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PRONOSTIC ET TRAITEMENT

U est un point qui, par rapport au pronostic, a bien son importance. Quelques malades voient les troubles de la motilité apparaître seulement quelques mois après le début de leurs habitudes alcooliques ; ceux-là sont privilégiés, car, s’ils s’arrêtent à temps sur la pente, ils ont bien des chances de guérir définitivement. Au contraire, quand il s’agit d’une intoxication ancienne, que les patients perdent l’appétit, maigrissent, qu’ils se mettent à tousser, le pronostic est évidemment beaucoup moins favorable. — Le médecin doit d’ailleurs savoir que les malades ne sont pas seulement menacés par leur impotence motrice; ils le sont, et peut-être plus gravement encore, par la possibilité d’une complication qui fait rarement défaut chez les individus fortement intoxiqués par l’alcool ou les essences. Nous voulons parler de la tuberculose pulmonaire qui hâte le dénouement : tuberculose spéciale, à marche rapide, débutant d’ordinaire par le sommet du poumon droit, puis atteignant l’autre poumon et amenant la mort du malade avec tout le cortège de la cachexie tuberculeuse. D’autres fois, la complication se montre du côté du foie, et l’on a affaire à une cirrhose de buveur, avec ascite, dilatation des veines sous-cutanées, atrophie de l’organe et amaigrissement rapide. Nous devons dire cependant que cette cirrhose est plutôt le fait d’excès de vin ; or, nous avons essayé de démontrer que les paralysies alcooliques frappaient surtout les buveurs d’essences, de sorte que la cirrhose est relativement rare chez les buveurs qui ont une paralysie. Enfin, dans quelques cas, c’est le délire alcoolique qui précipite le dénouement et qui au bout de quelques jours entraîne la mort du malade.

Passons maintenant aux indications thérapeutiques. L’indication la plus formelle et la plus pressante est de supprimer la cause de l’empoisonnement, c’est-à-dire de forcer le malade à renoncer à ses habitudes. C’est là le point difficile ; et si on peut parfois atteindre ce but à l’hôpital, il est rare que les clients de la ville aient assez de force de volonté pour s’astreindre à cette privation. Dès qu’ils se sentent soulagés, ils reprennent leur façon de vivre ordinaire, et tout est à recommencer.

Dans certaines circonstances, il est indiqué de calmer les douleurs

intolérables que les patients accusent dans leurs membres et qui causent une insomnie complète. Nous avons vu M. Lancereaux ordonner avec succès le chloral uni au sirop de morphine. 11 ne faut pas craindre de donner une forte dose de médicament. Le but du médecin est de faire dormir le malade ; il doit donc augmenter la quantité du médicament jusqu’à ce qu’il y soit arrivé. D’ailleurs nous avons vu souvent le chloral à la dose de 2 à 3 grammes provoquer une période d’excitation extrêmement violente chez les alcooliques alors que !\ grammes ou h gr. 50 procuraient un calme réparateur. La dose moyenne sera de 3 gr. 50 de chloral associés à à0 grammes de sirop de morphine. Quand on est arrivé à calmer, on a rempli une indication urgente ; souvent l’appétit renaît, les forces reviennent et l’état général s’améliore grandement. Quand on a réussi à empêcher l’absorption de nouvelles doses de substances toxiques, il faut favoriser l’élimination de ce qui a été fixé par les tissus. C’est à ce titre que les frictions sèches de la peau, le massage, les douches froides ont été conseillés et ont parfois donné des résultats appréciables.

Enfin, il est une dernière indication qu’il faut remplir ; il faut s’efforcer d’enrayer les progrès de la paralysie et arrêter par là les progrès de l’atrophie musculaire. Pour cela, l’électricité a été mise en œuvre. Les courants galvaniques ont été employés surtout par Remak et Erb et leur action paraît s’exercer plutôt sur la fibre nerveuse. Quant aux courants faradiques ils sont employés pour empêcher l’atrophie de la fibre musculaire ; en somme, c’est encore l’électricité qui donne les meilleurs résultats dans le traitement médical des paralysies alcooliques.

Dans ces dernières années, on a traité chirurgicalement certains pieds-bots paralytiques de l’alcoolisme. Il s’agissait de cas où la rétraction musculaire et l’adhérence des tendons dans les gaines provoquaient des déformations permanentes. M. Terrillon, sur les conseils de M. Charcot a pratiqué la section du tendon d’Achille chez des malades atteints de paralysie alcoolique. Le résultat a été satisfaisant, mais les malades ont dû rester immobilisés pendant plusieurs mois dans un appareil inamovible.

Conclusions.

I. — La paralysie alcoolique, d’après les faits que nous avons recueillis et d’après nos observations personnelles, a une prédilection marquée pour le sexe féminin.

II. — Elle atteint surtout les individus qui font usage de liqueurs contenant des essences. L’absinthe est la plus répandue, puis viennent le vulnéraire, l’anisette, le vermouth, le bitter, et en général toutes les boissons qu’on désigne sous le nom d’ « apéritifs ».

Cette intoxication par les essences se révèle par des signes spéciaux, et en particulier par une hyperalgésie souvent généralisée, par l’exagération du réflexe plantaire, par des douleurs extrêmement vives dans les membres inférieurs.

III. — La paralysie alcoolique occupant les membres inférieurs d’une façon symétrique est de beaucoup la plus fréquente ; mais elle peut se limiter aux membres supérieurs et parfois atteindre les quatre membres. Dans des cas très avancés, on peut observer une atrophie généralisée du système musculaire.

IV. — Les lésions du côté des yeux sont multiples : l’amaurose par atrophie de la papille se rencontre dans quelques circonstances.

V. — Le pronostic dépend surtout de la durée de la paralysie. Une amélioration très sensible et même la restitutio ad integruvi est possible quand le début du mal est peu éloigné.

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