‹ Contribution à l'étude des ostéoses métalliques: Cadmium, Plomb, BismuthChapitre 15 sur 37 · PS ES · texte numérisé non relu

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d'aliments contaminés par l’eau, soit que le plomb provienne d’ustensiles de cuisine. Quoiqu'il en soit, le métal ainsi ingéré est absorbé au niveau de l’intestin, puis il passe dans la circulation générale qui le répartit dans l’organisme.

Pour les différents auteurs, la voie cutanée est possible, mais beaucoup plus rare.

Chez l'adulte, le seul cas positif que nous ayons retrouvé est celui d’Askaxazy. Ici, il s'agissait d'une intoxication d'origine professionnelle, et l’on sait alors l'importance de la voie respiratoire. Elle est susceptible de provoquer des intoxications rapides et graves. La voie cutanée est lente et de peu d’importaace pratiquement.

En résumé, deux groupes de sujets sont plus particulièrement susceptibles de présenter des lésions

osseuses d’origine saturnine, ce sont :

— d’une part, les enfants qui s’intoxiquent par la voie digestive ;

— d’autre part, les professionnels du plomb, l’inhalation des poussières plombifèresjouant ici le rôle primordial dans la détermination

de l’intoxication.

Dans tous les cas, il semble qu’un certain laps de temps ait été nécessaire pour réaliser des manifestations de cet ordre et que même lorsque ces lésions étaient découvertes, à l’occasion d’accidents aigus, il s'agissait de lésions déjà anciennes qui étaient restées

latentes pendant un temps plus ou moins long. En

Re

effet, nous pouvons dire, tout de suite, que ce nesont

pas les lésions osseuses qui attirent l’attention sur le

malade. Elles donnent naissance à peu de troubles et

ne sont découvertes qu’à l’occasion d’un examen sys-

tématique (radiologique) du squelette.

29 CLINIQUE ET RADIOLOGIE.

Dans quelles circonstances et à l’occasion de quels troubles ont été décrites ces manifestations osseuses ?

Les auteurs américains Park Jackson et Kaypi publiaient, en 1931, les observations de quatre enfants dont l’histoire était tout à fait analogue.

L'une était celle d’un jeune garçon de 13 mois qui fut admis à l'hôpital pour des convulsions généralisées et une constipation importante. L'interrogatoire permettait seulement d'apprendre que l'enfant avait l'habitude de ronger la peinture de son lit, de sa voiture. Normalement constitué, il présentait, outre un certain degré de pâleur, une hypotonie musculaire notable. L’examen neurologique se révélait entièrement négatif ainsi que le reste de l’examen somatique (cœur, poumons, abdomen étaient entièrement normaux). Il n'existait pas de liseré saturnin sur les gencives. A la ponction lombaire on obtenait un liquide céphalo-rachidien normal. Dans le sang existaient des hématies ponctuées. Secondairement apparurent des paralysies partielles, tandis que la température s’élevait aux environs de 4o°. L'évolution fut fatale en

quelques jours. L’autopsie pratiquée ne révéla aucun

fait important, excepté, à l'analyse gaines la pré— sence de plomb dans le cerveau.

La seule partie du squelette examinée ici furent les côtes. On constatait à leur niveau les anomalies suivantes : la ligne d'ossification, non irrégulière, formait une large bande nettement dessinée contre le reste de l’os ; elle tranchait par sa couleur plus pâle et était limitée vers l'os par une ligne pâle, spéciale. Le bord regardant vers le cartilage était pâle aussi, mais non dentelé.

Des radiographies des extrémités antérieures de trois côtes moyennes obtenues à l’autopsie ont été faites ainsi qu'un examen histologique. Nous allons revenir sur ce point dans un instant.

En résumé, il s'agissait d'un jeune enfant ayant présenté une manifestation aiguë de saturnisme (d'ordre encéphalitique) Les lésions osseuses furent des trou-

vailles d’autopsie.

Voici une autre observation. Elle est rapportée par Vocr et concerne un nourrisson, du sexe féminin, âgé de 11 mois, admis à l'hôpital pour des vomissements persistants depuis trois semaines. L'enfant avait été nourrie au sein jusqu’à l'âge de six mois, puis mise à une formule de lait complet. Depuis l’âge de six mois, elle prenait régulièrement du jus d’orange, et du viostérol les deux dernières semaines. L’examen physique ne décelait aucune anomalie. Le liquide céphalo-rachidien était hypertendu, hyperalbumineux et contenait vingt éléments. Un examen hématologique

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pratiqué montrait l'existence de nombreuses hématies ponctuées dans le sang. À la radiographie du squelette: les lésions caractéristiques du saturnisme au niveau des extrémités des os longs.

Le point intéressant ici est l'impossibilité de mettre en évidence une source d'intoxication par le plomb, la mère niant avoir utilisé des protége-seins en plomb, ce qui était le cas d'un autre enfant admis à l’'hôpital dans des circonstances assez analogues, mais chez lequel l’évolution s’était montrée défavorable: l'enfant, en effet, était décédé trois jours après son entrée à l'hôpital. L'autopsie pratiquée révélait l'existence d’un cerveau tout à fait œdématié et la mort fut attribuée à une encéphalite. Le fémur droit fut prélevé pour examen chimique et histologique.

De nombreuses autres observations semblables ont été relatées surtout par les auteurs américains et japonais, Il serait fastidieux de les rapporter toutes. Un point commun les relie entre elles : toujours les lésions osseuses sont découvertes soit à la radiologie, soit à l’autopsie. Elles restent latentes, ne donnant lieu, par elles-mêmes, à aucune symptomatologie clinique, et ne sont découvertes qu’à la faveur d’accidents aigus de saturnisme : encéphalite le plus souvent, coliques de plomb d'autres fois.

La preuve du saturnisme dans tous les cas relatés pouvait être faite biologiquement par la constatation d’hématies à granulations basophiles accompagnant une élimination notable de plomb dans les urines.

Quelles étaient les anomalies radiologiques consta-

HS)

tées ? étaient-elles caractéristiques ? C’est à cette étude que se sont particulièrement attachés les auteurs

américains Park, Jackson, Vocr et CArF£EY.

En 1933, Park et Jackson, dans une étude approfondie, donnaient une description des « ombres » radiologiques produites par le plomb dans les os en période de croissance. C’est un travail complet auquel

n'ont rien ajouté ceux des autres auteurs.

Ces « ombres » se développent toujours à la jonction du cartilage épiphysaire et de la diaphyse ; en conséquence si le cliché a été pris en cours d'intoxication, l’ombre se trouve tout à fait à l'extrémité de la diaphyse ; si, par contre, un certain laps de temps s’est écoulé entre la période où a eu lieu l’intoxication et celle où l’on a fait l'examen radiologique, cette ombre est séparée du cartilage épiphysaire par une hauteur plus ou moins importante d’os normal. Ces ombres sont d'autant plus marquées que la croissance au niveau du cartilage épiphysaire est plus rapide et inversement. Leur intensité et leur finesse de structure est aussi très variable selon les cas. Lorsque l’intoxication est intense, elles se manifestent comme une bande bien délimitée, homogène, d’une densité métallique, située en travers de l'extrémité de la diaphyse. La transition avec l'os normal est nette. C’est l’aspect que l’on retrouve quand la radiographie a été faite en cours d'intoxication. Il est différent lorsque celle-ci a cessé longtemps avant la prise du

cliché : la zone est plutôt moins dense, sa structure

UE fine est visible, sa délimitation avec l’os adjacent, des deux côtés, indistincte.

Dans de tels cas, la zone anormale paraît constituée de travées plus nombreuses et brillantes que normalement ; enfin la trame de la zone lésionnelle paraît dégradée à l’intérieur de la trame de l’os qui lui fait suite.

Des faits analogues ont été décrits pour le phosphore, mais la bande phosphorée est extrêmement dense ; sa structure n’apparaît pas radiologiquement ; les limites de séparation avec l’os normal sont beaucoup plus nettes. Ces différences sont si marquées selon les auteurs, que l’on peut en tirer des conciusions utiles : le phosphore développerait son effet pleinement et soudainement et s'arrêterait de même, alors que dans le cas du plomb, l'effet sur les os continuerait un certain temps, après que le plomb aurait terminé son cycle dans l’organisme.

Les variations d'intensité de ces bandes opaques sont grandes : chez certains enfants elles sont à peine visibles, chez d’autres elles sont absolument caractéristiques.

Lorsque l'exposition au plomb a cessé complètement avant la période où a été pratiqué l’examen radiologique, on peut fréquemment observer, à un examen minutieux, et dans les zones de croissance: rapide, deux bandes opaques superposées : l’une tout à fait à l'extrémité de la diaphyse qui serait postérieure à l’intoxication et due à l’apport continuel du

plomb accumulé dans les différentes parties du sque-

lette ; l’autre, située un peu au-dessus, correspondrait à la période d’absorption du métal. Assez souvent, en outre, l’os intermédiaire montre la présence d’une ligne transversale.

A la longue, ces ombres diminuent d'intensité et finissent par disparaître. Leur durée dépend de facteurs divers: l'épaisseur initiale, la densité de la bande opaque et la rapidité avec laquelle le processus de résorption prend place dans l’os.

La lésion type au point de vue radiologique est donc constituée par une bande opaque, siégeant à l'extrémité de la diaphyse des os longs en croissance, à la jonction du cartilage épiphysaire. Le reste de la diaphyse n’est pas modifié. Les épiphyses sont entièrement normales.

Ces signes radiologiques semblent toutefois ne pas se localiser seulement sur les os longs ; des faits tout à fait semblables ont été décrits au niveau des côtes. Park-Jackson et KasDp1, examinant aux Rayons X les extrémités antérieures de trois côtes prélevées au cours d’une autopsie, constatèrent, également, | existence d’ombres disposées sous forme de bandes étroites. Dans le cas étudié, il y avait ainsi trois bandes parallèles’: l’une, la plus éloignée de larticulation costochondrale, semblable à un ruban d'ombre dense, large d'environ un millimètre à un millimètre et demi, craisait le corps de l'os à un millimètre et demi de l’extrémité ; la deuxième figurait une simple ligne située tout à fait à l’extré-

milé de la côte ; la troisième, enfin, simple ligne éga-

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