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langage intérieur » qui semblent être le siège du processus hallucinatoire, et une évocation hallucinatoire simultanée de l’image auditive verbale n’a pas besoin d’exister en même temps.
Nous comprenons alors que les malades ne parlent pas de voix, mais d’influences sur les idées et sur les actes. (Voir Zeitschrift für die gesammte Neurologie und Psychiatrie, Pfersdorff). Année 1913.
L'analyse de tous ces symptômes est nécessairement difficile et compliquée, puisqu'elle demande au malade un grand degré d’autocritique et d’autoobservation.
C’est donc pour cette raison que l’autoobservation de l’aliéniste Kandinsky est particulièrement précieuse.
Mais nous croyons pouvoir stipuler comme signe caractéristique relativement sûr d’hallucinations psychiques outre l’absence de tout élément sensoriel, (acoustique), le fait, que, dans les hallucinations psychiques dont il s’agit dans notre cas, le malade ne produit pas l’idée délirante du dédoublement de la personnalité, mais parle de forces étrangères qui opèrent sur lui, sans que cette emprise sur sa motricité soit provoquée par des voix.
L'existence de cette catégorie d’hallucinations est particulièrement précieuse pour notre diagnostic. Nous y revien-
drons un peu plus tard quand le diagnostic sera à faire.
= Dhs
Associations
Les associations du malade ne montrent rien de positivement anormal. Par moments cependant, surtout quand il est fatigué, il donne des réponses absolument incohérentes, sans signification aucune, qui sont caractéristiques de la schizophrénie (phénomènes d’arrêt).
Pendant que le malade nous dit ou nous raconte quelque chose, il lui arrive de temps en temps de s'arrêter brusquement, et de ne plus pouvoir reprendre, même avec la meilleure volonté du monde, le fil de la conversation entamée. En général il aborde alors un tout autre sujet, dont
il n’a été nullement question (phénomènes d’incohérence).
Affectivité
Ici c’est l’attitude calme et indifférente du malade qui frappe tout de suite. Le malade n’est pas le moins du monde affecté d’être à la clinique, loin de sa famille.
Les temps de réaction sont prolongés.
L'indifférence qu’il manifeste pour son entourage est caractéristique. Avec sa femme, il joue la comédie. Il faït semblant de l’aimer beaucoup, sachant fort bien qu’en réalité ceci n’est pas le cas.
Tout ce qui se passe dans son foyer, chez sa femme ou chez ses parents lui est indifférent à l’heure actuelle. I n’a plus les préoccupations d’autrefois.
Il n’y a plus d'événement d'ordre affectif qui puisse atteindre grandement son psychisme.
Chose étonnante, il s’en plaint d’ailleurs lui-même, et il s'étonne de ne plus avoir les soucis et les chagrins d’autre-
fois.
nn —
Cette auto-observation de son propre manque d’affectivité est un fait qu’on rencontre bien fréquemment chez les catatoniques.
Il ne pleure d’ailleurs pas comme certains autres psychotiques son propre manque d’affectivité, il constate tout simplement le fait. Chez ceux-là une partie de l’affectivité est encore conservée, puisqu'ils ont encore la faculté de s’émouvoir de leur manque d’affectivité. Chez lui, par contre, l'absence de l’affectivité est à peu près totale.
Autisme
Le malade manifeste une tendance nette à s’isoler, à se séparer des autres. Il craint les conversations et fait son possible pour les éviter. Il préfère rêver.
« J’aime bien penser pour moi tout seul. J’ai rêvé dans les derniers temps de tant de choses, qu’il me faudrait des années pour vous les raconter. »
Cette tendance n’existait pas chez lui autrefois.
C’est seulement depuis quelque temps que son entourage a observé qu’il se renferme de plus en plus, qu’il est devenu « rêveur ».
po
Attitude générale
Le malade est parfaitement accessible. II ne manifeste pas de répugnance ou d'opposition à répondre aux diverses questions. Il fait même des déclarations spontanées.
Sa parolé ne s’accompagne que de très peu de mouvements mimiques.
Ses actes et son comportement ne montrent pas de parafonction, mais son inactivité est frappante. Il ne s’occupe ni
de lecture ni de jeux et ne montre aucun intérêt.
Pendant la journée on le rencontre le plus souvent assis, la tête enfoncée dans les mains, en train de rêver. Aussi sa démarche est-elle lente et paresseuse.
Répétons encore à cet endroit, que d’une façon générale, le malade est lucide, bien orienté et logique dans ses raison-
nements.
Diagnostic
Pour le diagnostic de notre cas, plusieurs psychoses en-
trent en ligne de compte.
Ce sont :
La Folie maniaque dépressive et la paranoïa d’une part, la Schizophrénie et tout particulièrement la Paraphrénie Kraepelinienne d’autre part. Nous tâcherons de voir parmi laquelle de ces affections notre cas devra se ranger.
Nous savons fort bien que chaque maniaque peut produire pour un certain temps de l'interprétation délirante.
Si nous devons exclure cette forme, c’est que premièrement l’affectivité de notre cas, à peu près réduite à zéro, ne correspond pas du tout à l’affectivité plutôt rehaussée de la Folie maniaque dépressive; deuxièmement les hallucinations psychiques que nous avons trouvées chez notre malade et étudiées précédemment manquent toujours dans les folies maniaques dépressives, lors même qu’on peut parfois y relever des hallucinations sensorielles.
L'évolution chronique du délire, sa systématisation, nous rapprochent davantage de la paranoïa. (Celle-ci, bien que des auteurs comme Specht aient voulu l’assimiler à la psychose maniaque dépressive, s’en distingue précisément par la systématisation de son délire (chose que nous relevons dans notre cas); mais surtout encore par le fait que ce délire passe de plus en plus à la chronicité, et ne connaîtra plus, un moment donné, des phases de rémission.
Nous savons très bien qu'il y a des auteurs tels que Skliar à Tambow et Krueger (Zeitschrift für die gesammte Neurologie und Psychiatrie, Année 1915) qui ont essayé de
faire entrer à tout prix toute forme de paraphrénie ou au moins le plus grand nombre de ces formes dans le cadre de la paranoïa, sans s’arrêter à ce symptôme capital que constituent les hallucinations (sensorielles et psychiques).
D’après les auteurs classiques tels que Sérieux, Capgras, Bleuler, etc., à l’avis desquels nous nous sommes rangés, celles-ci ne se rencontrent jamais dans la paranoïa, qui ne peut donc pas entrer en ligne de compte.
Seule la forme mystique ambitieuse de la paranoïa peut contenir certaines hallucinations. Comme notre malade n’a pas de délire mystique ambitieux, cette possibilité est aussi à exclure.
La diminution de l’affectivité du malade, — son autisme — les phénomènes d’arrêts et d’incohérence ouvrent d’autres possibilités au diagnostic. Il se pourrait, en effet, que nous soyons en présence d’une schizophrénie, ou plus spécialement d’une de ces formes que Kraepelin appelle Paraphrénie.
La prédisposition congénitale du malade, ses antécédents personnels (sexuels) chargés ne doivent nullement nous empêcher d'envisager cette possibilité — bien que nous ayons dès lors à faire à une affection accidentelle (non constitutionnelle).
Nous croyons pouvoir affirmer que l’état sexuel constitutionnel du malade n’a rien de commun avec l’état actuel, pathologique, que nous venons de décrire.
Si nous admettons que l’état constitutionnel aura pu constituer un terrain favorable pour la greffe de l’état pathologique secondaire, nous réfutons toutefois sérieusement cet état constitutionnel comme cause déterminante. Il fau-
drait pour cela au moins pouvoir admettre qu’une partie
des idées délirantes et des hallucinations du malade sont
de nature sexuelle. Or, rien de tel n’a été constaté chez lui.
On sait que Kraepelin décrit des formes du délire chronique qu’il réunit sous le nom de « paraphrénies », et il y a particulièrement la paraphrénie systématique, à laquelle notre cas semble pouvoir être attribué.
Kraepelin lui-même a toujours souligné, que la paraphrénie systématique était identique au délire chronique à évolution systématique de Fallret.
Cette forme peut se présenter sous une forme spécialement décrite par Séglas, qui est accompagnée d’hallucinations motrices. C’est l’avenir seul qui décidera si notre cas relève vraiment de la paraphrénie systématique, c’est-à-dire s’il conservera la cohérence actuelle et si les symptômes de dissociation ne s’approfondiront pas, en un mot, si le délire aura son évolution systématique, sans que les symptômes de dissociation se mettent au premier plan. Car il y aurait encore deux possibilités à envisager :
1° — Après une période de délire systématisé, les symptômes de démence dissociative peuvent prendre le dessus, et les symptômes moteurs catatoniques classiques se substituer au délire. I s'agirait alors de la forme que l’on désignait autrefois sous le nom de « Dementia paranoïides. »
2° — La maladie peut présenter une rémission avec disparition de tous les symptômes délirants et hallucinatoires. Les phases de rémission de ces cas ne présentent que des symptômes de dissociation et des troubles de l’affectivité.
Or, pendant la phase de rémission, il n’est plus question ni de délire ni d’hallucinations. Mais ces derniers (délire et hallucinations) ont tendance à réapparaître non seulement une fois, mais de façon périodique.