I. — Sujet de la thèse
Le glucose est un élément normal de la composition du sang. Sa présence dans le sang est désignée par le terme : glycémie.
Beaucoup d'auteurs ont apprécié la quantité de glucose contenue dans un litre de sang. Cl. Bernard avait donné 0,50 p. 1.000 comme valeur de la glycémie; ensuite, Bang donna 1 gramme à 1,20; Frank, 0,60 à 1,10; Norden, 0, 50 à 4,50; Kowarsky, 0,5 à 1,10; Strauss, 0,40 à 0,80; Seegen, 0,44 à 1,70; Hopkins 0,65 à 1,00; Cumming et Piness 1,20; Lepine et Boulud, 1,48; Baudouin, 1,25 à 1,50; Marguerite Mendelssohn, 0,64 à 1,09; Sigwald, Froment et Mile Levina,. 0,95 à 1,00.
L'examen des divers résultats montre les différences quelquefois très grandes enregistrées par les auteurs. Elles tien-
ME ae nent à plusieurs causes. La glycémie en effet, varie, toutes choses égales, avec les individus; de même la mesure de la glycémie donne des résultats différents selon le choix des réactifs et la méthode employée.
Mettant à part les variations dues à des causes individuelles ou tenant à des diversités de technique, plusieurs auteurs ont étudié chez un même sujet une série de variations de la glycémie de causes multiples; variations dues à l’apport alimentaire, à l’ingestion de glucose, à l’effort musculaire, aux différences de température, etc. De telles variations sont connues; nous savons bien qu’en les citant nous n'apprendrons rien à personne; si nous leur avons fait une place dans notre travail, c’est pour qu’on puisse les comparer à un autre ordre de variations, variations spontanées de la glycémie, sans causes apparentes, que nous avons notées chez tous les sujets, qui ont été vues par quelques auteurs, mais qui n'ont jamais été étudiées à fond, et qui ont été le but de nos recherches. À ces différences de peu d’amplitude en général, nous donnerons le nom d’oscillations, réservant le terme de variation pour les grandes différences de la glycémie de cause physiologiques ou pathologiques. Ces oscillations se produisent non seulement lorsque la glycémie, en dehors de tout repas, de tout effort, est grosso modo constante, mais même lorsque des facteurs physiologiques ou pathologiques entraînent de grosses variations du taux du glucose sanguin. Si les oscillations ne modifient pas l'aspect général de ces variations, du moins elles en modifient les détails. Le sujet de notre étude porte donc sur la recherche systématique des oscillations de la glycémie à jeun et après le repas, chez le sujet normal et chez le diabétique. Dans une deuxième partie, nous avons essayé de montrer par quel mécanisme on pouvait expliquer la production de ces oscillations ét quelles conclusions on pouvait en tirer.
IT. — Nature des matières sucrées du sang.
Au cours de notre ouvrage, nous allons nous trouver à, chaque instant en présence de termes tels que : glucose sanguin, sucre du sang, etc.; il nous paraît donc indispensable de rappeler succinctement la constitution chimique des hydrates de carbone du sang.
Les matières sucrées du sang ne sont pas constituées uniquement par le seul glucose. Si on dose les matières sucrées du sang par une méthode de réduction, on trouve, d’après Lepine, que le sang contient 0,80 p. 1.000 de glucose; mais si l'on se sert du polarimètre, on trouve un chiffre plus faible de moitié environ. Il semble donc qu'il existe dans le sang plusieurs variétés de sucres de constitution chimique, de pouvoir réducteur semblables, mais de propriétés différentes.
M. Labbé écrit : « Sous le nom de glycémie, on désigne la teneur du sang en glucides réducteurs. Ceux-ci sont surtout représentés par du glucose, des traces de lévulose, de maltose et de substances hydrocarbonées indéterminées. À ces glucides, il faut ajouter de petites quantités de corps sulfurés doués de propriété oxy-réductrices tels que le glutathion et les complexes cystine-cystéine. »
Lépine pensait qu'il y avait un sucre fortement combiné et un sucre faiblement combiné ou sucre virtuel provenant de sources différentes. Lépine pensa d’abord que le sucre virtuel était du glycogène, puis un produit de conjugaison de l'acide elucoronique, ensuite une sorte de glucoside dédoublable par l’invertine; enfin, un glucide capable d’être libéré par un segment de vaisseau ou un réseau capillaire rendu exsangue. Ce sucre virtuel serait très abondant dans le sang des chiens ayant souffert dans leur nutrition.
En 1912, Bierry et Fandard trouvèrent, dans le sang et le plasma de divers animaux, à côté du sucre libre un autre glucide dont la présence ne peut être dévoilée qu'après un processus d’hydrolyse.
Depuis 1920, Bierry, Rathery et Mlle Levina font porter leur dosage sur le plasma sanguin; ils trouvent un sucre protéidique qui peut être évalué à partir des protéides plasmatiques isolées. Ce sucre entre dans la constitution moléculaire de ces protéides plasmatiques. D’après ces auteurs, ce sucre protéidique doit être regardé comme un terme de passage des protéides aux glucides. En effet, disént-ils, le plasma sanguin
renferme et transporte une dose de glucide dont le taux se maintient sensiblement constant à travers les régimes et jusque dans l’inanition elle-même. L'organisme est donc capable de fabriquer du sucre au dépens de ses réserves et on admet qu’au cours du jeûne il épuise tout d’abord les réserves hydrocarbonées proprement dites.”
Rathery et Mlle Laurent pensent que dans la production de certaines hyperglycémies ou hypoglycémie le glycogène ne joue presque pas, alors que le sucre protéidique a un rôle considérable. La diminution du sucre protéidique coïncide, en général, avec la teneur maxima du plasma en sucre libre. La teneur maxima du plasma en sucre protéidique ne correspond jamais à la teneur maxima en sucre libre, celle-ci s’obvant toujours avant celle-là.
Winter et Smith admettent que les hydrates de carbonne de l'alimentation sont décomposés en glucoses « et 8.
Ces deux formes ne sont pas assimilables par les tissus, et pour que la glycolyse se produise utilement, il faut que les glucoses B et à soient transformées en glucose y. C’est à l'insuline qu'est dévolu ce rôle.
Pour E. Aubertin, les tissus jouent un rôle important dans le métabolisme des glucides et il fait intervenir dans ce métabolisme un élément qu'il appelle la tissuline.
Lungsaad et Swendaage Holboell admettent, comme Winter et Smith, la transformation nécessaire des glucoses « et 8 en un sucre assimilable qu'ils appellent néo-glucose; mais cette transformation ne peut être faite que par l’insuline associée au tissu musculaire.
En définitive, on voit qu'il y a dans le sang un sucre libre,”
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comprenant surtout du glucose et d’autres matières hydrocarbonées, et un sucre contenu dans le sang sous des formes dissimulées : sucre virtuel de Lépine, sucre protéidique de Rathery et Bierry, etc., que Baudouin groupe sous le nom de sucre potentiel.
Dans le dosage de la glycémie, on ne recherche que le sucre libre; la variété des glucides qui le composent peut expliquer, dans une certaine mesure, la divergence des résultats obtenus, selon les méthodes employées.