L'ÉPIDÉMIE DE
L'épidémie de grippe de 1889-1890 qui fit tant de bruit, il y a vingt-huit ans, n’a pas été la première en date. En parcourant les anciens auteurs, on la voit signalée très souvent au cours des siècles précédents. Elle serait apparue en France au xn° siècle et aurait donné lieu à de fortes épidémies au x1v° xvire et xvie siècle. Cependant il faut arriver jusqu’en 1839, pour en trouver une description assez détaillée. A cette époque plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons Landau, Bouillaud, Récamier, Pierry, Monat et Grisolle ont publié sur cette maladie des études assez complètes. En 1847 Graves étudie la maladie à Dublin et va jusqu’à dire qu’elle a fait en Angleterre plus de victimes que le choléra. Nouvelle épidémie en 1858. Puis le silence se fait pendant trente ans. Pa
La grippe reparut en France en 1889. Elle fut très violénte et atteignit jusqu’à 95 o/o de la population. Des recherches nouvelles furent faites et dans les années qui suivirent, apparurent de nombreuses descriptions. Nous les résumons brièvement.
Dans les leçons cliniques du professeur J. Teis-
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. Sier, nons trouvons de la grippe cette définition : «Maladie. infectieuse, épidémique et spécifique ». Cette notion d’infection spécifique était une nouveauté à cette époque où beaucoup tendaient à expliquer la maladie par «l’action de germes multiples différents, puisant dans certaines transformations des milieux cosmiques une virulence particulière: ». En face de cette opinion, le professeur Teissier opposait le résultat de ses expériences, démontrant la présence dans l'urine de ses malades, d'éléments lancéolés groupés deux par deux, ressemblant au pneumo-baciile de Frieäland, mais plus grands et plus mobiles. Cultivés sur gélatine, ces bacilles donnaient des colonies rappelant celle du B. Coli. Inoculés ils reproduisaient la maladie.
La, contagion, pensait-on, devait se faire, soit par le contact d'homme à homme, soit par l’eau. Le premier de ces modes de contage est fort intéressant à noter, puisque nous le retrouverons dans l’épidémie de cette année.
Au point de vue des formes cliniques de la maladie, on irouve “décrites une forme commune avec frisson initial, céphalée, rachialgie, sensation de brisement, température à 39 ou 0 degrés, urines rares, albuminurie, hypertrophie du foie et de la rate. L'évolution de cette forme était de trois jours. A côté de cette grippe banale nous trouvons la description d’une forme nerveuse avec dépression physique intense et myalgie généralisée. La forme thoracique est longuement décrite, parce que de
D beaucoup la plus fréquente. Ses caractères sont très. intéressants à noter puisque nous les retrouverons à peu près sans exception dans l’épidémie actuelle. Ce sont l'angoisse respiratoire souvent disproportionnée avec les signes d’auscultation, la mobilité . de ces signes disparaissant rapidement d’un jour à l’autre et qui souvent n’ont pas mis plus de temps à s'installer, enfin le caractère spasmodique de Pirritation laryngo-trachéale. (
On trouve également signalée une forme gastrointestinale que caractérise une diarrhée abondante avec langue saburrale, nausées, vomissements et une forme pseudo-tuberculeuse avec expectoration purulente, crachats déchiquetés. Enfin on trouve relatées quelques grippes à forme éruptive.
L'étude des complications demande quelques détails.
Huchard décrit en effet: 1° une grippe sans fièvre, mais compliquée d’une dyspnée vive, sans signes de bronchite ou de congestion, forme très grave, 2° la congestion pulmonaire banale, d’origine vasoparalytique probablement, déjà signalée par Graves à propos de l'épidémie de 1847 ; 3° la congeslion pulmonaire avec crachats hémoptoïques, dyspnée intense, congestiont centrale bien souvent, d’où son apparence de bénignité due à ce que les signes échappent plus aisément à l’auscultation ; 4° l’œdème pulmonaire ; 5° la pneumonie grippale, pneumonie en bloc à hépatisation rapide (24 heures) et n’ayant pas les caractères de la pneumonie franche.
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L'absence du frisson initial, du souffle tubaire est signalée. Huchard range cette complication parmi les états congestifs dus à un état de parésie du vague.
De son côté, Landau dans sa description de la grippe de 1835 décrit une forme de pneumonie assez spéciale avec pouls lent, face pâle, lèvres cyanosées et respiration du type de ce que l'on a nommé le Cheynes-Stokes. Tous ces symptômes sont attribués à l’intoxication du bulbe; 6 les formes à localisation cardiaque avec angor pectoris, pouls instable, intermittences fréquentes et collapsus final; 7° les complications nerveuses avec hyperesthésie, vertige ou délire violent survenant brusquement à la période d’invasion, surprenant même le malade, dans un cas cité, pendant une promenade et disparaissant brusquement dès le lendemain. |
‘Les mêmes complications sont décrites par nombre d'auteurs qui y ajoutent parfois des complications pleurétiques, rénales, articulaires. Enfin il est souvent fait mention des séquelles éloignées : sensation de faiblesse générale prolongée et névrites tenaces et rebelles.
Telles sont ainsi résumées les diverses manifestations de la grippe et de ses complications en 1889. En face de ce tableau, nous allons dresser celui de l'épidémie actuelle avec ses diverses formes et ses complicalions en nous basant, chaque fois que cela nous sera possible, sur les observations que nous avons pu recueillir.