L'ÉPIDÉMIE DE
L’épidémie actuelle parait avoir débuté au printemps de 1918. Les premiers cas en ont été signalés en mai et en juin. Il ne semble pas qu’à cette époque, on ait fait le rapprochement avec l'épidémie de 1889. C’est qu’en effet, la grippe sous la forme qu’elle revêtait alors ne ressemblait que fort peu à la grippe de ces trois derniers mois. S'il est vrai, et cela semble bien démontré, que son état aigu présentait les mêmes symptômes qu'actuellement (fièvre, céphalée, courbature, asthénie) il est également vrai que ses complications étaient d'un tout autreordre. L'appareil digestif était presque toujours en cause, et nous avons pu suivre quelques cas de cette complication. C’étaient surtout des diarrhées abondantes cholériformes ou dysentériformes. Nous avons à notre connaissance un cas où, en présence de ces symplômes, on pratiqua l'examen des selles qui se montra absolument négatif. Il ne s’agissait ni de choléra, ni de dysenterie.
À mesure que la saison s’avança, les complications .changèrent et, dès le mois de septembre, les localisations pulmonaires furent de beaucoup les plus
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nombreuses et les plus graves. Il y a lieu de noter, en effet, que le jour où le germe de la grippe a élu
domicile dans le poumon, il a manifesté une viru-
lence plus forte. Il est évident qu’au contact du
parenchyme pulmonaire, dans les chaudes alvéoles
irriguées par un riche réseau sanguin, il a trouvé un milieu de multiplication de premier ordre.
Nous avons relevé dans le service du professeur
Chantemesse 136 observationsde grippe, provenant, - pour la plus grande part, de ces trois derniers mois. Sur cet ensemble de cas, les complications pulmonaires se sont montrées soixante-huit fois soit chez plus de la moitié des malades observés. |
Ce pourcentage énorme de complications est très probablement dû au milieu hospitalier où vivent ces malades. Les auteurs qui ont étudié cette question, sont unanimes à admettre ce fait frappant. Partant de cette constatation, ils ont recommandé l’isolement inäividuel des malades et le départ précoce des convalescents. Nous connaissions déjà l'inclémence de l'hôpital pour les rougeoleux. Celle constatée envers les grippés constitue une notion nouvelle pleine d'intérêt.
Quelles sont ces complications pulmonaires de la grippe? La broncho-pneumonie vient au premier rang par sa fréquence et par sa gravité. Par sa fréquence, puisque dans les statistiques que nous avons pu établir, nous la trouvons trente-trois fois sur les 68 cas de complications pulmonaires. Par sa gravité également, puisqu'elle englobe à elle seule 10 décés sur 15,