‹ Contribution à l'étude des myosites syphilitiques diffuses et gommeusesChapitre 7 sur 31 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Avant ie xvi° siècle les manifestations musculaires de la syphilis étaient méconnues. Le premier, Joannès de Vigo (1503) signale dans son Traité de la Syphilis, des douleurs rhumatoïdes, de la contracture, des tuineurs et des gommes musculaires. La myosite interstitielle reste ignorée malgré les ouvrages de Ulrich de Hutten (1519), Fracastor (1530), Petrus Baylus (1537), Ambroise Paré (1545), Theodosius (1553), Thierry de Herry (1634), Astruc (1736), Petit-Radel (1812). Dans la Gazette des Hôpitaux, en 1842, Ricord décrit la myosite interstitielle. Nélaton, en 1851, fait une leçon sur les tumeurs syphilitiques des muscles, qu’il divise en tumeurs diffuses et tumeurs circonscrites ; Vidal de Cassis (1854) parle des gommes et des douleurs musculaires qui produiraient la contracture musculaire. Bouisson en fait un chapitre spécial dans son Tribut à la chirurgie (1858); Notta fait une étude complète des manifestations syphilitiques musculaires. Lagneau décrit les gommes musculaires et les phlegmasies chroniques qui déterminent la flexion et la contraction permanente des muscles. Virchow étudie leur structure histologique, et, avec Volkmann, attire l’attention sur les myosites diffuses.

mn AE À li

Dans ces dernières années, Strauss dans le nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie en fait l’objet d’un chapitre spécial. Mauriac publie les Leçons sur les Myopaies syphilitiques. (Cornil, Lancereaux, Langlebert, Fournier, Jullien, Neumann, Finger, Breda, Campana, dans leurs Leçons ou dans leurs Traités des Maladies vénériennes les ont magistralement étudiées. Lewin, de Berlin, a réuni 45 observations de myosite intersütielle ; il en fait l’objet d’une monographie spéciale.

SYMPTOMATOLOGIE

MYOSITE : INTERSTITIELLE

1. Période DE DÉVELOPPEMENT. — Les myosites diffuses, comme tous les accidents tertiaires, s'installent d’une façon insidieuse. Pendant un temps plus ou moins long, elles restent méconnues, sansaucun symptôme apparent, général, ou local. Il n’y a ni fièvre, ni courbature. « La « maladie apparaît graduellement, insensiblement, « presque à l’insu du malade (1). » Puis, lattention du malade est attirée souvent par un fait, en apparence insignifiant, mais qui se répète constamment : c’est une gêne dans un mouvement, ou une douleur plus ou moins

vive.

IL. PérioDEe D'ÉTAT. — 1° Troubles de motilité — Le malade s’aperçoit qu’il ne peut faire complètement tel ou tel mouvement; que la flexion ou l’extension d'un membre est limitée.

(1) NorTrA, Archives générales de médecine, 1850.

NorTTA (1).

Femme, âgée de 26 ans. — Immédiatement après le chancre induré,exanthème et papulessuintantes de la peau. Œdème du jarret et de l'articulation radio-carpienne. Myosite du biceps droit et de l’extenseur des doigts, compliquée d’une iritis et de gommes du cubitus droit. L’extension complète du bras est impossible. L’avant-bras est fléchi sur le bras sur un angle de 70°, Traitement mercuriel et ioduré.

Ph. Boyer (2).

Ulcères syphilitiques sur le front, myosite interstitielle du biceps brachial droit ; l'extension est impossible. — Le coude droit est fermé. — Traitement à l'iodure de potassium.

Ph. Boyer (3).

Exostoses du tibia. — Périostites des métacarpiens et des mélatarsiens. — Myosite du biceps brachial droit ; l'extension est impossible. — Le coude droit est fermé.

(1) Nora. Archives générales de médecine, 1850, page 413. (2) Boyer. Zrailé pratique de la syplhilis.

(3) Zdem.

Mauriac (!).

Myosite du biceps gauche dans le 6° mois de la syphilis. Extension complète impossible. — Guérison.

. M. B..., âgé de 40 ans, dresseur, avait eu en 1853 un chancre phagédénique avec bubons suppurés. En janvier 1869 il constate un chancre infectant du méat, qui indura la plus grande partie du gland sans l’ulcérer et n’y produisit qu’une érosion très superficielle et à peine appréciable.

Six semaines après le début de ce chancre il survintune roséole papuleuse. On fit prendre environ 100 pilules de protoiodure qui n’empêchèrent pasune laryngopathie assez sérieuse et des plaques muqueuses de se déclarer au commencement de juin 1869 (5° mois de la syphilis).

Puis, vers les premiers jours de juillet, le malade éprouva quelques troubles nerveux tels que obnubilation, diplopie, qui furent fugaces et sans hémiplégie.

Il entra une première fois dans mes salles lors de l’invasion des accidents consécutifs. À cette époque il commença à éprouver quelques douleurs dans les deux coudes. À la seconde poussée des accidents, en juillet {6° mois de la maladie), il eut une nouvelle atiaque d’arthralgie dans les coudes, et voici ce que je constatai quelques jours après son entrée, qui eut lieu dans mes salles, lit 10, le 5 juillet 1869 :

Il existait entre l’olécrane etl’épitrochlée du côté gauche une douleur peu vive, qui n’augmentait pas par la pression. Cette douleur irradiait à travers le pli du coude.

(1) MAURIAC. Leçons sur les myopathies syplililiques,

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L'avant-bras avait été forcé à peu près tout à coup de se mettre dans la position demi-fléchie sur le bras. Son extension complète était impossible. La masse musculaire du biceps ne paraissait point violemment contracturée et il n'existait aucune altération matérielle appréciable dans l'articulation. On aurait dit qu'une sorte de rétraction s’était produite dans les ligaments antérieurs péri-articulaires. Peu de douleur dans les mouvements de l’avantbras sur le bras, qui étaient libres, sauf celui de l’extension complète. Rien dans le bras droit.

Quand on cherchait à faire l’extension forcée, une douleur vive se faisait sentir en arrière sur l’olécrane et en avant sur le tendon du biceps, qui se raidissait très fortement, comme s’il eût subi un raccourcissement. (Traitement mixte.) |

Cette affection disparut assez brusquement au bout de 3 ou 4 semaines.

LEwIN (1).

Myosite du deltoïde malgré traitement antérieur.

Fille publique âgée de 23 ans. De 1887 au mois de décembre 1890 à eu 6 éruptions syphilitiques diverses ; ces éruptions ont été traitées. 4 ans après son chancre induré myosite du deltoide, compliquée d’ulcérations du rectum, de gommes du pharynx et d’exanthèmes. L’élévation du bras est pénible ; et encore n'est-elle possible que jusqu’à la position horizontale. Le bras est immobile. Douleur quand elle lève le bras. Traitée au mercure et iodure de potassium.

(1) LEWIN. Ucber myosilis syphilitica difusa s. intertitialis, Berlin 1891.

Puis, peu à peu, le malade s’aperçoit d’une maladresse plus grande, à tel point que le membre atteint ne peut plus être employé. Cette impotence se complique parfois de contracture, qui rend l’usage du membre absolument impossible.

OBsERvATION 6 (inédite).

Myosile du biceps ; contracture, chez un rhumalisant. — Traitement antérieur. — Périostoses.

Le nommé Albert L..., serrurier, âgé de 32 ans, entre à la Maison de secours le 25 novembre 1896.

Antécédents. — Rhumatisme à 18 ans, et, l’an dernier, dans les genoux ; cette année, rhumatisme aux coudes. Chancre induré il y a dix-huit mois ; trois semaines après l’infection, taches sur le corps. À suivi pendant 2? mois un traitement spécifique : frictions et pilules. |

Etat actuel. — Sur le dos on constate des cicatrices syphilitiques ainsi que sur les deux épaules. La lésion est .plus profonde sur l’épaule droite. Quelques cicatrices sur les jambes.

L'avant-bras gauche est contracturé depuis 6 mois, mais avec une rémission de 3 mois. Pas d’arthrite, peu de gonflement articulaire ; on ne trouve pas nettement les points douloureux de l’arthrite. Le biceps est contracturé, le long supinateur, également contracturé, fait saillie sous la peau.

Le malade peut fléchir le bras avec douleur, mais il ne peut l’étendre. Depuis 8 jours il ressent dans son bras droit des douleurs semblables à celles du bras gauche, douleurs localisées à l'articulation. Le genou droit est douloureux à la flexion.

Le malade présente de nombreuses périostoses symétriques et mal limitées, au niveau de la partie inférieure de l’'humérus, des deux os de l’avant-bras et des tibias,

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Traité par une injection de thymol-acétate de mercure et par des frictions.

NorTra (1).

Myosite des muscles épitrochléens avec contracture bicipitale.

T..…., garçon épicier, 23 ans, entre le 1er juillet 1849 à l'hôpital St-Louis. 11 y a deux ans balano-posthite ; 8 mois après, blennorrhagie qui guérit sans traitement au bout de 2 mois. Trois mois après le début de cette blennorrhagie, éruption,sur les jambes, de vésicules isolées, larges,plates, se couvrant d’une croûte jaunâtre d’abord, puis noirâtre. Vers le mois de novembre il remarqua qu'il ne pouvait plus étendre le bras gauche aussi complètement que le droit ; pas de douleurs même en travaillant. Vers le milieu d'avril 1849, la rétraction du biceps a beaucoup augmenté et au niveau du tendon le malade a éprouvé pendant quinze jours des douleurs spontanées. Il y a trois semaines, douleur à l’épitrochlée. N’a jamais suivi un traitement spécifique,

Etat actuel. — Sujet robuste. Sur les jambes et les cuisses, cicatrices de son éruption. L’avant-bras gauche, étendu sur le bras le plus possible, forme avec le bras un angle de 138°; l'étendue de ce mouvement est limitée par le tendon du biceps qui fait saillie sous la peau ; le corps du muscle est plus volumineux que celui du biceps droit, ce qui tient à ce que le malade est gaucher. Aucune douleur à la pression.

Un peu en avant etau-dessous de l’épitrochlée, existe une tumeur assez régulière, ayant l'étendue d'une pièce de

(1) Norra. Archives de médecine, 1850, page 419.

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