PREMIÈRE PARTIE
Depuis déjà longtemps les avis sont très partagés au sujet de la valeur du syndrome humoral.de la Paralyÿsie Générale. Chacune même des réactions qui constituent ce syndrome a pu être acceptée par les uns et combattue par les autres.
Doit-on l’accepter comme un dogme infaillible ou doiton le rejeter, lorsque, après des examens répétés, il se trouve en désaccord par trop flagrant avec le syndrome clinique ? Les opinions varient et M. TarGowLaA l’a bien reconnu : « bien que l'intérêt, a-t-il écrit, de l'étude des symptômes humoraux du liquide céphalo-rachidien ne soit guère contestée, les opinions sur leur valeur séméiologique sont loin d’être concordantes. Certains auteurs leur accordent une valeur absolue, en ce sens qu’absents, ils doivent faire rejeter le diagnostic de la maladie de Bayze, D'autres estiment qu'ils peuvent manquer ».
Dès 1913, M. SicarD affirmait « que la réaction de « Bordet-Wassermann négative permet d'infirmer de « façon absolue le diagnostic de Paralysie Générale. Sou- « tenant ce même point de vue à la réunion du cente-
« naire de la thèse de Bayze, lors de la discussion du
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« rapport de M. Pacrer », Il est donc possible de déga- « ger de ces recherches humorales un corollaire annexe « d’une importance capitale dans le diagnostic de la « Paralysie Générale chez tout sujet suspect d’être « atteint de la maladie de Bayre et dont le liquide « céphalo-rachidien présente une réaction de Bordet- « Wassermann négative ».
Cette opinion si catégorique est encore soutenue par la plupart de ses élèves, et nous trouvons ces lignes dans le travail inaugural d'Hacuesnau : « Nous pensons montrer que l’on peut définir un véritable syndrome humoral de la Paralysie Générale : permanent dans la maladie, sans le secours duquel il n’est plus possible d'affirmer son existence et en l'absence duquel il n’est plus possible de confirmer de diagnostics de Paralysie Générale ».
Tous les auteurs ne sont pas de cet avis et beaucoup d’entre eux ont été troublés devant ces cas où le diagnostic du laboratoire ne vient pas confirmer l’observation clinique du malade.
« S'il peut exister, dit M. LuerMirTe, des cas légitimes de Paralysie Générale avec réactions négatives, ce sont là d'incontestables exceptions ».
Ces cas sont peut-être des exceptions. Néanmoins, au cours de ces dernières années, nous les avons vu se multiplier devant les différentes sociétés neuro-psychiâtriques, et les différents avis émis sur ce sujet semblaient bien prouver, ainsi que le dit M. Durouy que « de tels malades se voient plus fréquemment qu'on ne penserait
et posent pour le clinicien un problème difficile à résou-
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dre, tant au point de vue clinique qu'au point de vue biologique. Souvent l’évolution extérieure apporte des signes nouveaux et dément le diagnostic de Paralysie Générale qu'on aurait été tenté de porter. Mais il est des cas où l’observation prolongée n’apporte aucune infirmation du diagnostic clinique et chez lesquels il faut, ou bien penser à une endartérite syphilitique type Nissl- Alzheimer, ou bien conclure à un syndrome paralytique sans signes humoraux ».
Pour M. DEDIEU-ANGLADE, on peut observer des malades qui présentent un syndrome démentiel à évolution rapide, à un âge pas assez avancé pour qu'on puisse penser à une démence sénile et qui se rapproche davantage du type de la démence paralÿtique que de celui de la syphilis cérébrale, sans hyperalbuminose, sans lymphocytose du liquide céphalo-rachidien, et à l’autopsie on trouve les méninges molles sans lésions ni macrocospiques, ni microcospiques, tandis que la substance cérébrale présente des lésions caractéristiques des’ Paralysies Générales.
Il semble, dit-il par ailleurs, « que la discussion et « Ja mise au point de nos connaissances sur la P. G. « aient eu pour résultat de susciter de nouvelles réflexions « sur cette maladie et d'aviver le besoin d’éclaircir quel- « ques-unes des obscurités encore trop nombreuses ».
Guirau» signale qu’une ponction lombaire négative n'élimine pas absolument le diagnostic de Paralysie Générale et étudiant les formes atypiques de la syphilis encéphalique, il ouvre cette parenthèse : « Nous ne
tenons compte que des cas avec atteinte du liquide cépha-
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lo-rachidien ; le problème serait plus intéressant mais trop difficile si on considérait les maladies mentales où le rôle étiologique de la syphilis peut être soupçonné, mais non démontré ».
M. le Professeur Craupe voulait bien ouvrir la discussion en disant qu'il lui paraîtrait intéressant « que les cas revêtant les allures classiques de la P. G., mais ne comportant pas le syndrome humoral fussent présentés dans des sociétés et soumis à des observateurs compétents pendant toute la durée de leur évolution et si un jour, des réalisations anatomiques survenaient, que les pièces fussent soumises à ce même groupe d’observateurs qui étudiera la lésion ».
Les opinions différent donc beaucoup, mais malgré tout, de plus en plus nombreux sont les cliniciens, pensons-nous, qui font des réserves au sujet de l’infaillibilité des procédés de laboratoire.
Que ces procédés de laboratoire aient une valeur incontestable dans l’étude de la Paralysie Générale, nous en sommes certain, mais nous pensons que dans les cas douteux le laboratoire n'apporte pas toujours la certitude que nous étions en droit d'attendre de lui.
Nous allons rapporter maintenant quelques observations présentées dans le cours de ces dernières années. Nous ne ferons que citer pour montrer à quel point ces discussions sont anciennes les communications d'AcHARD et GRENET en 1903 ; d'ACHARD et DEMANGE en 1906 ; de
Gilbert Bazzer en 1910 ; de Jorrroy et Duroux en 1910.