‹ Contribution à l'étude des paralysies généralesChapitre 9 sur 19 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(M. J. Cuel), du Bulletin de la Société clinique de

médecine mentale

Mme L..., âgée de 43 ans, est entrée à l’Asile de Villejuif (Service du docteur Trénel) en juin 1922, venant de l’hôpital Tenon avec le certificat suivant :

Est atteinte de paralysie générale, à la phase démentielle. Elle est dans un état d’indifférence absolue avec inconscience de sa situation. Euphorie béate, rires stéréotypés et non motivés. Eléments délirants constitués par l’idée qu’elle est. chanteuse émérite et qu’elle doit s'engager à l’Opéra.

À l’Asile, complètement désorientée, elle déclare qu’elle est toujours à Tenon. Elle a 25 ans. l’année 1898.

Elle a de riches vêtements, de belles robes, de beaux chapeaux.

L'examen physique montre une rigidité pupillaire complète, du tremblement de la langue, une difficulté certaine à prononcer les mots d’épreuve.

Réflexes tendineux normaux. Déformation rachitique du thorax.

.Le mari de la malade fournit les renseignements suivants :

Mme L..., mariée en 1908, a fait sans cause appréciable trois fausses couches de 2 à 3 mois pendant la première année de son mariage. Enceinte de nouveau en 1915, elle accoucha à 7 mois

d’un enfant vivant.

Les SR

Une sœur de la malade a été internée à la Salpêtrière en 1908 et se trouve actuellement à Vaucluse.

Mme L..., bonne travailleuse et ménagère soigneuse, aurait été parfaitement normale jusqu'au début de 1922. Vers cette époque on remarque des changements importants et assez rapides dans ses facons d’être. Elle délaisse complètement son intérieur, cesse de s'occuper de son ménage et de son enfant, elle fait des dépenses absurdes, se confectionne des vêtements ridicules, raconte à son mari et à ses voisins qu’elle a gagné des sommes fabuleuses et va les distribuer à ses amis et connaissances.

Le mari, alarmé de ces excentricités de plus en plus fâcheuses,

SE

sc décide à consulter un médecin, qui envoie aussitôt la malade l'Hôpital Tenon, où elle reste 37 jours avant d’être transférée

Sainte-Anne.

Pendant les premiers mois de son séjour à l’Asile, l’état de la malade se modifie peu. Elle ne manifeste aucune activité coordonnée, demeure absolument indifférente à ce qui se passe autour d'elle, ne s’inquiète jamais de son mari. Elle énonce de temps à autre des idées absurdes de grandeur. Son état général est médiocre. Gâtisme par intermittence.

En mai, apparaissent des idées de négation corporelle. Elle refuse de s’alimenter, déclarant que sa gorge est barrée par des fils de fer, que ses dents s’entrechoquent. Elle n’a plus de bouche. Ses yeux sont tout petits. Elle n’a même plus d’yeux du tout. Son cœur ne bat plus.

Très résistante aux examens elle refuse souvent d'engager !a conversation. Elle passe des jours entiers inerte dans un fauteuil sans manifester aucune spontanéité. Lorsqu'on l’interpelle par son nom elle répond : Je ne sais pas. Où vous voyez une Mme L..., il n’y a plus rien ; et une autre fois : C’est mon sosie qui est ici, moi je suis à l’amphithéâtre.

Actuellement les idées de persécution persistent et sont même devenues plus générales ; les idées de grandeur, de satisfaction, de richesse ne sont plus jamais manifestées. Depuis quelques semaines la malade est moins apathique, plus facilement abordable. Elle n’a plus de corps, elle est un semblant de chair ; elle üe vit pas, on est mort avant d’être au monde.

On lui demande où elle est : « Tei il n’y a plus rien, il n'y a plus de saison. La pierre n'existe pas. Il n’y à que la nuit et le néant. Ce qu’on lui montre ce sont des semblants de personnes, des chiqués d’objets. De temps en temps, pour de courts moments, par surprise où par insistance, on parvient à lui faire quitter cette attitude négatrice. On s'aperçoit alors qu’elle conserve plus de contact avec la réalité qu’il ne paraît au premier abord.

Un jour elle donne exactement le nom du médecin. Elle explique que ce n’est qu’un sosie : c’est une personne qui vous ressemble.

Elle réussit de petites opérations très simples de calcul, des additions et des soustractions, mais elle échoue devant la moindre complication. 1

I] ne paraît pas y avoir jamais eu d’hallucinations.

L'écriture un peu incertaine manque de fermeté, sans rien ile caractéristique. L'examen physique montre à peu près les mêmes résultats qu’en 1922. Les pupilles sensiblement égales et un peu irrégulières sont complètement insensibles à la lumière. Il n’existe aucune dysarthrie, ni dans la parole spontanée, ni dans la lecture, ni dans les mots d’épreuve. Quelques-uns de ceux-ci, particulièrement difficiles, sont parfois prononcés d’une façon incorrecte, mais plutôt semble-t-1l par inattention et sans que ces fautes présentent les caractères de la dysarthrie paralytique.

Les réflexes tendineux sont normaux, les réflexes plantaires en flexion bilatérale.

Pas de troubles de la sensibilité ; aucun phénomène aphasique, même transitoire. Pas d’ictus ni de crises convulsives. Gâtisme presque constant. ‘

Le sérum sanguin et le liquide céphalo-rachidien de cette malade ont été examinés à sept reprises différentes et par des techniques variées. Elles ont donné les résultats suivants :

Dans le sang la réaction de Bordet-Wassermann au sérum chauffé, toujours négative.

La réaction de Hecht au sérum non chauffé : partiellement positive (F2).

Dans le liquide céphalo-rachidien : réaction de Wassermann et réaction du benjoin colloïdal toujours négatives, ainsi que la réaction de Pandy. :

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