OBSERVATION V
(MM. Péry et BarTméLenY, Bull. Soc. obst. et gqyn., 1930.)
Sarcome de l'utérus.
; Mme” Ci55:35 ans, se présente à la na On de la Maternité au début du mois de mars 1929, parce que, ayant présenté un retard de règles et se croyant enceinte, elle s’est mise à soulirir dans la région hypogastrique.
Cette malade est réglée depuis l’âge de 14 ans: ses règles ont
toujours été abondantes, durant une huitaine de jours, mais n’ont
pas sensiblement augmenté de quantité ces derniers temps. Aucun antécédent pathologique. Pas de grossesses ni de fausses couches. = Au mois de décembre 1928, au moment de sa période menstruelle, elle soulirait du bas-ventre assez violemment. Au mois de janvier, ses règles ont été moins abondantes que d'habitude, et au mois dé février, elles ont été complètement supprimées. En même temps, elle s’est mise à souffrir, depuis trois semaines environ, presque continuellement, au niveau de la fosse iliaque gauche. Cette douleur est devenue beaucoup plus vive depuis une huitaine de jours. -
A l'examen, on constate que l'utérus est augmenté de volume, lésèrement dévié à gauche. Le col est fermé et très légèrement ramolli. Le corps est en antéflexion, assez dur, du volume d’une tête de petit fœtus à terme. Au niveau de la corne gauche, on perçoit un noyau mou, gros comme une grosse noix, très douloureux, et paraissant uni à l'utérus par un pédieule court et gros. L'état général de la malade est plutôt mauvais, le teint jaunâtre. On note un état d'amaigrissement très marqué, mais pas d'étal subfébrile. L'examen des seins permet de faire sourdre quelques gouttes de colostrum.
On porte le diagnostic de fibrome nécrobiosé avec possibilité de grossesse et on décide de pratiquer une laparolomie suivie de mÿyomectomie si le diagnostic est confirmé.
Opération Le 11 mars (Docteur Barthélemy), — L'utérus est gros,
k spots
rouge\violacé, paraissant présenter quelques contractions. Sur la corne gauche se trouve un noyau très saillant, mais non pédiculé, de consistance molle et de couleur plus foncée. Le diagnostic paraissant confirmé en tous points, on pratique une myomectomie qui se fait facilement; on trouve un plan de clivage assez net et qui ne donne presque aucun suintement sanguin. La myomectomie faite laisse une brèche assez large dans le muscle utérin. Cette brèche est comblée facilement, mais la péritonisation étant difficile, on termine par une grelle épiploïque pédiculée.
Suites opératoires normales. Quelques pertes sanguines les jours suivants, arrêtées assez vite (on faisait à la malade de Ia morphine à haute dose).
Le mois suivant, l'utérus semble avoir augmenté de volume, confirmant ainsi l’idée de grossesse: la malade n’a d’ailleurs aucune perte. Aussi décide-t-on d'attendre malgré le résultat. douteux de l'examen histologique de la pièce. Mais au bout de trois, mois, l'augmentation de volume de l'utérus a été si minime qu'elle ne pouvait laisser subsister l’idée d’une grossesse. D'autre part, la malade a revu ses règles le dernier mois et a recommencé à soullrir. Aussi décide-t-on une hystérectomie totale.
Opération le 19 juin (Docteur Barthélemy). — Intervention excessivement laborieuse du fait d'adhérences multiples du grêle, de la sigmoïde et de l’épiplon. Drainage à la Mikuliez. Suites opératoires normales. La malade quitte l'hôpital un mois après, paraissant guérie. |
Revue un mois après sa sortie de l'hôpital, son état général est amélioré; elle à engraissé de 1 kg. 700. Néanmoins, on remarque un petit bourgeon sur sa cicatrice vaginale qui est biopsié. I n’y a aucune {race de récidive sarcomateuse sur ce bourgeon. Deux mois après (soit le mois après l'opération), la malade est revue: elle continue d’engraisser (2 kg. 200); l'examen clinique ne révèle aucune trace de récidive.
Revue vingt mois après, la malade était en parfaite santé.
L'utérus enlevé présentait un corps de dimensions normales bourré de granulations dures, blanchâtres, s’énucléant facilement.
Dur sa face antéro-latérale gauche s’insérait une volumineuse
Je MOYANE?
AR Nr
tumeur faisant corps avec lui et présentant extérieurement l'aspect d'un fibrôme et à la coupe les mêmes granulations que l'utérus. La cavité de la myomectomie s'était relormée et agrandie et, était remplie par un tissu violacé très mqu, sortant à l’extérieur comme un volumineux champignon. La différence était très nette entre lui et. le reste de la tumeur. L’examen histologique de la pièce de myomectomie avait donné les résultats suivants (Professeur Sabrazès).
Tumeur d'aspect sarcoïde dont les éléments sônt, d’une part, slobuleux, à noyau elair, dont la chromatine est parfois en rayons de roue, et à cytoplasme indistinct. À côté, éléments ovalaires, à extrémité mousse, zones d'hyperchromatose. Très peu de mitoses. Certains noyaux sont clairs, en fuseau, contrastant avec les noyaux décrits plus haut. Aucune disposition fasciculée. Çà et là, quelques mastzellens. En somme, deux types de noyaux, les uns fusiformes, en hyperchromatose, les autres en chromatose poussiéreuse. Vascularisation médiane, pas de lacs sanguins, pas d'infiltration lymphocytique. On n’a pas l'impression d’une inflammation, mais plutôt d’un néoplasme. Sur les bords, le tissu est riche en collagène et les éléments sont plus denses et plus riches en chromatine. I semble qu'il y ait une transition entre la marge plutôt myomateuse et le centre. [1 semble que l’on soit en présence d’un léiomyosarcome. Le collagène est partout dans cette tumeur, mais tantôt comme une gangue, tantôt sous un aspect fasciculé à la périphérie.
Après l’hystérectomie, les granulations du corps de l'utérus, du fibrome et la masse développée sur la cicatrice de myomectomie présentait le même aspect microscopique (Docteur Mougneau).
Il s’agit d’une tumeur circonscrite formant un bloc enchâssé dans un tissu conjonctif, riche en collagène. Sous certaines incidences, elle émet des prolongements, sorte de gros boyaux cellulaires, à extrémité arrondie, nettement limités. Cette tumeur est constituée par des éléments du caractère mésenchymateux : cellules rondes, à cytoplasme peu abondant, acidophile, mal limité, à noyaux arrondis, clairs, réguliers et à fine poussière chromatinienne. Elles sont très abondantes et tassées les unes contre les autres. Il n’y a pas
de formes monstrueuses. On n’a pas vu de figures de mitose. La
LIN RQ
tumeur est assez riche en vaisseaux : capillaires dilatés, limités par un endothélium dont les cellules sont parlois tuméfiées.
En somme, tumeur d'apparence sarcomateuse bien limitée, paraissant d’une malignité très atténuée.