OBSERVATION I
Empruntée à Duchenne de Boulogne. — De l'électrisation localisée (3° édition). — Résumée.
Paralusie atrophique du membre supérieur consécutive à une luxation scapulo-humérale avec atrophie des muscles du bras, de l'avant-bras et de la main.
Le 5 février 1850 est entré à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marthe, service du professeur Roux, le nommé Vanbelle, tailleur, âgé de 23 ans. Interrogé sur ce qui lui était arrivé, il raconta que pendant une rixe il perdit l'équilibre et tomba à terre. [Il ne put pas donner de renseignements précis sur la région où porta le choc. A l'examen on diagnostica une luxation de l'épaule en avant (variété intracoracoidienne).
La réduction ne put être faite le jour même.
Le lendemain, quand on revit le malade, on constata que la tête humérale s’était déplacée d'elle-même et était venue au-dessous de la cavité glénoïde. De plus, les muscles de la main, de l’avant-bras et du bras avaient perdu toute mobilité.
Le 2? mars (un mois après l'accident), le professeur Roux nous confie le malade pour essayer les effets de l'électricité et nous constatons ce qui suit :
Le membre paralysé était notablement moins volumineux que celui du côté sain; les mouvements volontaires étaient complètement perdus à la main, au bras et à l’avani-bras; l'épaule pouvait être élevée au moyen du trapèze et de l’angulaire du scapulum et
portée en avant à l’aide du grand pectoral. Aucun des muscles du bras, de l’avant-bras et de la main n’entrait en contraction, quelle que fut l'intensité du courant faradique, soit qu’on excita les nerfs ou les muscles eux-mêmes. Les muscles moteurs du bras sur l'épaule possédaient leur contractilité normale à l’exception du deltoïde qui en avait perdu une faible partie seulement. Du côté malade, la sensibilité électro cutané était moins forte à l'avantbras que du côté sain. La température étant diminuée dans le membre paralysé.
Traitement. — L’excitation faradique a été dirigée sur chacun des muscles paralysés, tous les deux jours et pendant huit à dix minutes chaque fois. L'appareil était à son maximum et agissait avec des intermittences très rapprochées. Malgré ce traitement, l’atrophie marcha rapidement et un mois après on observa les résultats suivants : le bras, l’avant-bras et la main étaient considérablement atrophiés. Les tendons des fléchisseurs faisaient un relief considérable. La paume de la main, la face dorsale de cette main présentait des sillons profonds dans les espaces interosseux. Les muscles de l'épaule étaient un peu atrophiés.
En peu de temps, le deltoïde recouvra ses mouvements volontaires. [l se produisit ensuite une exaltation de la sensibilité de tout le membre supérieur dans l'intervalle des applications électriques. Le malade se plaignait de fortes douleurs et d’une sensation de chaleur très incommode. Cette surexcitation nécessita une suspension du traitement durant laquelle le malade prit des bains émollients.
Le traitement fut repris peu après et l'amélioration commença à se produire. Les saillies musculaires reparurent. Les mouvements, faibles d’abord, n'apparurent pas à la fois dans tous les muscles ; le premier mouvement qui revint fut celui de flexion du poignet et des deux dernières phalanges, ensuite, vint l'extension des premières phalanges, puis celle du pouce et, en dernier lieu, du poignet, Il fallut un temps considérable pour obtenir ce résul{at,
mais au bout de ce temps les muscles du bras et le long supinateur étaient presque aussi développés que du côté sain. Leur force était normale et cependant ils ne se contractaient pas sous l'influence de courants faradiques les plus intenses.
Les muscles de l’avant-bras gagnèrent aussi chaque jour en nutrition et en force, mais les muscles de la main paraissaient plus rebelles, L’excitation fut alors uniquement appliquée sur ces muscles et il arriva là ce qu’on avait observé dans les autres régions : une surexcitation telle qu'après huit ou dix séances le malade ne voulut plus suivre le traitement. Sa main était brûlante et le siège de douleurs continuelles qui le privaient de sommeil.
Il sortit alors de l'Hôtel-Dieu. Six semaines après il revint et l’on constata alors que cette main n’était plus aussi desséchée, que l’écartement des doigts se faisait faiblement, que les espaces interosseux se remplissaient, que les interosseux avaient, en un mot, recouvré leur action sur les phalanges.
En février 1852, les mouvements n’y étaient point encore entièrement revenus, mais il n’était pas douteux que les muscles s’y développeraient et que la guérison de Vanbelle serait complète si le traitement était continué.
OBSERVATION If
Empruntée au professeur Raymond. Clinique des maladies du système nerveux, XIX® leçon.
Le malade, alors âgé de 19 ans, avait l'habitude de s'endormir les bras relevés, les mains jointes derrière la nuque et de conserver cette position pendant le sommeil.
En septembre 4895, il ressentit, plusieurs jours de suite, le ma-
tin au réveil, des fourmillements dans le membre supérieur droit, sans paralysie motrice accusée.
Le 17 septembre, après s'être endormi dans les conditions qui lui étaient familières, il fut réveillé au milieu de la nuit par des douleurs vives dans le bras et dans l’épaule du côté droit, en même temps il constata que le membre supérieur droit était presque entièrement paralysé. Les jours suivants cette paralysie persista ; elle portait surtout sur l'épaule, le bras et l’avant-bras ; les mouvements des doigts de la main étaient assez bien conservés. Les fourmillements, l'engourdissement et les douleurs dans le membre supérieur droit durèrent encore plusieurs semaines et
disparurent peu à peu.
À son entrée à la Salpétrière, le 9 octobre 1895, on constata une paralysie très prononcée des divers muscles du groupe radiculaire supérieur du plexus brachial droit : deltoïde, biceps, coraco-brachial, brachial antérieur, long et court supinateur, sous-épineux et grand rond, avec D R très nette. Cette réaction de dégénérescence n'est cependant pas complète : l'excitabilité faradique est fortement diminuée mais n’est pas abolie; l’excitabilité galvanique n'est que peu diminuée, mais les contractions produites sont très lentes avec inversion polaire. Ces divers muscles sont déjà en voie d’atrophie. Dans le groupe radiculaire inférieur, il existe, dans le domaine du nerf radial de la diminution simple de l’excitabilité électrique du triceps brachial plus prononcée dans le vaste interne et le vaste externe que dans la longue portion de ce muscle, de la diminution simple de l'excitabilité dans les extenseurs des doigts, des traces de D KR dans les radiaux ; du côté du nerf médian, il existe des traces de DR légère dans les muscles de l'éminence thénar et dans les palmaires et un peu de diminution simple de l’excitabilité des autres muscles ; du côté du nerf cubital, il existe de la diminution simple de l’excitabilité dans la plupart des muscles et peut-être des traces de D R
légère dans les muscles de l’éminence hypoténar, On ne constate pas de troubles de la sensibilité objective.
Six mois après, le 20 avril 1896, l'état ne s’est guère amélioré dans le domaine du groupe radiculaire supérieur ; la D R y est toujours très accentuée, l’excitabilité galvanique a diminué dans des proportions assez considérables, l’hypo-excitabilité faradique est également plus prononcée. Au contraire, dans le groupe radiculaire inférieur, l’hypo-excitabilité précédemment constatée est maintenant moins accusée, il existe toujours cependant des traces de réaction partielle de dégénérescence dans les muscles des éminences thénar et hypothénar. |
Dix-huit mois après le début de la paralysie (février 1897), la D R est toujours constatable dans les muscles du groupe radiculaire supérieur, avec une excitabilité très diminuée ; les réactions des muscles du groupe radiculaire inférieur se rapprochent sensiblement de l’état normal ; elles sont diminuées, cependant, encore dans le vaste interne et dans le vaste externe du triceps. La motilité a fait de lents progrès depuis une dizaine de mois: la flexion de l’avant-br&s sur le bras s'exécute relativement assez bien, sans grande puissance cependant ; lelong supinateur n'intervient guère dans ces mouvements ; ceux-ci sont produits en partie par de faibles contractions du biceps et surtout par une action de suppléance des muscles épitrochléens et des muscles épicondyliens. Le bras peut être élevé sur l'épaule jusqu’à l'horizontale, mieux en avant qu'en arrière ou sur le côté ; le deltoïde n’a qu'une faible action dans ces mouvements ; ceux-ci sont d’ailleurs assez faibles et en grande partie produits par des actions de suppléance des muscles voisins ; grand pectoral, grand dorsal, longue portion du triceps et grand dentelé.
Depuis cette époque nous avons continué à suivre ce malade, sauf dans ces six derniers mois, où il a dû entrer àla Charité pour des ganglions suppurés du pli inguinal gauche. Nous l'avons vu de nouveau depuis quinze jours. La fosse sous-épineuse droite est un
peu plus creuse que celle du côté gauche, le deltoïde est assez atrophié, davantage dans ses parties antérieure et postérieure que dans sa partie movenne ; le biceps est mieux réparé, quoique fort amaigri encore ; le long supinateur paraît extrêmement atrophié. Les vastes interne et externe sont aussi notablement amaigris. Les autres muscles du groupe radiculaire inférieur ne présentent pas d’atrophie notable et leur force est bonne. [’avant-bras peut être fléchi assez fortement sur le bras quand il est en pronation, faiblement quand il est en supination, dans ces mouvements, le biceps n’a qu'une action assez faible, au contraire, les muscles épitrochléens et les muscles épicondyliens interviennent énergiquement. Le bras peut être élevé horizontalement et même verticalement, mais sans grande force; les muscles grand pectoral, grand dorsal, triceps, trapèze et grand dentelé jouent un rôle considérable dans ces mouvements, tandis que l’action du deltoïde est très faible.