INTRODUCTION
Arrivé au terme de nos études médicales, nous nous proposons de rapporter une observation inédite, que ncus avons eu l’occasion d'étudier dans le service de notre maître, le docteur Bériel. Il s’agit d’un cas de paralysie névritique du membre supérieur, consécu- - tive à une injection préventive de sérum antitétanique.
Lhermitte, en 1919, en a déjà donné une description précise, attirant ainsi, un des premiers, l’attention sur ces faits. Depuis, un certain nombre d’auteurs ont rapporté des observations analogues ou légèrement différentes, mais où on trouvait toujours à l’origine une injection préventive de sérum antitétanique ou autre.
On a donné sur la pathogénie de ces paralysies des explications différentes ; nous n'avons pas la prétention de trancher définitivement cette question encore si controversée dans ses causes, mais simplement à l’occasion d’une observation personnelle, d’en faire une courte étude synthétique.
Nous allons d’abord rapporter cette observation
M. Bal.…., âgé de 22 ans, a été blessé le 15 janvier 1926 par un chapiteau d’alambic de 40 kilogs, qui lui a écrasé le bout des doigts de la main droite ; il s'agissait d’une plaie contuse et souillée, sans aucun traumatisme de l'épaule. Le 17, son médecin habituel pratique une injection préventive de 10 mc de sérum antitétanique. L'injection est faite dans le tissu cellulaire sous-cutané de la région externe et moyenne du bras droit. Rien d'anormal ne se passe pendant les huit jours suivants : l’état de la main s'améliore et le blessé ne ressent aucune douleur au siège de la piqûre.
Mais brusquement, le 25 janvier, à midi, exactement huit jours après l'injection de sérum, apparaît une réaction sérique très forte avec urticaire, état de malaise général et surtout état nerveux avec angoisse, sensation de constriction à la gorge, agitation.
Le lendemain apparaissent des douleurs violentes dans les deux bras, au niveau des muscles du cou, mais avec une prédominance marquée à l’épaule droite, correspondant à la . main traumatisée. Les douleurs étaient tellement mal supportées qu'il fut nécessaire de pratiquer une piqûre de morphine.
Les jours suivants, les phénomènes douloureux s’atténuent, mais le blessé ne peut plus, à partir de ce moment, se servir de son bras droit. Son médecin pense à une paralysie du type brachial supérieur, intéressant surtout le deltoïde, mais devant l’état un peu agité de son malade, il appelle un confrère en consultation. Celui-ci conclut à un accident d’hystérotraumatisme et pour calmer l’agitation du malade prescrit du Somnifène Roche.
Quelques jours se passent, et, la paralysie persistant, son médecin pense à la possibilité d’une névrite toxique et envoie le malade consulter le Docteur Bériel.
Examen. — Quand on voit le blessé, le 10 février, on apprend qu'il ne souffre presque plus; il se sent un peu mieux, mais ne peut toujours pas écarter le bras du tronc. Les sensations d’étouffement ont disparu, mais on note un moment
de spasme anxieux au moment de son entrée dans la salle d'examen. Pas de fièvre.
La palpation de l’épaule droite révèle encore un peu d’arthralgie, mais pas de gonflement. Le irouble est limité au deltoïde, bien que sa paralysie, étant donné le rôle important de ce muscle dans les mouvements d’abduction du bras, donne au premier abord l'aspect d’une impotence très étendue. Elle obligeait notre patient, lorsqu'on lui demandait d'accomplir certains mouvements, comme de se déshabiller, à faire des efforts et des contorsions qui lui donnaient un aspect grimaçant ayant pu faire croire qu'il s'agissait d’un névrosé.
Pas de modifications nettes des réflexes.
Pas d’atrophie à ce moment.
L'examen électrique montrait une grosse diminution de la contractilité faradique, sans réactions de dégénérescence plus nette.
Au point de vue sensitif, vague hypoesthésie de la région deltoïdienne, qui aurait été plus marquée au début de l’accident, d’après le médecin traitant.
Dans les ANTÉCÉDENTS, on trouve un père mort de la poitrine à 49 ans ; éthylique et très nerveux.
La mère et la sœur sont bien portantes.
Lui-même est de complexion robuste, sobre, mais extrémement émotif ; il fut réformé au régiment pour tachycardie. A l’examen du cœur, on note un frémissement à la pointe, avec claquement du premier bruit, faisant penser à un rétrécissement mitral.
Etant donné que la paralysie était de date récente et qu’il n’y avait pas de réaction de dégénérescence complète, on se contenta de prescrire un traitement strychné à faibles doses par voie buccale et quelques massages.
Trois semaines après, on revoit le malade : légère amélioration en ce sens que la sensibilité de la région deltoïdienne est complètement revenue, mais il est toujours dans l’impossibilité d’écarter le coude du corps. Cependant, en prenant un point d'appui sur l’avant-bras, il arrive à décoller son bras. Atrophie peu marquée du deltoïde. À ce moment, on prescrit des séances de courant galvanique ; le malade est revenu deux à trois fois depuis, et il semblait s'améliorer, lorsqu'on J’a perdu de vue.
Historique.
Avant 1910, quelques auteurs comme Engelmann, en 1897, Grünberger en 1904, Gangolphe et Gardère en 1908, avaient déjà signalé, nous dit Pollet, l’apparition des névrites survenues à la fin de tétanos confirmés, guéris par des injections de sérum. Ils se demandaient si celui-ci ne devait pas être mis en cause, mais ne l’accusaient pas formellement. Ces cas sont un peu différents de ceux publiés par la suite où l'injection de sérum antitétanique a été faite à titre purement préventif, sans aucune manifestation tétanique antérieure ; de plus, dans le cas d’Engelmann et celui de Grünberger, il ne s’est agi que d’une névrite purement sensitive. Nous les citons cependant parce que le début de ces névrites s’est fait dix à quinze jours après la disparition de toute contracture et la cessation du traitement sérothérapique, ce qui permet de les considérer comme des accidents tardifs dus au sérum.
La première observation vraiment démonstrative est celle qu'apporta P. Thaon au Congrès de Médecine de Paris de 1910 ; puis se placent un cas de CI. Vincent et Richet fils en 1911, deux cas de Cauchois en 1912, un de Dyke en 1918, et trois cas de Lhermitte en 1919.
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En 1920, nous trouvons le cas de Halipré et Gou- Jjard, et celui d’Etienne et Bénech (névrite de la jambe droite).
En 1921, un cas de Marchal ; Weill-Hallé et Lévy observent des troubles cardiaques dus au pneumogastrique qu'ils rapportent à la sérothérapie antidiphtérique. |
On note en 1922 les observations de Benech et Brenas ; Mason rapporte un cas de névrite optique.
En 1923, se placent un second cas de Marchal, un cas de Sicard et Cantaloube, concernant une névrite limitée au nerf radial ; puis un cas de Mouriquand- Beauchant d’hémiplégie organique et un de Sézary et Dessaint. s
Enfin, plus près de nous, on doit citer les deux cas de J. Lépine, en 1924, deux cas d'André Thomas, en février 1925, et un cas de Rimbaud, rapporté à la Société des Sciences Médicales et Biologiques de Montpellier et du Languedoc méditerranéen.
Tout récemment, en 1926, nous trouvons un rapport médico-légal de Ch. Faguet, médecin légiste à Périgueux, sur une paralysie faisant suite à une injection de sérum antitétanique.