‹ Contribution à l'étude des néphrites aiguës à manifestations azotémiques prédominantesChapitre 29 sur 37 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(Professeurs Agrégés SÉDALLIAN et FROMENT)

(Résumé : Angine rouge aiguë avec laryngite catarrhale et aphonie. : Dyspnée avec cornage ; œdème du cou. Albuminurie et cylindrurie. Tension 15/9,5 ; fièvre ; aggravation ; apparition d’un galop et d’un épanchement de la base droite. Azotémie à 5 gr. 46 ; vomissements. Elévation de l’azotémie à 5 gr. 16. Amélioration des phénomènes généraux mais persistance du galop et des signes rénaux. Evolution ultérieure vers la guérison. Etiologie streptococcique prouvée par l’hémoculture.)

Mme V... Philippine, 56 ans, commerçante, entre le 11 mai 1942 dans le service des maladies infectieuses, pavillon des diphtériques, envoyée par son médecin pour angine avec enrouement et grosse dyspnée.

Dans ses ntéeédénts. on ne relève rien d’anormal ; elle jouissait, dit-elle, d’une excellente santé et ne se souvient d’aucune maladie à part un phlegmon de la gaine du médius, opéré et guéri il y a plusieurs années.

Elle est veuve et a 3 enfants bien portants.

L’affection actuelle est apparue brusquement et de façon très rapide ; dans la journée d'hier, elle présente un malaise général et une angine, quelques frissons, des douleurs vagues dans le cou. A midi, elle se couche. À ce moment, elle n’était pas dyspnéique. Les phénomènes, précise la malade, sont apparus sans prodromes, en pleine santé. C’est vers la fin de la nuit Aeere qu'est sur-

venue la dyspnée, qui a revêtu un type continu, sans paroxysmes. Ce matin, son médecin l’a trouvée avec une voix enrouée, mais non éteinte. Il l’adresse d'urgence dans le service.

A l'entrée : Malade présentant une température à 39°8. Elle est pâle, parfaitement consciente, non prostrée, mais au contraire assez agitée. Elle n'est pas cyanosée, mais son teint est terne, presque plombé. Le pouls est à 100, ample, régulier, bien frappé.

A l'examen : La gorge est rouge de façon diffuse. Les amygdales sont légèrement hypertrophiées, le voile un peu œdématié, mais surtout la luette est énorme et gonflée. Toute la région est rouge foncé, d’allure nettement ecchymotique.

La malade présente une grosse dysphagie et rejette la salive qu’elle ne peut pas déglutir. L’aphonie est complète, la voix est complètement éteinte.

La dyspnée est du type laryngé avec léger cornage sans titrage net. La malade est agitée, mais n’a pas de paroxismes dyspnéiques, d’ailleurs, la polypnée n’est que de 32.

Le cou est hypertrophié et présente un œdème diffus, doulou-

reux, mais on ne sent pas de inasse ganglionnaire nette.

Par ailleurs :

Cœur : bruits et rythmes normaux.

Poumons : quelques râles aux bases, mais la respiration est pratiquement normale. =

Système nerveux : examen négatif.

Examen abdominal : on ne sent ni le foie, ni la rate.

Le reste de l’examen est entièrement négatif.

Dans les urines, gros disque d’albumine.

Cytologie : culot moyen :

assez nombreux polys ; quelques cellules rondes ; quelques cylindres granuleux.

Prélèvement bucco-pharyngé : culture catarrhalis et pneumocoques. /

Le 14 mai 1942 : La malade est vue ce matin. Elle se plaint de douleurs vives à la base droite et dans la région hépatique ; en outre, elle est toujours abattue, mais a récupéré le son de sa voix. La gorge n’est plus œdématiée mais toujours violacée. On note au cœur un bruit de galop net avec tachycardie. La T.A. est ce matin 15/9,5. La malade dit avoir eu récemment 22. On note en outre, à la base droite, une matité tournant dans l’aisselle avec obscurité respiratoire ; une ponction exploratrice est négative. La palpation de la région hépatique est douloureuse. Le foie paraît déborder de deux travers de doigts. On donne à la malade XV goultes de digitaline.

Le 19 mai 1942 : Le cœur est rapidement devenu normal avec seulement un premier bruit vallonné. Les signes d’épanchement de

la base droite se sont précisés et la ponction a retiré un liquide mélangé à un peu de sang sans microbes à l’examen direct.

L'amélioration de la maladé ne s’est pas maintenue bien que l’état local de la gorge soit satisfaisant. Elle est dans la torpeur et vomit sans grand effort un liquide bilieux. On pratique un dosage d’urine qui montre 4 gr. 46 dans le sang et 2 jours après 4 gr. 50 dans le L.C.R. On a fait à la malade deux saignées successives à 24 heures d'intervalle une de 250 cc. et une de 80, ainsi qu’une injection intraveineuse lente de 10 ce. de sérum glucosé alcoolisé à 10 :Z. Les saignées avaient paru avoir bon effet, mais ce matin, la malade est encore très abattue. À la base droite, matité à la partie inférieure, tournant à peine dans l’aisselle et en arrière souffle à timbre respiratoire/accompagné d’obscurilé.

Depuis le 14, la malade est apyrétique. L'albuminurie persistante. La diurèse réduite à 900 ce.

Le 20 mai 1942 : La malade est toujours dans le même état : prostrée avec vomissements bilieux. Le cœur ‘est normal. Urée dans leiCR: à 4 gr. 50.

La malade quitte le service du Professeur Sédallian et passe à Sainte-Blandine dans le service de M. ie Professeur Agrégé Froment.

(Notes ajoutées dans le service du Professeur Sédallian alors que la malade était déjà à Sainte-Blandine’

25 mai 1942 : Des boîtes de gélose ont été faites avec le sang d'une saignée de la malade, CL aseptiquement et défibriné. On a été surpris de constater qu'il a poussé du streptocoque hémolytique pur. Du service du Docteur Froment, on apprend que la malade va mieux.

5 juin 1942 : Lurée est passée de 5 gr. 16 le 23 juin à 0 gr. 50. La malade va mieux. Une de en gros lambeaux de type - scarlatiniforme apparaît sur le dos des mains et des pieds. La T.A. est remontée de 16 à 17. On constate un gros cœur à la radioscopie.

(Nous ne rapportons pas ici le début de l’observation, prise dans le service du Professeur Froment. Celle-ci résumant la précédente.)

Le 21 mai 1942 : A l'entrée, on se trouve devant une malade assez prostrée, aux lèvres pâles, dont la température est à 37°2.

Appareil cardio-vasculaire :

La tension s’est abaissée à 12/7.

Le pouls est régulier à 90.

Au cœur, pas de signes orificiels. Le premier bruit, à la pointe, est un peu allongé ; à la Ee au contraire un peu rebondi.

Léger œdème pré-tibial.

Appareil digestif : La gorge garde une teinte érythémateuse mais

moins prononcée, semble-t-il, que dans les examens antérieurs.

La palpalion abdominale est négative. Constipation depuis sa maladie. Langue sèche, fendillée. Nausées fréquentes.

Système nerveux : Les pupilles ne sont pas en myosis. Les réflexes pupillaires existent, de même que les réflexes tendineux, sauf les achilléens, dont il est difficile d'affirmer l'existence.

Appareil pleuro-pulmonaire :

La tachycardie a disparu.

A l’examen :

Percussion : matité de la base droite remontant jusqu’à deux travers de doigt en dehors de l’omoplate et tournant dans l’aisselle .

L’auscultation est assez rapide en raison de l’état de la malade.

A droite : obscurité respiratoire dans les 2/3 inférieurs.

Le souffla pleurétique n’a pas été trouvé.

À gauche : le murmure paraît normal.

En somme malade qui présente à la suite d’une angine fébrile des signes de néphrite aiguë. On peut discuter une poussée aiguë au cours d’une néphrite chronique. L'examen du fond, d'œil et d’autres épreuves pourront infirmer ou confirmer cette hypothèse.

21 mai 1942 : Urines :

È Aïbumine : -0,15.

Sucre : traces indosables.

Cytologie :

rares globules rouges ; quelques cristaux ; quelques cellules de desquamation.

Urée sanguine : 4,40.

23 mai 1942 : Fond d’œil : normal.

Sang :

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