A. — LES NÉPHRITES AZOTÉMIQUES AIGUES DANS LES INTOXICATIONS AIGUES
Nous ne nous attarderons que peu à la description de ces dernières, limitant notre étude aux notions classiques concernant les intoxications par le mercure, le sel d’oseille ou acide oxalique, le plomb et le tétra-chlorure de carbone.
. En effet, en dehors des intoxications volontaires ou accidentelles par quelques produits peu nombreux et bien classiques, il faut aujourd’hui faire une place importante aux intoxications professionnelles.
La néphrite mercurielle, — TI s’agit dans la grande majorité
des cas de néphrites par le sublimé. Elles réalisent le type de la néphrite suraiguë. Son histoire clinique est bien connue depuis les travaux d’Achard et Saint-Girons, de Cordier, Mazeél, Mourriquand, Cade, Morenas, de Merklen, etc.
Le tableau clinique qui se déroule est en général le suivant : il s’agit le plus souvent d’empoisonnement : l’ingestion est presque immédiatement suivie de douleurs gastriques et de vomissements parfois rapidement sanglants.
L’anurie s’installe presque d'emblée. Pendant les premiers jours, les signes d’azotémie font défaut, mais les signes de l’intoxication mercurielle se développent : douleurs gastriques, vomissements, diarrhée sanglante, stomatite (le phénomène le plus constant). Enfin, apparaissent sur ce fond les signes de l’azotémie aiguë. La mort survient dans le délire ou un demi-
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coma après une évolution d’une dizaine de jours. Il n’existe jamais d’œdème ni d’hypertention ; l’urée sanguine atteint souvent des taux considérables : 12 gr. dans le cas de Mouriquand, Florence, Mazel ; 20 gr. dans un cas rapporté par Pasteau au cours d’une anurie hydrargirique chez un syphilitique.
La guérison de cette néphrite n’est pas exceptionnelle, et parfois, après une anurie de 5 à 6 jours, les urines réapparaissent contenant des traces d’albumine et quelques cylindres granuleux. Les urines augmentent et la guérison survient.
La néphrite suraiguë due à l'intoxication oxalique est très analogue du point de vue clinique à la néphrite suraiguë mercurielle. Contrairement à celle-ci, elle guérit le plus souvent, comme c’est le cas dans l’observation classique d’Achard et Leblanc.
La néphrite saturnine. —— L'intoxication par le plomb donne ‘naissance généralement à une néphrite chronique ; mais nous ne voulons pas omettre de signaler la possibilité de néphrite aiguë revêtant le type que nous décrivons ; un cas des plus tvpiques en est rapporté dans une observation d’Aubertin et Foulon : il s’agissait d’un sujet de 45 ans qui, après une colique typique, présenta une népbhrite azotémique sans wedème et sans hypertension avec des convulsions répétées et de l’hypothermie. L’urée sanguine s’éleva à 7 gr. 50 et la mort survint en quelques jours.
La néphrite par intoxication au tétrachlorure de carbone. — “Nous emprunterons notre description à la thèse de Jamot : le début passe presque. inaperçu, marqué par quelques vomissements, une céphalée vive et une poussée thermique discrète ; ces Symptômes apparaissent quelques heures après l’intoxication. Une grosse oligurie signe lé début clinique: les urinessæontiennent une petite quantité d’albumine, l’azotémie est très élevée: 3 à 5 gr, d’urée dans le sérum par litre. On peut observer des épistaxis, une coloration sub-ictérique des téguments.
Il ne s’agit d’ailleurs là que d’un symptôme assez contingent. Des troubles nerveux ou un ictère grave peut survenir.
L'évolution est en général favorable: le tableau clinique s’éclaire avec la reprise de la diurèse ; en trois semaines le malade est guéri.
Pres /
Voici d’ailleurs une observation du Docteur Gravier, Piquet et Lanier (Résumé) : Il s'agissait d’une femme de 28 ans entrée dans le service pour ictère, vomissements, oligurie, à la suite de l'emploi du tétrachlorure de carbone pour nettoyer un jouet d'enfant (inhalation au cours du nettoyage) : urine peu abondante, foncée, matières non décolorées, pas de prurit, seulement existence de sub-ictère.
Les jours suivants vomissements, céphalées, petites épistaxis minimes mais répétées. Urée successivement à 2 gr. 63 °/,,, #07 002240 50251...
Toute l’évolution dura 20 jours.
La néphrite azotémique aiguë au cours du traitement sulfamidé :
A côté de ces néphrites bien classiques décrites plus haut, il existe un certain nombre de néphrites toxiques consécutives à des traitements chimiothérapiques. Nous ne ferons que signaler la possibilité d’azotémie aiguë au cours de traitement sulfamidé. En effet, il semble qu'il faille apporter une légère atténuation au dogme de l’inocuité de la sulfamide pour la fonction rénale. Certes, il reste vrai dans la grande majorité des cas observés, et il est indiscutable que non seulement la sulfamide est habituellement bien tolérée par le rein, mais encore qu’elle est efficace contre les complications rénales de ces affections.
Cependant, au cours du traitement sulfamidé chez un malade présentant une fonction rénale touchée, même très légèrement par une atteinte antérieure, on peut voir survenir des complications rénales qui doivent être rapportées à la thérapeutique elle-même. Dans sa thèse inspirée par J. Tréfouel, sur les accidents de la sulfamidothérapie, J. Duchatel signale « qu’il existe indéniablement chez certains malades une sensibilité rénale aux sulfamides, quelque soit la dose donnée. »
Voici d’ailleurs deux observations caractéristiques d’azotémie aiguë au cours du traitement sulfamidé.
Worms rapporte une belle observation d’un sujet soigné pour méningite à méningoccoques B avec quelques signes septicémiques, et qui reçut 4 gr. 50 de 695 par jour. Deux jours plus tard, alors que les signes méningés s'améliorent, lazotémie est à 1 gr. 65. En raison de la gravité du cas, il se garde d’interrompre le traitement et malgré que l’azotémie se soit par la
suite élevée à 1 gr. 95, le malade guérit, et de sa méningite, et de son azotémie.
Observation de Marquezy et Vernemouze (Résumé). — « Un enfant de 5 ans entre pour une méningite purulente à forme comateuse. La sulfamidothérapie est instituée immédiatement: en 3 jours 18 grammes, soit 6 grammes de 693 (en injections intra-musculaires) et 12 grammes de 1162 F (per os). D’emblée est associée la thérapeutique alcalinisante (15 à 20 grammes de bicarbonate de soude per os par jour). L'état méningé s'améliore, le liquide se clarifie complètement, l’enfant peut être considéré comme guéri lorsque apparaît un syndrome d’azotémie (1 gr. 65) avec acidose légère (acétonurie, R. A. à 48 volumes). On cesse le traitement sulfamidé, on intensifie le traitement alcalin (administration de sérum bicarbonaté sous la peau, en goutte à goutte rectal, par la bouche) auquel on associe des injections de sérum glucosé. Après une amélioration transitoire, la mort survint cependant dans le coma azotémique, les signes d’acidoses ayant régressé.
Un point dans cette observation, mérite immédiatement d’être souligné : notre malade présentait, à son entrée, une gale infectée et une albuminurie discrète, celle-ci peut-être secondaire à celle-là. Il est possible qu’il ait existé une tare rénale antérieure qui a favorisé l’éclosion de l’azotémie terminale. »