; enfin une dernière numéralion dans un mélange de deux tiers d’eau disüllée et d’un tiers de sérum de Grancher (solution IT). Les numérations se font avec l'hématimètre; on obtient ainsi quatre chiffres de valeur décroissante et on fait le pourcentage des globules rouges détruits dans chaque solution en le rapportant au chiffre initial trouvé dans la solution I.

La solution I qui détruit peu les globules rouges et a solution TITI qui en détruit beaucoup, donnent entre les divers cas des écarts trop faibles et Les chiffres obtenus n’ont pas grosse signification. La solution II est, au contraire, très importante, et même ses chiffres servent exclusivement de mesure.

2° Procédé de colorimétrie. — Dans ce procédé on mesure la résistance globulaire par la plus ou moins grande quantité d’hémoglobine que les globules rouges perdent dans des solutions salines hypotoniques, C'est la méthode de Hamburger, modifiée par Viola, Mosso, Vaquez et Ribierre. Dans une série de petits

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tubes on place des solutions d’eau et de chlorure de sodium à titre décroissant en chlorure de sodium et croissant en eau et dans chaque tube on place une goutte de sang. On note alors après centrifugation de chaque tube : a) le débutde l’hémolyse, c’est-à-dire le tube où le liquide a une coloration très légèrement jaunâtre par rapport au tube précédent ; £) l'hémolyse moyenne, c'est-à-dire le tube où le liquide a une coloration rouge assez marquée; y) enfin l’hémolyse totale ou maxima, c’est-à-dire le tube où il y a laquage complet des globules, ce que dénotent l'absence de culot rouge au fonds du tube et l'absence d’ondes soyeuses après agitation du tube. C’est en notant le tube ou débute l'hémolyse, et celui où elle est maxima, qu'on peut apprécier la résistance globulaire.

Widal et Abrami ont apporté à ce procédé une intéressante modification ; ils opèrent non plus sur du sang complet, mais sur des hématies déplasmatisées. Le sang, recueilli par ponction veineuse est mis dans un tube à centrifuger contenant une solution de chlorure de sodium à 0,90 pour 100; puis on centrifuge, on vide le sérum qui surnage, on fait un deuxième lavage en ajoutant de la solution précédente, on centrifuge de nouveau et ensuite la purée globulaire est distribuée . dans les petits tubes on se trouvent préparées les solutions d’eau et de chlorure de sodium à titre décroissant en chlorure de sodium. Disons enfin qu'il faut avoir soin de n’opérer qu'avec du sel fondu, afin d’avoir des résultats comparables. C’est cette méthode de Widal et Abrami dont nous nous sommes servis pour nos recherches.

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Résultats obtenus par les divers auteurs dans les néphrites. — Mais avant d'exposer le résultat de nos recherches, voyons ce que disent les auteurs sur la question. Chanel en 1880, dans le service du professeur Lépine, note que dans beaucoup de cas la résistance globulaire est normale; mais pour lui dans certains maux de Bright très chroniques on peut observer une légère diminution; de plus, l'apparition au cours de cette maladie d'une complication (exemple : pleurésie avec fièvre) peut amener une diminution du nombre des globules rouges, mais une augmentation de leur résistance.

Malassez et Urcelay admettent qu'il existe chez les brightiques une légère diminution de la résistance, sans que cependant le nombre de faits qu'ils apportent soit suffisant pour leur permettre de conclure d’une façon ferme. Limbeck a recherché la résistance globulire dans deux cas de néphrite chronique et l’a trouvée normale, et également dans un cas d'urémie expérimentale par ligature des uretères chez ün chien. Gabbi, Mont, arrivent à la même conclusion. Posch dans une néphrile interstitielle trouve l’isotonie normale.

Kramer, dans un cas de néphrite parenchymateuse hémorragique, trouve une augmentation de la résistance (début dans une solution à 0,40 pour 100 de chlorure de sodium). Par contre, Maragliano et Castellino avaient trouvé que dans les néphrites parenchymateuses chroniques, l’hémoglobine présente une facilité spéciale à abandonner le globule rouge.

Pierraccini, qui a étudié la résistance globulaire, surtout la résistance minima dans huit cas de néphrite, la

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trouve un peu augmentée dans les néphrites chroniques; dans les aiguës elle est normale sauf si le processus néphrétique dure, auquel cas elle peut augmenter. Urbino dans les néphrites trouve la résistance constamment diminuée.

Veyrassat a mesuré la résistance globulaire dans beaucoup de maladies, en particulier dans quelques néphrites, par le procédé de numération. Tandis que normalement dans la solution IT, il y a 38 à 45 pour 100 de globules rouges détruits, chez les néphrétiques on en trouve une plus grande quantité (53, 67, 75, etc., pour 100) de détruits. Il en conclut que la résistance moyenne est plutôt et en général diminuée chez ces malades.

Enfin Iscovesco, par une technique spéciale dont le principe est l’action d’un acide sur les globulesrouges, a trouvé la résistance globulaire très diminuée chez les brightiques et leur sérum très hémolysant.

Recherches personnelles. — Nous avons recherché, dans le laboratoire du professeur Teissier et sous la direction de M. le D' Cade, son assistant, la résistance globulaire dans 17 cas de néphrite par la méthode de Widal (hématies déplasmatisées). Il nous faut dire tout d’abord que normalement, chez des sujets dont le sang devait être indemne de toute altération, nous avons noté que l’hémolyse débutait dans la solution à 0,46 ou 0,44 pour 100 de chlorure de sodium, devenait intense dans la solution à 0,40 ou 0,36 pour 100, et enfin était totale dans la solution à 30 pour 100. On ne doit considérer comme anormaux que les chiffres s’écartant

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nettement des précédents, car à l'état physiologique il peut y avoir quelques légères variations entre les divers sujets.

Sur nos 17 cas, nous avons noté que dix fois la résistance était normale, l’hémolyse débutait à 0,46 ou 0,44 pour 100 et était complète à 0,30 ou 0,28 pour 100. Deux fois, nous avous trouvé une légère augmentation de la résistance minima qui débutait à 0,42 pour 100 (1 cas de néphrite aiguë, 1 cas d’urémie). Enfin dans 5 cas nous avons trouvé une résistance globulaire diminuée. Deux des cas ont été déjà publiés à la Société médicale des hôpitaux de Lyon par J.Teissier, À. Cade et Ch. Roubier; chez ces deux malades il existait une diminution notable de la résistance globulaire, et l'hémolyse débutait chez l’un à 0,60 pour 100, chez l'autre à 0,48 pour 100; puis après l'administration quotidienne de 3 grammes de chlorure de calcium pendant plusieurs jours, on a constaté que la résistance s'était accrue, était redevenue normale dans le premier cas, un peu supérieure à la normale dans le deuxième, en même temps que l’albuminurie avait disparu chez les deux malades.

Dans 3 autres cas observés plus tard nous avons observé une légère diminution de la résistance minima (0,48 pour 100); la résistance maxima était soit elle aussi diminuée dans 1 cas, soit normale dans les deux autres cas; ces 3 cas répondent à des malades atteints de néphriteinterstitielle dont 2 élaient assez anémiques et avaient un nombre de globules rouges voisin de

Nous avons complété ces études cliniques par des

recherches expérimentales, et chez des lapins rendus albuminuriques par la cantharide ou le sublimé nous avons recherché la résistance globulaire. Disons que chez le lapin normal, le début de l’hémolyse est plus bas que chez l’homme et se fait dans une solution à 0,92 où 0,90 pour 100. Chez trois lapins malades nous n'avons pas observé de différences avec ce qui se passe chez le lapin sain.

Nous pouvons en résumé conclure de nos recherches sur la résistance globulaire que, au cours des néphrites et de l’urémie, celle-ci se maintient dans le plus grand nombre des cas à peu près normale et que, dans quelques cas il est possible d'observer une légère diminution surtout de la résistance minima.

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