ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Description type : fémur (extrémité proximale).
La modification la plus frappante consiste dans une prolifération importante de la charpente interne de Pos dans la portion terminale de la diaphyse, proche du cartilage de croissance, occupant la place exacte
de la bande opaque constatée sur la radiographie et
RG ou
se traduisant sur une coupe récente par une bande bleu de perle. Cette trame osseuse paraît plus com-— pacte et plus épaisse que normalement. Les travées osseuses sont disposées sous forme de colonnes parallèles à l’axe longitudinal de la diaphyse. Mais elles sont beaucoup plus nombreuses que normalement et étranglent véritablement les espaces médullaires qui ne se présentent plus que sous forme de fentes étroites. Cet aspect est celui de la substance fondamentale du cartilage, calcifiée, vue dans les zones de calcification primaire des os normaux ; mais elle est en quantité anormalement importante et la disposition sous forme de colonnes mieux préservée que dans l’os normal. Dans certaines zones les étroits septa transverses existant entre les espaces cellulaires du cartilage n’ont pas été détruits ; il existe même des cellules cartilagineuses. Contrastant avec ce phénomène, on observe une absence presque complète de l’endoste. Toutefois dans les portions les plus âgées de la zone bismuthique une ossification
active a commencé.
Enfin, troisième fait frappant : c’est l'existence de franges basophiles sur les bords des trabécules, très variables en nombre, grandeur et aspect aux différents étages de la lésion ; elles sont plus larges, plus nombreuses, plus grossières dans la portion la plus sombre. À l’extrême limite de la diaphyse elles sont complètement absentes. À mesure que l’on progresse
en hauteur à partir de l’épiphyse, le nombre des
Puits Es
cellules incluses augmente et la coloration bleue devient plus intense.
Les ostéoclastes et les ostéoblastes sont en nombre réduit dans cette zone. |
En résumé, les anomalies constatées à la radiographie correspondent à des modifications histologiques profondes ; il se produit au niveau de la zone de calcification du cartilage, des modifications importantes telles que le calcium y est déposé en quantités considérables. Les travées calcifiées y sont multipliées et élargies, les espaces médullaires étranglés.
Le fémur et le tibia gauches de chaque animal ont été prélevés pour déterminer le taux de bismuth, phosphore et calcium contenus. Les résultats montrent que le métal est présent dans les extrémités osseuses des animaux ayant reçu du bismuth alors que normalement il est inexistant.
Connaissant la quantité de chacun de ces métaux présents, la relative importance du calcium et du bismuth dans la production de l'accroissement de densité radiologique des zones touchées peut être déterminée en considérant leur coefficient d’absorption atomique pour les rayons X. En fait, ici, le calcium est beaucoup plus important dans la production des ombres existant aux extrémités osseuses (de 9 à 14 fois plus important). Il apparaît aussi une corrélation définie entre la dose de bismuth et les modifications anatomiques (plus il y a de bismuth, plus les modifications sont importantes).
Continuant à étudier les conditions d’intoxication
LESC
par le bismuth par rapport au système osseux, CAFFEY fait une troisième série d'expériences pour déterminer les relations entre la durée de l’intoxication et la rapidité de croissance d’une part, et les modifications histologiques et radiologiques de l’autre. Il constate ainsi radiologiquement et anatomiquement que les lésions étaient plus accentuées après 21 jours qu'après. 12 jours.
Complétant son étude du bismuth en recherchant quels facteurs peuvent modifier son action sur le système osseux, CAFFEY étudie l’influence de la parathyroïde et il constate que l'extrait parathyroïdien prévient le développement de métaplasie osseuse péritrabéculaire.
Il ressort donc de cette étude expérimentale et
clinique des faits particuliers à savoir :
— la possibilité de constater cliniquement et radiologiquement des lésions osseuses nettement en rapport avec les traitements bismuthiques suivis par ces malades enfants et adultes : les uns présentant peu de troubles fonctionnels ont des lésions radiologiques accentuées, les autres présentent des phénomènes d’ostéoporose (vertébrale surtout) douloureuse.
— ces lésions ont pu être reproduites expérimentalement et les modifications histologiques qu’elles
provoquent étudiées.
Nous pouvons, en concluant ce chapitre, comparer le métabolisme du plomb à celui du bismuth dans
l'organisme. Tous deux se comportent comme le
PRE TRe
calcium dans les combinaisons phosphoriques et donnent des troubles osseux qui sont de véritables troubles métaboliques. Les combinaisons phosphoriques de calcium, plomb, bismuth se juxtaposent dans les os.
Toutefois, leur mode d'action dans le déterminisme des troubles osseux qu'ils provoquent n’est peut-être pas absolument identique : l’un ‘le plomb) semble Jouer un rôle très direct en se déposant en abondance dans les os ; l’autre (le bismuth) est stocké de façon moins importante dans le squelette.
Chez l'enfant, les troubles radiologiques dont ils sont la cause étant tout à fait analogues, la notion d’étiologie interviendra pour faire le diagnostic entre les deux métaux ; par ailleurs, ils sont suffisamment caractéristiques pour ne pas être confondus avec une autre maladie.
Chez l’adulte, dans un cas il y a production d’ostéite fibreuse sans traduction fonctionnelle, semblet-il; dans l’autre on obtient une ostéoporose doulou-
reuse.