ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les lésions, toutes locales naturellement, ont été étudiées aux points de vue anatomique et histologique par différents auteurs.
La forme et les dimensions de ces plaques osseuses sont très variables. Celle qui fut opérée par Laqueirière mesurait une douzaine de centimètres de hauteur .sur 5 à 6 de largeur. Une autre, extirpée par Almy avait les caractéristiques suivantes : «contour déchiqueté et aminci, convexe sur sa face externe, concave sur sa face interne pour se mouler sur les masses charnues de la fesse, longue de 20 cm., large de 10 cm., dans sa partie moyenne, et plus étroite au niveau de ses extrémités, épaisse de 1 cm. à 1 cm. 1 72, percée d’un certain nombre de trous arrondis ou ovalaires dont le diamètre ne dépasse pas 1 cm. ».
Chez un sujet opéré par Cadiot, la plaque osseuse «de forme triangulaire à base supérieure, d’une longueur de 15 centimètres sur 7 à 8 de large, avait sa pointe noyée dans le tendon du demi-tendineux. Sa face interne est
concave, surtout en sa partie supérieure; sa face ex-
terne n’était séparée de la peau que par une couche dé tissu conjonctif ».
Martin et Cochart décrivent ainsi la lésion qu’ils ont observée : «le poids dela tumeur avant l'enlèvement des lambeaux de tissu conjonctifet des débris d’aponévrose était de 39 grammes. Débarrassée de toutes les parties molles qui la recouvraient, son poids est de 16 grammes. Une portion centrale complètement ossifiée, présentant dans sa partie la plus résistante une épaisseur de 2 millimètres environ, amincie sur les bords et percée de part en part de trois trous de forme régulière, constitue la pièce principale de la tumeur osseuse à laquelle viennent s’adjoindre sous forme d’ailes, par l’intermédiaire de portions non ossifiées trois plaquettes irrégulières beaucoup moins résistantes ».
L'ossification extirpée par Barrier avait les dimensions suivantes : longueur 14 centimètres, largeur 6 centimètres, épaisseur 4 à 6 millimètres. Elle se présentait «sous l’aspect d’une plaque scutiforme, creusée de vacuoles, de petits pertuis, la traversant de part en part ou n'intéressant qu'une partie de son épaisseur. Sa face interne, qui faisait corps, pour ainsi dire, avec l’aponévrose fessière, est plus irrégulière et plus anfractueuse que sa face externe, laquelle était sous-cutanée et un peu convexe ».
Enfin, chez le seul sujet que nous avons opéré, la plaque quoique irrégulière dans son contour avait l’as-
pect d’un quadrilatère dont l’angle supérieur était plus
ouvert que l'angle inférieur. Elle mesurait 14 centimètres dans sa hauteur et 8 dans sa plus grande largeur : son épaisseur, dans la portion centrale, ne dépassait pas 10 à 12 millimètres. La face externe, un peu memelonnée, était cependant assez nettement convexe. La face profonde, au contraire, était plus irrégulière. La partie ossifiée ébait d’un seul tenant ; elle était percée de deux trous ovalaires de la dimension d’une pièce de cinquante centimes, et de quelques autres beaucoup plus petits. Sur la coupe, le tissu compact avait nettement l’aspect de l’os.
L'examen microscopique de ces lésions, n’a été pretiqué que par quelques auteurs. Un fragment, préparé
à sec suivant la technique de Ranvier, montra à Petit
et Almy qu'il s'agissait d’un ostéome et non pas d’une:
calcihication pure et simple de l’aponévrose fessière, puisqu'il y avait des canaux de Havers et des ostéoplastes. Martin et Cochart firent les mêmes constatations.
En 1905, le professeur Petit donnait d'intéressantes précisions sur ces lésions. « Dans ces cas d’ostéomes aponévrotiques, il est facile de se convaincre qu'il s’agit bien d’une ossification véritable et non pas seulement d’une calcification. 11 suffit d’en détacher une lamelle et de l’user jusqu’à transparence à la lime, d’abord, puis sur une meule ou une pierre à repasser. L'examen
microscopique direct permet d'observer les petites ca-
vités osseuses connues sous le nom d’ostéoplastes, si caractéristiques avec les multiples canaliculeS anastomotiques qui les hérissent… Cette ossification s’opère sans formation préalable de cartilage, par transformation directe et immédiate des fibrestendineuses et des fibres de Sharpey, calcifiées et osséinisées, et des cellules conjonctives en ostéoblastes, aptes à élaborer les lamelles osseuses caractéristiques ».
L'absence de congestion, de diapédèse et de toute lésion inflammatoire, fait dire au professeur Ball que « les ostéomes des aponévroses représentent non des tumeurs à proprement parler, mais de simples métaplasies ostéoïdest ». Ces productions, qui n’ont rien de néoplasique, méritent donc beaucoup plus les noms d’ossifications ou de métaplasies osseuses que celui
d’ostéomes (Ball).
1. La métaplasie consiste dans la transformation directe d'un type cellulaire déterminé en un autre sans stade jeune intermédiaire, sans
hyperplasie.