‹ Contribution à l'étude des nerfs & de la moelle chez les amputésChapitre 4 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

C'est Berard jeune, qui, pour la première fois, observa des lésions consécutives aux amputations.

Dans une communication à la Société anatomique, à la suite de l’autopsie d'un soldat amputé du bras droit, à la bataille de Waterloo, il mentionna que les lésions qu'il avait observées consistaient surtout dans une atrophie des racines antérieures et des nerfs destinés au membre amputé; les racines paraissaient moins nourries et moins grosses que celles du côté opposé.

Après lui, Larrey, qui, déjà en 1829, avait signalé un phénomène inconnu avant lui, « la réunion bout à bout de deux nerfs distincis coupés dans l'épaisseur d'un membre ayant subi l'amputation, à la suite d'aulopsies de plusieurs amputés, constatail une diminulion de volume de la moilié de la moelle correspondante à l'ampulation. »

Le GR

Mais ce n'est qu'après que Waller eut fait connaître ses mémorables expériences, que la question reprise si souvent depuis des altérations de la moelle et des nerfs chez les amputés, devint une quêstion vraiment scientifique ; jusqu'alors elle n'avait été qu'un fait curieux.

Waller, en 1851 et 1852, à la suite de nombreuses expériences sur les animaux, formulait dans une communication mémorable à l'Académie des sciences, la proposition suivante : « Lorsqu'on inlerrompt un cordon nerveux de façon à empêcher sa régénéralion, le bout périphérique séparé de son centre trophique, dégénère, landis que le bout central reslé en rapport avec ce centre trophique demeure normal. »

Ces expériences furent reprises dans tous les pays, et la proposition de Waller, vérifiée par beaucoup d'auteurs, fut bientôt considérée comme d'une rigoureuse exactitude et ne fut plus connu que sous la dénomination de « loi Waller ».

C'est du reste en se basant sur cette loi qu'il fut possible d'étudier, non seulement la distribution et le parcours des nerfs périphériques, tant moteurs que sensitifs, car la direction de la dégénérescence indiquait immédiatement la nature du nerf à l'étude, mais encore l'inextricable filet qui constitue le centre cérebrospinal.

Les centres trophiques, étant pour les nerfs moteurs les cellules des cornes antérieures de la moelle, les ganglions spinaux, ceux des nerfs Sensitifs et des racines postérieures, il fallait donc toujours trouver après la section d’un nerf le bout central de. ce nerf

(l intact, du moins dans la portion comprise entre la section et le oremier segment interannulaire, ainsi que le démontra Ranvier. — Il en était de même pour les cellules des cornes antérieures, s’il s'agissait d'un nerf moteur et des ganglions spinaux, si la section avait porté sur un nerf sensitif; toutes ces parties devaient demeurer intactes. ;

Mais, de divers côtés, se publiaient bientôt des faits, qui paraissaient en contradiction absolue avec la loi de Waller. En effet, certains auteurs avaient remarqué après névrotomie,les uns une atrophie, les autres une dégénérescence, suivant leur interprétation, soit du bout central resté en rapport avec le centre trophique, soit des cornes et des cellules nerveuses qui y sont contenues, soit même des cordons blancs de la moelle.

La loi de Waller en qui on avait une si grande confiance n'était donc pas d’une exactitude aussi rigoureuse qu'on l'avait pensé. — Il était encore facile, à cette époque, de réfuter ces faits de dégénérescence ascendante, partant du point lesé vers les centres, en invoquant l'inflammation, lanévrite consécutive à la suppuration inévitable à la suite des traumatismes tels qu'une amputation de cuisse par exemple ; mais ces mêmes constatations furent faites bien des fois, depuis l'avènement de l'ère antiseptique.

Du reste, cette névrite aurait dû être nécessairement caractérisée par une multiplication nucléaire et une augmentation du tissu interstitiel; mais rien de tout cela n'était mentionné.

Les observations s'ajoutant aux observations, les

Reie

nombreuses expériences concluant dans le même sens, il-fallut bien admettre que le bout central d'un nerf sectionné s’altérait souvent, si ce n'est toujours, de la périphérie vers les centres.

La première partie de la loi de Waller, « /a porlion périphérique de tout nerf seclionné dégénère », était exacte, tandis que la seconde proposition « la portion du nerf resté en rapport avec son centre trophique restail intacle » battue en brêche par tant d'auteurs, peut et même doît être considérée actuellement comme discutable.

Mais l'interprétation des lésions variait avec chaque auteur; il s'agissait pour les uns d’une atrophie simple, pour les autres d’une dégénérescence des tubes nerveux ; ou bien d’une dégénérescence wallerienne secondaire aux altérations par inactivité du centre trophique, ou enfin, par une catégorie d'auteurs comme une dégénérescence spéciale, cellulipète, se portant de la périphérie vers les centres, n'ayant rien de commun avec la dégénéreséence wallérienne, car elle se manifestait plus tardivement et son évolution était toute différente.

Cette atrophie pour les uns, cette dégénérescence ou cette régénération pour les autres, jusqu'où pouvaitelle se propager ? Quelle était la dernière étape de cette lésion ?

Les diverses observations mentionnaient la dégénérescence du bout central, des racines postérieures comme des racines antérieures; on signalait les altérations des cellules nerveuses des cornes antérieures,

S'Re affectant quelquefois certains groupes cellutaires seulement; on remarquait une atrophie de la moitié de la moelle correspondant à l’amputation ou de certains cordons seulement.

Enfin comme dernière manifestation de ce processus, atrophique ou dégénératif, plusieurs auteurs avaient signalé les altérations cérébrales qu'il était possible d'observer à la suite d'amputations. C'est ainsi que Ferré, Sander, Bourdon, Mossé, Battarel, MM. Landouzy, Chuquet, Boyer, Marc Sée, Wiglesworth, Gowers, Bastian et Horseley, etc, avaient signalé une atrophie des circonvolutions cérébrales correspondant exactement au centre moteur du membre absent, ainsi que permettait de le dire la connaissance des localisations cérébrales.

Tout dernièrement même M. Durante, dans sa thèse inaugurale, puis dans un travail en commun avec M. Klippel, mentionnait que la dégénéressence ascendante ne suit pas seulement sa marche progressive par le bout central du nerf sectionné et le centre trophique vers le noyau d’origine du nerf, mais peut dépasser ce noyau. « La dégénérescence ascendante peut dépasser ce noyau el se propager au neuron précédent en suivant en sens contraire les voies physiologiques du courant nerveux; nous apportons deux observalions cliniques de dégénérescence descendante des cordons postérieurs d'origine cérébrale dont jusqu'ici on n'avait encore signalé l'existence qu'expérimentalement chez les animaux .»

D'autres auteurs examinant les nerfs, la moelle et le BERG. 2

er Re cerveau d'amputés, n’ont par contre pu découvrir ni trace de dégénérescence, ni même d'une atrophie, si minime fût-elle. Heureusement, que ces derniers observateurs sont, il faut le dire, en minorité ; il aurait été sans cela bien téméraire, de vouloir infirmer une partie de la proposition de Waller qui paraissait si solidement étayée par les nombreuses expériences pratiquées sur les animaux, et les résultats si semblables, d'un grand nombre d'auteurs.

Les altérations des nerfs et de la moelle, vu la fréquence assez grande d'amputations chez l'homme, ont été étudiées par une foule d'auteurs; mais il faut convenir que loin de se ressembler, les observations diffèrent souvent, et chaque nouveau fait apporte souvent une nouvelle difficulté.

Pour éviter plusieurs causes d'erreurs, divers auteurs expérimentèrent sur les animaux, et parmi eux il faut citer Vulpian, Gudden, Erlitzky, Homen, Mr Hayem, Vanlair, etc., etc. ; mais dans ces conditions même, les résultats diffèrent généralement sur plusieurs points.

Nous profiterons souvent, dans le cours de ce travail, des constatations faites par les expérimentateurs, et, Souvent aussi nous aurons recours aux conclusions auxquelles sont arrivées ces derniers, pour expliquer certains faits absolument contradictoires observés chez l'homme.

Nous avons eu le bonheur d'observer un nouveau cas, grâce à l’obligeance de notre ami Segall, qui a été assez aimable pour nous donner la moelle et les

é— nerfs d'un amputé, mort dans le service de M. le professeur Cornil. /

.Mais avant de commencer notre sujet, c'est pour nous un devoir ainsi qu'un grand plaisir, d'exprimer notre sincère reconnaissance à tous ceux qui ont guidé nos études.

Nous. adressons nos plus vifs remerciements à nos premiers Maîtres de l'École de Médecine de Besançon pour l'intérêt constant qu'ils nous ont prodigué et en particuher à notre Maître M. le professeur Bruchon dont l'affection nous a profondément touché et dont nous sommes fier d’avoir été l'élève.

Nous prions notre excellent Maître M. le professeur Cornil qui nous reçut dans son service à l'Hôtel-Dieu ei nous permit aussi de profiter comme élève dans son laboratoire de ses leçons si pleines d'intérêt, d'accepter ici le témoignage de notre profonde gratitude.

L'excellent souvenir que nous avons conservé du temps passé dans la Clinique Baudeloque où M. le Professeur Pinard nôus a permis de compléter nos connaissances en obstétrique, nous dicte le devoir de lui exprimer nos sentiments respectueux et reconnaissants.

A M. le professeur Straus qui nous a fait l'honneur d'accepter la présidence de notre thèse, nous adressons nos remerciements les plus sincères, et le prions d’agréer l'assurance de nos sentiments de profonde gratitude.

M. Durante, chef du laboratoire du service d’accouchement à l'hôpital de la Charité, nous a toujours

TP témoigné une bien grande amitié depuis son internat chez M. le professeur Cornil, et pendant toute la préparation de notre thèse il n’a cessé de nous prodiguer ses conseils. Nous avons toujours beaucoup profité de ses connaissances anatomo-pathologiques et de technique microscopique. Nous le prions de recevoir ici le gage de notre amitié la plus profonde et d'accepter nos plus vifs remerciements.

Nous remercions aussi nos amis, le Docteur Henri Bruchon fils, et MM. Nurdin et Courvoisier qui nous ont toujours témoigné une amitié dont ils ne se sont jamais départis.

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