CHAPITRE V. ie
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= S'il n’est plus douteux actuellement que la névrite tétanique soit une entité clinique définie et qu’elle doive prendre place dans le cadre des névrites toxiques à côté de cel-
les que cause la toxine diphtérique, on doit cependant la considérer comme une affection rare et se garder d’étiqueter trop facilement comme telle toute lésion nerveuse post-tétanique ; ce diagnostic est parfois fort délicat à porter, les causes d’erreur en sont multiples. Ces troubles, peuvent relever directement du traumatisme, de la blessure eausale; les agents thérapeutiques employés pour combattre l'infection peuvent ausst être accusés. Enfin, là comme partout ailleurs en pathologie nerveuse, il faut faire la part possible de l’hystérie, qui peut Simuler une partie des troubles que nous avons décrits. Nous en faisons mention ici, seulement, pour n’y plus révenir.
A. — Les troubles nerveux observés peuvent ne relever que du traumatisme ; le tétanos alors n’est’qu’un accident, une maladie qui complique l’évolution de la blessure au même titre que la névrite, sans qu’il y ait aucuné relation entre elles deux. La névrite est due seulement à l’irritation des nerfs de la région, au contact de quelque corps étran- - wer, ou encore à l'infection de la plaie. Parfois la présence
40 — Mo es du tétanos peut donner le change, d’autres fois on reconnaîtra manifestement leur indépendance. D'ailleurs, letype dépressif est relativement rare dans les névrites traumatiques; bien plus fréquemment on observe le syndrome : contractures, spasmes, hyperexcitabilité, et le diagnostic est plutôt à faire avec les contractures post-tétaniques, assez banales, qu'avec la névrite tétanique pepronees dite:
B. — Parfois la névrite traumatique est consécutive à une intervention, et nous devons à M. le professeur Roger d’avoir pu consulter une observation où se pose le problème du diagnostic de ae affection et de la névrite tétanique, Re Il s’agit d’un blessé par éclat d’ obus atteint au membre inférieur droit; il fit un tétanos tardif, localisé et chronique. On n’observe rien d’ anormal pendant une période de * trois mois après la guérison; à ce moment le blessé étant encore porteur d’une fistule intarissable, on intervient pour lui faire une esquillectomie; onze jours plus tard se déclare une sciatique typique et rebelle. È A quoi peut-on l’attribuer? à une manifestation. de né. vrite tétanique tardive, comme on à pu parfois |” observer, ou à une lésion nerveuse opératoire ? Il est logique d”’ ad- D mettre, avec l’auteur de cette observation, résumée ici succinctement, qu’il s’agit d’une élongation nerveuse au cours des manœuvres opératoires.
C.-— Nous ne pouvons clore ce paragraphe sans mention ner les troubles nerveux réflexes mis en lumuère par les études de Babinski et Froment au cours de la euerre. Il ne. s'agit pas là de névrite, mais de troubles dynamiques pouvant toutefois donner le change avec les troubles que nous
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étudions. IIS sont caractérisés par de la contracture, en
DA NT à © : / : : 2 général, mais parfois par de la paralysie flasque, siégeant
sur le membre blessé et survenant après une période plus
où moins longue. Cette paralysie se différencie pourtant nettement des troubles névritiques dont nous avons analysé les caractères, par de l’hypotonie très marquée, de
—l’hypothermie locale accusée, et surtout par de l’hyper-
excitabilité mécanique et électrique des muscles et des nerfs. |
- D. — Les agents thérapeutiques employés peuvent occa- Sionner aussi des phéncmènes analogues. Depuis longtemps déjà on a signalé des paraplégies avec troubles sphinctériens consécutifs à l'emploi du sulfate de magnésie en injections intrarachidiennes. Elles sont en général fugaces,
et ce caractère permet à lui seul de les distinguer des trou-
bles relevant de l’intoxication tétanique. Mais ce produit peut aussi parfois causer, et cela vraisemblablement, par les impuretés qu’il peut contenir, un syndrome persistant d’irritation du công médullaire.
E. — Mais les troubles les plus difficiles à distinguer des névrites tétaniques. sont certainement ceux qui Sont consécutifs à l’emploi du sérum antitétanique. Et, en effet, ce traitement étant devenu classique, il'est bien diffeile de délimiter judicieusement ce qui revient à lintoxication tétanique, de ce qui dépend, dans cet ordre d’idée, de Jemploi du sérum. Il est des cas où la névrite relève indiseutablement de l’antitoxine ; après une injection préventive de sérum, se manifestent des troubles sériques graves, et consécutivement une névrite, alors qu'il n’y à pas eu de tétanos On peut retrouver ces faits probants dans la thèse de Charles Durand (Paris,
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1925), où sont étudiés trois cas observés au Centre de neurologie de Bourges par Lhermitte. D’autres cas avaient été publiés antérieurement par Thaon en 1910, par Clovis Vincent et Ch. Richet fils en 1911 et par Cauchoïs en 1912. Ils se caractérisent par l’apparition brusque d’une para-
Jysie dans le domaine du plexus brachial débutant par des
douleurs intenses huit à dix jours après l'injection; parfois par ung paralysie du grand dentelé (Thaon, Vincent et Richet). | |
Ces cas sont nets, et ne peuvent être rapportés qu’à l’im-
jection de sérum. Mais où gît la difficulté, c’est lorsque de
pareils troubles s’observent au cours d’un tétanos; les auteurs sont alors incertains sur l’étiologie véritable de ces
névrites et n’osent conclure, témoin le cas signalé par Hnateck, celui de Grümberger ; témoin aussi celui publié par
Gardère et Gangolphe on médical, 1908), que nous ré-
sumons 161:
J. B.., reçoit, le 26 octobre 1907, un coup de fusil chargé à de dans le pied gauche. Huit jours plus tard apparaît du trismus, le 10 novembre le malade est en pleine évolution de tétanos. On le traite par le sérum antitéta-
nique, le chloral. Le malade entre en convalescence onze
jours plus tard environ. A ce moment, il se plaint d’engourdissement de‘son membre supérieur gauche. Ce dernier est en effet le siège d’une parésie motrice surtout accusée dans les mouvements de flexion des doigts: ceux-ci sont en griffe, le malade ne peut serrer un objet. L’examen de la sensibilité montre une zone d’anesthésie au
niveau de la main et de l’avant-bras, correspondant à la
zone de distribution du cubital. Les réflexes tendineux sont abolis. Cette parésie rétrocède rapidement, sauf pour la flexion des deux derniers doigts. Il persiste pendant longtemps une diminution de la force musculaire et une zone d’hypoesthésie dans la sphère du cubital.
er. Rare Reconnaissant la difficulté de dégager la pathogénic < véritable de cette névrite, les auteurs hésitent à résoudre le problème; toutefois, mentionnant les autres cas de névrite attribuables à la sérothérapie, c’est par celle-là, qu'ils tendent à expliquer cet accident. |
1 est regrettable que dans aucun de ces cas à pathogé-. ie indécise, on ait signalé d'accidents sériques, ce qui aurait donné la signature de l’affection ; il est cependant certains éléments de diagnostic qui ne doivent pas être négligés :
LE ‘indépendance relative entre l'apparition Fe la névrite et l’évolution du tétanos : en effet si elle dépend de l’antitoxine, elle apparaîtra dans les délais que nous avons : pu fixer plus haut, par rapport à l'injection causale, sans être influencée par l’évolution du tétanos, on conçoit qu’elle puisse apparaître à un Dent quelconque de celle-cr. | AE ‘indépendance entre le siège de la névrite, qui semble se localiser de préférence dans le domaine du plexus brachial et celui de la blessure causale, soit même de la localisation primitive du tétanos; ce qui serait en opposition avec les données expérimentales, anatomopathologiques et cliniques, si l’on tentait de l’expliquer par l’action de la toxine tétanique.
L'hypothèse qu’hésitent à formuler Gardère et Gangolohe à la suite de leur observation, paraît donc satisfaire 2 esprit plus que celle de névrite tétanique.
Mais il est bien difficile de ne pas faire un rapprochement entre ces cas et l’observation publiée par Laignel-
Lavastine et Gougerot, reproduite in extenso ci-devant : (obs. I): même indépendance des manifestations névritiques et du siège de la blessure; l'apparition de la névrite a eu lieu au cours même du tétanos ce qui ne s’est repro-
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duit en aucun autre des cas signal és de névrite tétanique, cù leur apparition est plutôt tardive.
Que conclure de ce que nous venons d’ exposer? Il est bien délicat d’émettre un avis formel. D’autres, plus qualifiés, ont reconnu modestement la difficulté du problème, il serait malséant à nous de. vouloir trancher avec autorité. La sagesse nous conseille de ne point donner d'opinion définitive. Comme en bien des cas, il est prudent de savoir se contenter d’apporter sa pierre à l’édifice sans chercher à en couronner le faïîte; en espérant que cela ‘pourra servir plus tard à étayer des théories plus justes sur des observations plus nombreuses. Contentons-nous donc de rpconnaître une fois encore l'aridité du problème auquel. nous nous sommes attaqués et soyons persuadés que nous n’aurons pas fait, malgré cela, œuvre vaine. :
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